Ronan de Calan et moi-même organisons à partir de cette année à l’Ecole Normale Supérieure, dans le cadre des Archives Husserl, un séminaire d’histoire des sciences sociales dont le premier volet sera consacré aux « sciences sociales et à la pensée de l’Etat ».
Le séminaire se tiendra les 1er et 3ème mercredi de chaque mois, de 17h30 à 19h30, de novembre 2012 à avril 2013 (45 rue d’Ulm, Paris 5ème, salon du restaurant).
Le programme est disponible en cliquant ici.
La première séance aura lieu le mercredi 7 novembre.
Voici l’argument du séminaire de cette année.
Les sciences sociales et la pensée de l’Etat
Argument : Les sciences sociales se sont très largement intéressées à l’Etat; elles en ont fait depuis leur apparition un objet d’étude privilégié. Elles se sont tour à tour données pour projet de mettre au jour les mécanismes de sa construction, de ses transformations, de son action, etc. Ce séminaire voudrait déplacer la perspective, et montrer en quoi se pencher sur le problème de l’Etat est susceptible d’offrir un moyen très puissant d’interroger les sciences sociales et de renouveler tout un ensemble de questions épistémologiques, méthodologiques, théoriques et politiques.
Il s’agira cette fois de repérer et d’évaluer la dépendance des sciences sociales par rapport à l’Etat, par rapport à une pensée de l’Etat ou une pensée d’Etat : que ce soit au niveau de leurs objets, de leurs modes de problématisation, de leurs catégories d’analyse, de leurs instruments ou de leurs frontières, etc. Qu’est-ce que cette éventuelle dépendance peut nous apprendre sur le fondement et la formation de ces sciences, sur les institutions qui les encadrent et les acteurs qui la font selon les époques, les contextes, les traditions nationales ? Quel est le rapport entre le point de vue des sciences sociales et le point de vue de l’Etat ? Mais aussi qu’est-ce qui, de ces sciences, échappe à la pensée de l’Etat? Quels courants se sont efforcés de s’émanciper d’une telle pensée, de résister à l’emprise de la pensée d’Etat ou de révéler les ressorts de ce qu’on pourrait appeler un « inconscient étatique »? Et comment s’y sont-ils pris ? Ces questionnements invitent, on le voit, à la réflexivité, à la critique, à une réévaluation des concepts de science, d’objectivité, de neutralité, d’autonomie, etc.
Ce séminaire voudrait être l’occasion d’une investigation originale sur la recherche passée et présente en sciences sociales – et sur les conditions de sa réinvention aujourd’hui. Au fond, il s’agira de se demander s’il est possible, et comment, de penser en dehors de l’Etat, de ne pas ratifier la pensée d’Etat –et donc d’élaborer une science sociale qui ne soit pas une science d’Etat.