« Du droit à l’émancipation. Sur l’Etat, Foucault et l’anarchisme ». Article et discussions

2011-634576467054223023-422

J’ai été l’invité il  y a quelques mois du séminaire ETAPE qui porte sur les questions de l’émancipation, de l’anarchisme, de la théorie libertaire, etc.

J’y ai présenté un texte qui s’intitule : « Du droit à l’émancipation. Sur l’Etat, Foucault et l’anarchisme ».

Mon texte est désormais en ligne ainsi que deux articles de discussion, par Philippe Corcuff et par Manuel Cervera-Marzal.

On peut retrouver les trois textes sur le site du séminaire en cliquant ici.

Je publie ici mon article (ou ici en pdf : du-droit-a-lemancipation-sur-letat-foucault-et-lanarchisme)

J’avais présenté une première version de ce texte à l’Université de Strasbourg dans le cadre du colloque international sur Michel Foucault organisé les 11 et 12 avril 2014 à l’Université de Strasbourg par Jacob Rogozinski et Alain Brossat.

Il y a des textes auxquels on tient plus que d’autres. Celui-ci représente pour moi un moment important dans le cadre de ma réflexion sur l’Etat et la politique.

« Du droit à l’émancipation. Sur l’Etat, Foucault et l’anarchisme »

La réflexion que je voudrais proposer porte sur la question du pouvoir, de la théorie du pouvoir et, plus spécifiquement, du problème de l’Etat. Je voudrais réfléchir sur la place que la théorie critique et la théorie de l’émancipation doivent accorder à l’Etat et sur l’image de l’Etat que, pour nous aider dans cette tâche, nous pouvons tirer des analyses de Michel Foucault. C’est une réflexion que j’ai été amené à conduire dans le cadre de mon dernier livre sur le système pénal et l’appareil répressif,  puisque réfléchir sur le Jugement, la forme-Tribunal, la peine, c’est nécessairement rencontrer la problématique de l’Etat, du droit et du pouvoir d’Etat.

Je voudrais essayer de dire pourquoi, alors que j’ai longtemps pensé mon travail comme « anarchiste », je le suis de moins en moins –  ou autrement dit comment écrire et réfléchir pour moi a consisté à m’éloigner de l’anarchisme et à renouer avec une certaine croyance dans l’Etat et dans le droit. Lire la suite

Publié dans Etat, Foucault, Philosophie, Philosophie politique, Political theory, Politique, Uncategorized

Entretien-vidéo sur l’Etat, la démocratie et la résistance

J’ai accordé un entretien-vidéo au FFT Düsseldorf à l’occasion de la parution de « L’Art de la révolte » en Allemagne.

Il y est question d’abord, bien sûr, de l’anonymat, de la fuite, de Snowden et d’Assange. Mais l’entretien aborde ensuite des questions plus larges et parfois nouvelles pour moi sur la démocratie et la post démocratie, l’Etat, l’espace public ou encore les modes de résistance.

L’entretien est en français, sous-titré en allemand.

 

Publié dans Philosophie politique, Philosophy, Political theory, SnowdenAssangeManning, Uncategorized, Video

« Migrations, Violences, Etats, Expériences ». Rencontre-débat à Paris le 1er octobre.

mos-stellarium

Dans le cadre de la Nuit Blanche, le Goethe Institut Paris et la Mission culturelle du Luxembourg en France organisent le samedi 1er octobre 2016 à Paris une rencontre-débat sur le thème « Migrations, Violences, Etats, Expériences ».

A 20h, il y aura une projection du documentaire « Mos Stellarium » (52 min) de Karolina Markiewicz et Pascal Piron qui reconstitue la trajectoire et les expériences de 6 migrants.

J’interviendrai ensuite sur le thème « Migrations, Violences, Etats, Expériences » lors d’une table ronde avec également les réalisateurs et Jean-Marc Adolphe, fondateur de la revue d’art Mouvement. Deux migrants qui apparaissent dans le documentaire seront également présents

Samedi 1er octobre, 20h, Goethe Institut, 17 avenue d’Iena, Paris 16eme.

Réservation : missionculturelleluxembourg@gmail.com

La page Facebook de l’événement : https://www.facebook.com/events/278500142534715/

 

 

 

Publié dans Rencontre, Uncategorized

« Pour une histoire de la révolte ». Conférence à Copenhague le 11 septembre

copenhagueJe prononcerai le dimanche 11 septembre 2016 une conférence (en anglais) dans le cadre du Golden Days Festival à Copenhague, consacré cette année aux années 1970, à l’invitation du Festival et de l’Institut Français.

Ma conférence s’intitule : « Pour une histoire de la révolte ».

SEPT 11th,  CINEMATEKET, GOTHERSGADE 55, 1123 KØBENHAVN, 17h30

L’annonce en danois : OPRØRETS NYERE HISTORIE

L’annonce en français sur le site de l’Institut. : « Pour une histoire de la révolte »

Mise à jour : Une photo de la conférence.

copenhagen

 

Publié dans Lecture, Uncategorized

Parution de la traduction chinoise de « La Dernière Leçon de Michel Foucault ».

La couverture de la traduction chinoise de mon livre La Dernière Leçon de Michel Foucault. Sur le néolibéralisme, la théorie et la politique, qui vient de paraître aux éditions Chongqing University Press.

couv foucault chinois

Publié dans Foucault, Néolibéralisme, Political theory, Uncategorized

Lecture and Public Discussion about democracy, resistance and political theory in Munich, July 13th

Munich ok.PNG

I will give a lecture and then have a public discussion with Julian Nida-Rümelin about democracy, resistance and political theory today at Muffatwerk in Munich, July 13th at 20h30.

This event is part of the cycle : « under construction: Europe »

More infos, click here.

Je donnerai une conférence et aurai une discussion publique avec Julian Nida-Rümelin sur la démocratie, la résistance et la théorie politique aujourd’hui au Muffatwerk, à Munich le 13 juillet, à 20h30.

Cet événement fait partie du cycle intitulé : « under construction: Europe »

Plus d’infos, cliquez ici.

July 13th, 20h30,  Muffatwerk, Zellstraße 4, 81667 München.

Publié dans Conférence, Lecture, Philosophy, Political theory, Uncategorized

« Secret, Etat et liberté ». Intervention à l’Institut de Défense Pénale le 25 juin à Marseille.

idp

L’Institut de Défense Pénale organise le 25 juin à Marseille une journée de réflexions sur la question du « secret ».

J’y interviendrai sur le thème « Secret, Etat, Liberté ».

Les autres intervenants de la journée seront Renaud Van Ruymbeke, juge d’instruction, Gérard Davet, journaliste au Monde, Daniel Soulez Larivière, Marie Burguburu et Vincent Nioré, avocats.

Pour plus d’infos, cliquez ici.

Mise à jour : quelques images de cette journée :

 

 

Publié dans Colloque, Justice, Uncategorized

Peut-on régler un conflit sans l’Etat ? A propos de l’affaire des accusations contre J. Appelbaum

Il y a quelques jours, Jacob Appelbaum a quitté le projet TOR suite à des accusations de harcèlements et d’agressions sexuels portées contre lui. Il a catégoriquement démenti ces accusations.  Je ne sais rien de cette histoire ni de la véracité des accusations. Je n’ai rencontré Jacob Appelbaum qu’une seule fois, en février à Berlin, au festival Transmediale.

J’écris ce texte avec beaucoup de prudence. Ce sont des sujets difficiles, sensibles, et on comprend pourquoi. Mais quelque chose de très intéressant se joue à l’occasion de cette affaire, qui concerne à la fois la gauche et la théorie critique notamment dans leur rapport à l’Etat, à la Justice et à la répression.

L’affaire des accusations contre Jacob Appelbaum surgit en effet dans un milieu particulier, libertaire et très engagé dans une lutte radicale contre l’Etat, la police, l’appareil répressif, etc. Dès lors, très vite, un débat est apparu : de quelle manière un milieu avec une culture politique anarchiste doit–il gérer ce type d’histoire et la logique de l’accusation s’il veut rester fidèle à ses convictions ?

Lire la suite

Publié dans Gauche, Interventions, Juger, Justice, Politique, Uncategorized

[Vidéo] « Etat et violence ». Conférence à Sciences Po.

J’ai prononcé le 4 avril 2016 à Sciences Po une conférence qui s’inscrit dans un cycle organisé par l’association des étudiants de Sciences Po et Paris 4 (SPIV).

Elle s’intitule  : « Etat et violence ».

La vidéo est en ligne.

Publié dans Bourdieu, Juger, Justice, Philosophie politique, Philosophy, Sociologie et philosophie, Uncategorized, Video

« L’art de la fuite ». Séminaire sur l’affaire Assange et WikiLeaks le 30 mai à l’Université Libre de Bruxelles

centre droit publicLe lundi 30 mai 2016 un séminaire sous forme de table-ronde, discussions, sur l’affaire Assange et WikiLeaks s’est tenu à l’Université Libre de Bruxelles.

Julian Assange était en duplex pendant tout le séminaire.

Le séminaire était diffusé en direct en ligne sur cette pageL’art de la fuite. Les coulisses de l’affaire Assange

Le séminaire était organisé par trois centre de recherche de l’ULB (CDI http://cdi.ulb.ac.be, REPI http://repi.ulb.ac.be et CDP http://droit-public.ulb.ac.be).

Il abordait l’ensemble des aspects juridiques, théoriques et politiques de ce qui se passe aujourd’hui autour de Julian Assange  et WikiLeaks : la détention à l’Ambassade d’Equateur, les procédures menées en Suède et en Angleterre contre lui, la protection des lanceurs d’alerte, WikiLeaks et la résistance politique aujourd’hui…

Je suis intervenu sur deux sujets : « Wikileaks : une nouvelle forme de résistance politique ? » et « Est-il possible de penser la liberté du citoyen à l’heure de la surveillance de masse ? Le whistleblower : nouvelle catégorie de personnes vulnérables ? »

Le séminaire réunissait des avocats, des juristes, des philosophes, etc.

Il est possible de voir la vidéo ici :

Pour voir le programme completLire la suite

Publié dans Interventions, Séminaire, Uncategorized

Entretien : « Dire la violence de l’Etat et de la loi est le meilleur moyen de diminuer la quantité générale de violence »

J’ai accordé un entretien pour la revue en ligne « Un philosophe » à l’occasion de la parution de Juger.

Il y est bien sûr question de la Justice mais l’entretien aborde aussi des questions plus générales : la répression, la philosophie politique, la sociologie, la théorie du pouvoir…

On peut le lire en cliquant ici.

Capturephilo

 

 

 

Publié dans Bourdieu, Epistémologie, Foucault, Juger, Justice, Philosophie, Philosophie politique, Sociologie, Uncategorized

[Audio]. Intervention à Nuit Debout : Mouvement des places et politique contemporaine

Mon intervention du 15 mai à Nuit Debout a été enregistrée et mise en ligne par  la commission « Debout Education Populaire » où je suis intervenu.

Mon intervention s’intitulait : « Mouvement des places et politique contemporaine. Critiques internes au mouvement Nuit Debout ».

On peut donc l’écouter en cliquant ici.

Publié dans Audio, Interventions, Politique, Uncategorized

Rencontre-débat autour de « Juger. L’Etat pénal face à la sociologie » le 20 mai à Montpellier

Le Syndicat des Avocats de France et la Ligue des Droits de l’Homme organisent en partenariat avec la librairie Sauramps à Montpellier  un cycle de conférences intitulé « Justice Critique ».

Je suis l’invité de ce cycle le 20 mai à l’occasion de la parution de mon livre Juger. L’Etat pénal face à la sociologie.

Vendredi 20 mai à partir de 18h30 : Rencontre à l’auditorium du Musée Fabre – Boulevard Bonne Nouvelle, Montpellier.

couv juger ok

 

 

Publié dans Rencontre, Uncategorized

Le 15 mai, intervention à Nuit Debout place de la République.

J’interviendrai le dimanche 15 mai, jour de Global Debout, à Nuit Debout, place de la République

A 14h30 je participerai à un débat sur les lanceurs d’alerte organisé par la commission « Avocats Debout », avec William Bourdon – avocat notamment de Julian Assange ou Antoine Deltour – et Florence Hartmann.

Ensuite, à 16h, j’interviendrai à l’invitation de la commission « Debout Education Populaire ». Mon intervention s’intitulera : « Mouvement des places et politique contemporaine. Critiques internes au mouvement Nuit Debout ».

J’y parlerai du mouvement des places, des catégories de la politique contemporaine, du néolibéralisme, etc.

J’ai toujours conçu le texte que j’ai publié dans Le Monde du 28 avril (D’Occupy à Nuit Debout : l’inconscient politique du mouvement des places) comme une discussion interne au mouvement. Et je suis donc heureux d’avoir l’occasion d’en parler puis d’en débattre ensemble sur la place.

Dimanche 15 mai, commission « Debout Education Populaire », place de la République, 16h.

Mise à jour : quelques images de ces interventions. La commission Education Populaire enregistre les débats : Voici un lien pour celles et ceux qui voudraient écouter cette intervention.

 

Publié dans Interventions, Politique, Uncategorized

“Il faut montrer la violence de l’Etat là où on ne la voit pas”. Entretien dans Télérama

« Il faut montrer la violence de l’Etat là où on ne la voit pas. » Entretien dans Télérama à propos de mon livre « Juger. L’Etat pénal face à la sociologie« .
Il y est notamment question de la définition de l’Etat et de la violence d’Etat, de la répression, de la sociologie critique et des « excuses »…

On peut la lire en cliquant ici.

il-faut-montrer-la-violence-de-l-etat-la-ou-on-ne-la-voit-pas-geoffroy-de-lagasnerie,M330066
Le tribunal, à vos yeux, est une scène où éclate la violence de l’Etat. Et vous n’y aller pas de main morte. « La Justice est le lieu d’une agression », écrivez-vous, son objectif est de « faire souffrir ». Pourquoi mettez-vous la violence au centre de votre critique de l’Etat pénal ?
Parce que, précisément, le rôle de l’Etat est de diminuer la quantité générale de violence. A quoi sert l’Etat, en démocratie, sinon à produire un monde plus rationnel, apaisé, qui rompe avec les logiques spontanées de la vengeance et de la haine ? Montrer la violence de l’Etat là où on ne la voit pas est une priorité de la démarche critique : ce n’est pas adopter une position anti-étatique. C’est aller le plus loin possible dans la recherche des capacités émancipatrices de la Loi. Quand on assiste à un procès, on peut avoir l’illusion d’une scène rationnelle, d’une gestion neutre des crimes et délits. Mais c’est oublier la violence extrême que l’Etat exerce en ce lieu sur les individus. Lire la suite

Publié dans Entretiens, Pénalité, Uncategorized

Séminaire sur « Logique de la création » à l’Université Paris Dauphine le 12 mai

Séminaire sur « Logique de la création. Sur l’Université, la vie intellectuelle et les conditions de l’innovation » le 12 mai à l’Université Paris Dauphine. Je présenterai mon livre, mes analyses sur ces sujets – le champ académique, les disciplines, l’autonomie, la création et la pensée critique – puis il y aura une discussion.

Ouvert à tous.

Salle Cbis (3ème étage du bâtiment principal de l’Université Paris Dauphine), Université Paris Dauphine, Place du Maréchal de Lattre de Tassigny, 75016 Paris, 14h30.

logique creation

Publié dans Séminaire, Sociologie, Uncategorized, Université

Berlin-Paris-Lyon : quelques photos

Quelques photos des événements auxquels j’ai participé la semaine du 2 mai.

Mardi 3 mai, ma conférence « The Art of Revolt. Snowden, Assange, Manning » à Re:publica à Berlin.

Mercredi 4 mai, discussion publique avec Julian Assange au Centre Pompidou à Paris

Vendredi 6 mai, débat avec Sarah Harrison et Annegret Falter à Lyon.

Publié dans Images, Uncategorized

Rencontre-Débat sur les lanceurs d’alerte et la politique contemporaine le 6 mai à Lyon

Je participe le 6 mai à Lyon à un débat sur « Lanceurs d’alertes et nouvelles formes de militantisme » dans le cadre de European Lab.

Je discuterai avec Sarah Harrison et Annegret Falter. Le débat sera animé par Amaelle Guiton (Libération).

Lanceurs d’alertes et nouvelles formes de militantisme, Vendredi 06 mai 2016 15:00 – 16:30 Grand Amphithéâtre, Musée des Confluences 86 Quai Perrache, 69002 Lyon.

débat lyon

Publié dans Rencontre, Uncategorized

« Lignes de fracture ». Journée de réflexions, débats et projections au Centre Pompidou, le mercredi 4 mai

Le Centre Pompidou organise le mercredi 4 mai 2016 une grande journée de débats sur les « Lignes de fracture » de la période contemporaine. Elle qui s’inscrit dans le cadre du festival « Hors-Pistes » dont le titre est, cette année, L’Art de la révolte.

Je participerai à la séance de clôture avec Julian Assange (qui interviendra en vidéo-conférence), sur la question de la sécurité, du terrorisme, , des fuites, de la démocratie, de WikiLeaks, etc.

Le programme complet de la journée : Lire la suite

Publié dans Conférence, Uncategorized

D’Occupy à Nuit Debout : l’inconscient politique du mouvement des places

Je publie dans Le Monde daté du 28 avril un article sur Nuit Debout, l’inconscient politique de ce mouvement et les catégories de la gauche critique et du mouvement social. Il a été publié sous le titre : « Nuit debout a attiré ceux qui pensent leurs intérêts particuliers comme universels, et a exclu les dominés » 

J’y rétablis ici les quelques passages coupés pour entrer dans la page du Monde.

deboutmythepeuple

 

Quand un mouvement politique émerge, la position de l’intellectuel est toujours compliquée, surtout quand il souhaite que la mobilisation réussisse. Soutenir inconditionnellement, c’est se dissoudre comme intellectuel et ne pas assumer que la pensée puisse nourrir la pratique surtout quand elle est en désaccord avec la manière dont la pratique se pense. Mais critiquer, c’est prendre le risque de nuire à la mobilisation ou d’être perçu comme un adversaire.

Je conçois ce texte comme une discussion interne au mouvement social. Il partage la même ambition : la prolifération des luttes et des contestations. Mais c’est au nom même de cette ambition que je crois nécessaire de proposer une réflexion sur Nuit Debout et la conception de la politique dont elle est le produit. Je me demande si la relative stagnation de ce mouvement n’est pas due à sa constitution même. Ce qui doit nous inciter à interroger l’inconscient politique de ce mouvement et les catégories de la gauche critique et du mouvement social.

« Nuit debout » ne nait pas de nulle part. Ce mouvement n’a rien de spontané. Il est le produit d’une histoire de la théorie et de la politique. Il s’appuie sur des cadres idéologiques précis et reprend des formes d’actions qui se sont stabilisés depuis au moins dix ans, notamment avec Occupy Wall Street et les « mouvements des places ». Lire la suite

Publié dans Interventions, Uncategorized | 1 commentaire

Keynote Lecture at « re:publica », in Berlin, May 3rd.

republica ten

 

The 10th edition of the festival re:publica will take place in Berlin, May 2 – 4, 2016

I will give a keynote lecture on Tuesday, the 3rd.

The title of my talk is  « The Art of Revolt. Snowden, Assange, Manning ».

Update : A video of my talk is now available here.

.

republica

Publié dans Conférence, Lecture, Uncategorized

« Etat et violence ». Conférence-débat à Sciences Po Paris, le 4 avril

Sciences Po Etat violence

Je suis l’invité d’une conférence suivie d’un débat à Sciences Po Paris le lundi 4 avril 2016 à 19h15. La soirée portera sur le thème : « Etat et violence »

Elle s’inscrit dans un cycle de conférences organisé par l’association des étudiants de Sciences Po et Paris 4 (SPIV).

Le lundi 4 avril 2016, 19h15, Sciences Po, Paris. Salle H101 au 28 rue des Saints-pères 75007 Paris.

L’événement est ouvert à tous. Il faut juste s’inscrire : https://facebook.com/events/236476733369102?view=permalink&id=244008652615910

Plus de renseignement sur la page Facebook de l’événement en cliquant ici.

Publié dans Conférence, Uncategorized

[Vidéo] : Entretien avec François Bégaudeau, pour la revue « Transfuge », en intégralité.

transfuge ok

À l’occasion de la parution de Juger. L’État pénal face à la sociologie, j’ai accordé un entretien à la revue Transfuge qui est paru dans le numéro de mars 2016.

Il s’intitule « Mon livre tâche d’attacher l’Etat là où il ne s’attend pas ».

L’entretien a été menée par François Bégaudeau. On peut désormais le voir en intégralité.

Publié dans Entretiens, Pénalité, Philosophie, Sociologie, Uncategorized, Video

[Vidéo]: « Penser dans un monde mauvais ». Conférence à Sciences Po Lyon.

La vidéo de ma conférence prononcée à Sciences Po Lyon le 10 mars est en ligne.

Elle inaugurait le cycle de conférences « Agir et décrire » organisé par le laboratoire de philosophie, de science politique et de sociologie « Actions, Pratiques, Publics ».

Elle s’intitule: « Penser dans un monde mauvais ».

On peut la voir sur le site des vidéos de Sciences Po Lyon en cliquant ici. Ou, sur Youtube, en cliquant ici. 

penser dans un monde mauvais

 

Publié dans Conférence, Philosophie, Sociologie, Sociologie publique, Uncategorized, Video, Vie intellectuelle

[Vidéo] : An interview about « Die Kunst der Revolte. Snowden, Assange, Manning » for Suhrkamp

[Vidéo] : An interview about « Die Kunst der Revolte. Snowden, Assange, Manning » for Suhrkamp. In French with German Subtitles.

 

Publié dans Philosophy, SnowdenAssangeManning, Uncategorized, Video

« Quel engagement intellectuel pour demain? » Conférence à Sciences Po Lyon, le 10 mars.

Un cycle de conférences sur le thème de la recherche et de l’engagement,  les conférences « Agir & Décrire » est organisé à Sciences Po Lyon pour l’année 2016 par le laboratoire APP (Sociologies et Philosophies des Actions, Pratiques et Publics).

Je donnerai la conférence inaugurale de ce cycle. Elle s’intitule : « Quel engagement intellectuel pour demain? »

J’y parlerai des rapports entre théorie et politique, de la pensée critique et de sa circulation et de ce que voudrait dire faire vivre une éthique de la recherche aujourd’hui.

Jeudi 10 mars 2016, à 18h, Sciences Po Lyon, Grand Amphithéâtre, 14 avenue Berthelot

Entrée libre. Ouvert à toutes et tous. Réservation obligatoire :

https://www.weezevent.com/conference-geoffroy-de-lagasnerie

affiche lyon

 

 

 

Publié dans Rencontre, Uncategorized

« Penser contre les pouvoirs ». Rencontre-débat le 8 mars 2016, à Paris

Je suis l’invité d’une rencontre-débat sur le thème « Penser contre les pouvoirs », organisée par l’Association des Etudiants Protestants de Paris.

La soirée se tiendra le mardi 8 mars 2016, à partir de 20h, au 4 rue Titon, 75011 Paris.

Ouvert à toutes et à tous. Entrée libre.

affiche GDL2 (1).jpg

 

 

 

Publié dans Rencontre, Uncategorized

[Audio] :An interview about « Die Kunst der Revolte. Snowden, Assange Manning » on « Deutschlandradio »

An interview about Die Kunst der Revolte. Snowden, Assange Manning (published by Suhrkamp) on « Deutschlandradiokultur ». Click here to listen.

germaninterview.PNG

Publié dans Audio, SnowdenAssangeManning, Uncategorized

[Video] An Interview about « Die Kunst der Revolte. Snowden, Assange, Manning »

An Interview about « Die Kunst der Revolte. Snowden, Assange, Manning » (published by Suhrkamp) on  the German public television, 3sat Kulturzeit.

kulturzeit.PNG

 

 

Publié dans SnowdenAssangeManning, Uncategorized, Video

Dialogue avec Edouard Louis, le 3 mars, à Lille.

Une série de rencontres est organisée entre le 2 mars et le 5 mars 2016 au Théâtre de la Verrière à Lille.

J’y dialoguerai avec Edouard Louis le jeudi 3 mars 2016. La rencontre portera notamment sur nos livres :  « En finir avec Eddy Bellegueule », Histoire de la violence », « L’Art de la révolte » et « Juger ».

Jeudi 3 mars 2016, Théâtre de la Verrière, 28 rue Alphonse Mercier, Lille, 19h.

theatre verrière

Publié dans Rencontre, Uncategorized

« Mon livre tâche d’attaquer l’Etat là où il ne s’y attend pas » Entretien avec François Bégaudeau pour la revue « Transfuge »

TRANSFUGE MARS OK

A l’occasion de la parution de « Juger« , j’ai été interviewé par François Bégaudeau pour la Revue Transfuge.

L’entretien s’intitule : « Mon livre tâche d’attaquer l’Etat là où il ne s’y attend pas » et paraît dans le numéro daté de mars 2016.

L’entretien a été filmé. On peut le regarder en cliquant ici.

capture juger transfuge

 

 

 

Publié dans Entretiens, Juger, Uncategorized, Video

Sortir de notre impuissance politique/ Beyond powerlessness

Je publie simultanément en Anglais dans Opendemocracy et en Français dans L’Obs un texte sur notre situation contemporaine d’impuissance politique et comment elle nous impose de repenser la pratique politique.

I publish in English in openDemocracy and in French in L’Obs an article about our contemporary condition of political powerlessness and why we must re-examine our relationship to the political.

The title of the English version is : Beyond powerlessnessClick here to read it.

La version française s’appelle « Sortir de notre impuissance politique ». Le Nouvel Observateur a mis en ligne la version papier.

En voici une version développée:

Sortir de notre impuissance politique

La pensée critique a toujours constitué comme l’une de ses questions essentielles celle du présent.  Mais il y a, bien sûr, différentes manières d’établir un diagnostic de l’actualité, de comprendre ce qui nous arrive et d’y réagir – et c’est dans cet espace de dissensus que s’ouvre le débat intellectuel.

Même s’il faut toujours se méfier des déclarations dramatiques, il n’en demeure pas moins que tout laisse à penser que nous vivons aujourd’hui un moment critique que nous devons regarder en face. Nous sommes placés dans une situation historique qui impose de nous interroger radicalement sur ce que nous sommes, sur nos manières de penser, sur nos façons d’agir – sur notre état d’esprit.

Impuissance

S’il fallait caractériser d’un mot la situation politique contemporaine et l’expérience que nous en avons,  j’utiliserais le concept d’impuissance. Lire la suite

Publié dans Article, Philosophie politique, SnowdenAssangeManning, Uncategorized, Vie intellectuelle

Rendre justice/Faire violence. Dialogue avec Edouard Louis le 17 février à 19h à Genève

Le Théâtre de l’Usine organise le mercredi 17 février 2016 à Genève un dialogue entre Edouard Louis et moi sur le thème « Rendre justice/Faire violence ».

Mercredi 17/02, 19h, Théâtre de l’Usine, Rue de la Coulouvrenière 11, 1204 Genève. Entrée libre.

TU Edouard geoffroy

Publié dans Uncategorized

« Mettre en question notre inconscient pénal général ». Entretien dans l’Humanité

« Mettre en question notre inconscient pénal général ». Entretien dans l’Humanité Dimanche à l’occasion de la parution de Juger. Il porte aussi sur l’état d’urgence et la notion d’exception.

HUMA JUGER

Votre enquête a porté sur des procès d’assises. Pouvez-vous en tirer des enseignements pour l’état d’urgence en cours ?
Mon travail essaie, à partir d’une observation de procès, de poser un problème général : face au crime, à l’agression, de quelle manière peut-on réagir à la blessure qu’un individu cause à un autre ? La réaction au terrorisme s’inscrit dans cette problématique : quand survient un traumatisme, vers quoi dirige-t-on le regard ? Où cherche-t-on les causes ? Le système pénal nous installe dans une manière de voir qui dénie le rôle des facteurs sociaux, économiques, politiques, historiques. Il est construit sur une narration individualisante qui situe l’origine du crime dans des actions individuelles : pour conjurer le crime, il suffit donc de juger l’individu et de le réprimer. La réaction politique contemporaine au terrorisme prolonge cette manière de désigner les responsabilités au niveau individuel. Elle n’intègre pas les attaques dans une problématique plus globale. Ma question serait : comment pourrait-on essayer de faire du traumatisme non pas l’origine de pulsions répressives et violentes mais le point de départ d’une énergie transformatrice et émancipatrice ?

Ces pulsions ne remontent donc pas aux attaques de janvier et novembre ?
Nous avons trop tendance aujourd’hui à penser les mesures prises par le gouvernement comme un démantèlement du droit commun. Mais alors, nous n’interrogeons pas la continuité entre le droit pénal le plus ordinaire et ces mesures d’exceptions. Pourtant, il est frappant de constater que toutes les mesures prises officiellement pour lutter contre le terrorisme finissent toujours par s’appliquer à réalités qui n’ont rien à voir : les assignations à résidence au moment de la COP 21 par exemple. Aujourd’hui le gouvernement réfléchit à une réforme générale de la procédure pénale qui accroit le pouvoir de police. Ces glissements sont possibles parce que la lutte contre le terrorisme ne fait qu’accentuer des constructions qui sont déjà à l’œuvre dans le droit le plus ordinaire.
Que voulez-vous dire ?
Des mesures comme la « déchéance de nationalité » ou « l’état d’urgence » reposent dans leur idée même sur des concepts abstraits et totalisants comme « ordre public », « Nation », « intérêt de l’Etat ». Or ces notions structurent la logique pénale elle-même. Tout crime est aujourd’hui construit par l’État comme crime contre l’État pour pouvoir être réprimé selon la procédure pénale. Le crime terroriste n’a rien d’exceptionnel dans notre droit. Il est la matrice de construction de l’ensemble des crimes. Il y a donc une familiarité entre le crime commun et le crime politique ou terroriste. Ce qui se produit pour le terrorisme est donc logiquement amener à déborder sur l’ensemble de la procédure pénale. Pour lutter contre la redéfinition contemporaine qu’entraine la « lutte contre le terrorisme », il faut mettre en question notre inconscient pénal général. Penser en termes d’exception, c’est s’interdire de comprendre ce qu’il y a d’exceptionnel dans le droit le plus ordinaire.

Pourquoi les gens n’en ont pas conscience ? Pourquoi soutiennent-ils l’Etat d’urgence ?

Parce que l’Etat agit comme les gens le veulent spontanément. La réaction de l’Etat prolonge la logique normale du traumatisme : punir, emprisonner, réprimer, faire la guerre. On a parfois tendance à analyser les mesures du gouvernement comme s’inscrivant dans la logique de la « raison d’Etat ». Pour moi c’est l’inverse. Je crois beaucoup à l’Etat comme instance qui devrait rationaliser le monde, le rendre plus délibératif, plus inventif, par rapport aux affects spontanés. En un sens, le gouvernement n’est pas fidèle à l’idée d’Etat lorsqu’il agit comme il agit aujourd’hui.

Comment pourrions-nous résister ?
Pour moi, l’impuissance politique de la gauche à changer les choses est la question majeure. Il faut déployer une critique radicale de la construction étatique du monde. Ce qui ne veut pas dire adopter une position anarchiste. Mais refaire du droit un instrument d’émancipation, de rationalisation, d’invention politique – un instrument plus démocratique, moins violent, moins répressif.

Publié dans Entretiens, Juger, Politique, Uncategorized

« What does it mean to think? » in « Foucault against himself. »

« What does it mean to think? », my contribution to the volume « Foucault against himself. » Other contributors are Leo Bersani, Georges Didi-Huberman and Arlette Farge.

Publié dans Foucault, Philosophie politique, Uncategorized

Conférence à Berlin, au festival « Transmediale », le 6 février 2016

CaptureTM

La 10ème édition du festival Transmediale se tient à Berlin du 2 au 7 février 2016.

J’y interviendrai le samedi 6 février 2016 dans le cadre de la session « New State of Mind« , qui se tiendra dans l’Auditorium. La session sera modérée par Theresa Züger et les autres intervenants seront James Bridle et Didier Bigo.

J’y parlerai de la politique, de l’invention, de la résistance – de notre impuissance politique contemporaine. Le titre de mon intervention sera « Sortir de notre impuissance politique ».

The 10th edition of the festival Transmediale will take place in Berlin between february 2nd and 7th 2016.

I will give a lecture on saturday the 6th during a session entitled  »New State of Mind » which will take place in the Auditorium. The title of my talk will be « Escaping from our political disempowerment »

The session will be moderated by Theresa Züger and the other speakers will be James Bridle and Didier Bigo.

I will speak about politics, invention, resistance – and our contemporary condition of political powerlessness

Sat, 06.02.2016
15:00 – 16:30
Haus der Kulturen der Welt – Auditorium
John-Foster-Dulles-Allee 10
10557 Berlin

ConversationStarter_landingpage

 

Publié dans Conférence, Uncategorized

« Aujourd’hui, nous sortirons de notre demi-sommeil ». Débat avec Leif Randt au Luxembourg le 28 janvier

CaptureLR GdL

L’institut Pierre Werner, au Luxembourg, organise le 28 janvier 2016 à 20h, une rencontre entre Leif Randt et moi.

Elle portera notamment sur les notions de révolte, d’identité, d’appartenance, et de surveillance, etc.

La rencontre s’intitule « Aujourd’hui, nous sortirons de notre demi-sommeil ». Elle sera animée par Nils Minkmar.

28.01.2016 à 20h00
Salle J. Ensch, Abbaye de Neumünster, 28 rue Münster, Luxembourg-Grund.

Plus d’infos en cliquant ici.

 

logo-ipw-fr

 

 

Publié dans Rencontre, Uncategorized

Rencontre autour de « Juger » avec Thierry Lévy et Emmanuel Pierrat: quelques images

Au Musée du Barreau de Paris, le 18 janvier 2016, se tenait une rencontre à l’occasion de la parution de « Juger« , avec Thierry Lévy, Emmanuel Pierrat et moi.
C’était un très beau moment.

En voici quelques images.

Publié dans Images, Uncategorized

Parution de « Die Kunst der Revolte. Snowden, Assange, Manning » chez Suhrkamp

Mon livre L’Art de la révolte est traduit en Allemagne par les Editions Suhrkamp. Il sort fin janvier 2016.

Plus d’infos sur le site de Suhrkamp :

Revolt S.

Publié dans SnowdenAssangeManning, Traduction, Uncategorized

«Le tribunal apparaît comme un des lieux les plus violents de la vie sociale». Entretien dans Liberation à l’occasion de la parution de « Juger ».

A l’occasion de la parution de Juger, j’ai accordé cet entretien à Libération . Il y est question de la Justice, de la répression, de la psychiatrie, de l’art ou encore de la pratique de la sociologie.

Libé entretien

Face aux procès d’assises auxquels vous avez assisté, votre première réaction a été la déception. Pourquoi ?
Il existe un écart considérable entre la représentation culturelle du tribunal et la réalité. La littérature, le cinéma, les chroniques judiciaires mettent en scène le procès comme un moment intense, chargé d’émotion. On en fait une pièce de théâtre ou une cérémonie où s’expose la puissance de l’Etat. Il suffit de se rendre à un procès pour voir que tout cela est faux. La réalité est celle d’une bureaucratie ennuyeuse, routinière, sans éclat ni surprise. Pourquoi un tel écart entre la représentation du procès et sa réalité ? La culture, qui se présente comme un lieu de critique, nous impose une perception falsificatrice de l’Etat et nous inculque des dispositions à l’obéissance. C’est très frappant par exemple dans le film de Téchiné sur l’affaire Agnelet, l’Homme que l’on aimait trop : il croit filmer un procès, il en filme une représentation mystificatrice. C’est une situation intéressante du point de vue d’une théorie de la souveraineté : L’Etat ne se donne même pas la peine de nous impressionner, c’est nous-mêmes qui le construisons comme souverain. De ce point de vue, la sociologie est une pratique plus émancipatrice que l’art.

Derrière l’ennui et la bureaucratie, la justice exercerait, selon vous, une grande violence et aurait pour seul but : faire souffrir ?
Pour penser l’Etat, il faut rompre avec les justifications qu’il donne de ce qu’il fait pour regarder les choses telles qu’elles sont. Le tribunal apparaît, alors, comme l’un des lieux les plus violents de la vie sociale. Lorsqu’un juge parle, il ne faut pas y voir une décision rationnelle. C’est un acte qui fracture le monde, qui exerce une violence sur l’accusé, sur son corps ou ses biens. Je suis toujours frappé par la tendance que nous avons de sous-estimer la violence de l’Etat. Qu’est-ce qu’un tribunal si ce n’est un lieu où l’on voit à quel point nos vies sont aux mains de l’Etat ? L’Etat se donne le droit de disposer de nous. Il peut nous arrêter, nous emprisonner pour de longues années même dans un contexte d’incertitude sur ce que nous avons fait. D’ailleurs, chaque année, 300 personnes sont acquittées aux assises et 25 000 relaxées par les tribunaux correctionnels. Autant d’individus sur lesquels la machinerie judiciaire s’est abattue arbitrairement. La justice n’est pas une institution que nous pouvons regarder de loin. Elle peut nous tomber dessus à tout moment. Nous vivons dans une situation de précarité face à l’Etat. Ce n’est pas la question de la délinquance qui est en jeu sur la scène du tribunal : c’est notre condition de sujet politique.

Surtout en période d’état d’urgence…
Cela s’accentue. Mais la critique qui se focalise sur l’exception éclipse la violence de la justice normale. Nous vivons une telle époque de régression que la pensée se limite souvent à réagir aux réactions de l’Etat. Il faut veiller à ne pas se laisser imposer les termes du débat par l’Etat si nous voulons maintenir une critique inventive.

Mais est-il possible de juger autrement ?
L’un de mes objectifs est de débloquer notre imaginaire judiciaire. Nous avons du mal à imaginer d’autres manières de rendre la justice. Pourtant, réagir autrement n’a rien d’utopique. L’exemple de la justice transitionnelle est intéressant : dans des contextes lourds – après des crimes de guerre et des génocides -, des pays ont mis en place une nouvelle scène judiciaire à partir de préoccupations éthiques et politiques. On a ainsi inventé une justice originale qui définit différemment le rôle du juge, la fonction de la sanction, la place de l’émotion. La justice transitionnelle n’est pas un modèle, mais la preuve qu’une autre manière de répondre aux agressions est possible.

Une des particularités de notre justice réside en la «narration individualisante». C’est-à-dire ?
Depuis le XIXe siècle, la réflexion sur le droit place au centre la notion de responsabilité. Et de Nietzsche à Foucault, la critique de la justice a consisté à interroger la figure du sujet responsable. Je pense que c’est une erreur. L’une des grandeurs du droit est, au contraire, de créer des irresponsables. La simple lecture du code pénal montre que la justice est capable de ne pas juger : pour des raisons de maladie mentale, de légitime défense… La première opération du droit n’est donc pas de désigner des responsables. Elle est de définir une narration individualisante du monde. L’Etat nous impose des perceptions qui n’ont rien d’évidentes. Aux questions : d’où me vient ce qui m’arrive ? Quelle est la cause du traumatisme que je subis ? Il répond en orientant notre regard vers des individus plutôt que vers des phénomènes collectifs.

Cette individualisation des causes passe notamment par l’enquête de personnalité et l’expertise psychiatrique…
Dans un tribunal, comme dans le monde en général, la réalité des déterminations sociales est flagrante. Cela se voit. Mais pour juger, il faut faire comme si le monde n’existait pas : il faut reléguer au second plan les éléments contextuels qui nous poussent à faire ce que nous faisons et qui sont à l’œuvre dans ce qui arrive. D’où l’importance des enquêteurs de personnalité, puis des psychiatres : ils isolent les individus et parlent non-sociologiquement de la vie. L’enquête de personnalité retrace le curriculum vitae de l’accusé, ses choix amoureux, son rapport au travail… Mais la détermination du milieu n’est jamais abordée. On explique le geste de l’accusé par sa «personnalité» alors que, précisément, la personnalité est ce qu’il faudrait expliquer… L’expertise psychiatrique situe l’origine des actions des individus dans leur «structure interne». Par exemple, un expert déclare à propos d’un braqueur qu’il l’est devenu à cause d’une structure psychique du manque : ce n’est pas parce qu’il n’a pas d’argent qu’il vole mais parce qu’il vit sa réalité sur le mode du manque. Le crime est compris comme l’extériorisation d’un rapport de soi à soi et non comme expression d’un rapport du monde à soi. J’y vois une stratégie pour dépolitiser le monde.

Que se passerait-il si nous rompions avec ce cadre individualisant ? Si nous allions au bout de la vision sociologique du monde, quelle nouvelle conception de la justice et du droit pourrait émerger ?

Le personnage central serait, selon vous, non pas le juge mais l’avocat général. Pourquoi ?
Traditionnellement, la réflexion sur la justice place au centre la question de la neutralité. D’où la focalisation sur la figure du juge. Selon moi, comprendre les pouvoirs qui pèsent sur nous suppose de décaler notre regard vers l’avocat général. Ce personnage montre comment le droit repose sur l’idée selon laquelle, quand il y a un crime, il y en a toujours deux : sur le plan civil entre les individus, et sur le plan pénal vis-à-vis de l’Etat. C’est une sorte d’étatisation du monde : quand un individu en blesse un autre, l’Etat prend la place de la victime au nom d’un dommage fantasmatique qui lui serait fait et réclame une sanction spécifique pour ce «crime», qui s’ajoute à la compensation pour les victimes privées : c’est la répression pénale. La figure de l’avocat général montre comment la justice, qui devrait être rationnelle, répond violemment à la violence. Pourquoi l’Etat construit-il un deuxième crime, contre lui, là où il n’y en a qu’un ? Quelle est la nécessité de la sanction pénale en plus de la réparation ? Il y a là un site important pour interroger la pratique de la répression.

Depuis Foucault, on sait qu’il y a une reproduction des rapports sociaux de classe dans le fait de juger. Pourquoi ce refus de prendre en compte les effets des structures sociales ?

J’essaye d’élaborer une analyse qui ne place pas au centre les notions d’inégalité, de différence, afin de penser plus systématiquement les cadres de la vie sociale. Le marxisme se concentre sur la participation de la justice à la reproduction des rapports de classe. Mais la «justice populaire», qui était opposée à la «justice bourgeoise», était elle aussi traversée par des pulsions répressives inquiétantes. C’est ce système de la répression que je veux déconstruire. La justice ne pose pas avant tout un problème d’inégalité mais un problème politique. Il faut décaler l’angle d’attaque : la forme procès est liée à un pouvoir spécifique : la souveraineté. Je crois que le procureur est un personnage contraire aux valeurs démocratiques et que penser un droit non pénal constitue un objectif important.

Qu’entendez-vous par «droit non pénal» ?
Une justice plus démocratique. Aujourd’hui si j’agresse quelqu’un, nous ne pouvons pas nous entendre sur la manière de réparer le dommage que je viens d’infliger. L’Etat décide de la procédure et de la sanction. Il uniformise les manières de rendre la justice. En s’inspirant de la justice restaurative [également appelée «justice réparatrice» : celle-ci réunit l’auteur, la victime et la collectivité pour impliquer toutes les parties dans la réinsertion et la réparation d’un délit, ndlr], on pourrait essayer de donner aux acteurs la possibilité de définir eux-mêmes ce que rendre la justice veut dire. Pour certains, ce sera une sanction réelle, pour d’autres une compensation financière, etc. Un droit non pénal serait un droit placé au service des individus et non un ordre qui s’impose à eux – victimes comme auteurs d’ailleurs – de l’extérieur.

Votre analyse de l’Etat pénal est l’occasion d’une critique à l’égard de vos camarades sociologues qui pratiquent des études empiriques. Celles-ci sont pourtant nécessaires…
Je ne suis pas contre les données : il y a des descriptions de procès dans ce livre. Mais je propose une nouvelle pratique des sciences sociales. Depuis la mort de Bourdieu, il y a eu une régression de la sociologie, de plus en plus réduite à des enquêtes de terrain fondée sur l’étude de cas. Une sociologie qui accorde beaucoup trop de place aux justifications des acteurs par la pratique des entretiens. Cette façon de procéder perd la fonction critique de la sociologie, qui n’est pas de restituer ce que les gens disent mais de dégager les structures cachées, et qui n’est pas non plus de décrire le monde mais de le déstabiliser par des instruments de pensée.

Propos recueillis par Anastasia Vecrin et Sonya Faure.

Publié dans Entretiens, Juger, Justice, Philosophie politique, Uncategorized

Explication sociologique, excuse et appréhension du terrorisme. Débat à « Arrêt sur images »

J’ai été invité le 15 janvier 2016 à l’émission Arrêt sur images sur « Explication sociologique, excuse et appréhension du terrorisme. »

Le débat était avec Alain Bertho et Claire Serre-Combe et l’émission s’intitule « Sciences sociales : expliquer, est-ce excuser? »

On peut la voir en cliquant ici.

ASI

Publié dans Philosophie politique, Sciences sociales, Uncategorized, Video

« La déchéance de nationalité conforte une représentation de la Nation et du terrorisme qu’il faut déconstruire ».

« La déchéance de nationalité conforte une représentation de la Nation et du terrorisme qu’il faut déconstruire »: Extrait de l’émission Ce soir ou jamais, sur France 2, du 8 janvier 2016:

Dans Libération du 14 janvier, Laurent Joffrin emploie des termes particulièrement violents pour qualifier mes interventions lors de l’émission « Ce soir ou jamais », et notamment mes prises de positions sur la représentation de la Nation et des causes du terrorisme qu’installe la déchéance de nationalité.

Voici donc ci dessous un extrait de l’une de mes interventions afin que chacun puisse en voir la vérité.

 

Il est possible de voir en ligne un deuxième extrait de l’émission.

Publié dans Politique, Uncategorized, Video

Entretien à « France Culture », à l’émission « La Grande Table », à propos de « Juger »

J’ai été l’invité, le 12 janvier 2016, de l’émission La Grande Table sur France Culture à l’occasion de la parution de Juger.

On peut la réécouter en cliquant ici :

grande table ok

 

 

 

Publié dans Audio, Juger, Justice, Philosophie, Philosophie politique, Sociologie, Uncategorized

«Excuser, c’est un beau programme de gauche». Intervention dans Libération

A la suite des propos de Manuel Valls et du débat récurrent et rituel sur sociologie, explication et excuse, j’ai accordé cet entretien à Libération

libé

«Je revendique totalement le mot « excuse ». C’est un beau mot. Dans le débat rituel sur « explication », « compréhension » et « excuse », les deux attitudes qui s’affrontent me paraissent problématiques et me gênent beaucoup. Celle qui nie, comme Manuel Valls, la pertinence même de la sociologie : le déterminisme n’existerait pas, les individus seraient responsables de leurs actes. Cette position a au moins le mérite de la cohérence. Elle sent bien que le savoir sociologique met en crise les fondements du système de la responsabilité individuelle, du jugement et de la répression ; mais comme elle veut laisser intact ce système, elle doit nier la pertinence de la vision sociologique du monde.

«La deuxième position me paraît la plus étrange et incohérente. C’est celle de nombreux sociologues ou chercheurs en sciences sociales qui font un usage dépolitisant de leur pratique et leur savoir, et qui affirment ainsi que la tâche de connaître les phénomènes – qui relèverait de la « connaissance » – ne doit pas être confondue avec une prise de position critique sur les institutions – qui relève de l’engagement –, ou que comprendre un système relèverait de la science quand la responsabilité relèverait du droit, en sorte que nous aurions affaire ici à deux mondes différents. Expliquer ne serait pas excuser. Comment peut-on à ce point désamorcer la portée critique de la sociologie ?

«Je pense qu’il faut récupérer le mot d’excuse. On cède trop facilement aux offensives de la pensée réactionnaire ou conservatrice. Excuser, c’est un beau programme de gauche. Oui, c’est un beau mot « excuser », qui prend en compte avec générosité et rationalité la manière dont les vies sont formées, les violences que les gens ont subies, les cadres dans lesquels ils vivent, etc. Il faut revaloriser ce mot dans la culture juridique et politique. C’est d’autant plus légitime que le droit prévoit déjà des excuses – ce qui montre à quel point des deux côtés, le débat se fonde sur une ignorance du fonctionnement du droit contemporain.

«On peut penser à « l’excuse de minorité » pour les enfants, mais aussi à l’irresponsabilité pénale pour les malades mentaux. Aujourd’hui, la justice utilise déjà un savoir (psychiatrique) pour lever, parfois, la responsabilité (dans les cas de troubles mentaux). Pourquoi ne pourrait-on pas utiliser de la même manière le savoir sociologique ? J’ai assisté à de nombreux procès d’assises pour mon dernier livre. A plusieurs d’entre eux, les accusés étaient des SDF : ils boivent, ils se battent, l’un d’entre eux tombe et meurt. Je pourrais très bien comprendre qu’on déclare ce SDF irresponsable de ces coups mortels, ou qu’on atténue sa responsabilité, en raison de la façon dont son geste fut prescrit et engendré par la situation dans laquelle il s’est trouvé pris. Ne serait-ce pas une conquête de la raison sociologique et politique sur les pulsions répressives et de jugement ?

« Au fond, refuser le mot « excuse »et dénier la portée critique de la sociologie par rapport au système de la responsabilité individuelle est à peu près aussi absurde que si Pierre Bourdieu, après avoir mis en évidence l’élimination systématique des classes populaires par l’Ecole, avait dit : mais cela n’excuse en rien les fils et les filles des classes dominées pour avoir raté leurs études. »

Publié dans Interventions, Pénalité, Politique, Uncategorized

Rencontre-débat à l’occasion de la parution de « Juger », le 18 janvier, au musée de Barreau de Paris

A l’occasion de la parution de mon livre Juger. L’Etat pénal face à la sociologie, aux éditions Fayard, une rencontre est organisée par le Musée du Barreau de Paris.

Elle prendra la forme d’un débat entre Thierry Lévy (avocat au barreau de Paris), Emmanuel Pierrat (avocat au barreau de Paris) et moi.

Le lundi 18 janvier 2016, à 18h30 au Musée du Barreau de Paris, 25 rue du Jour, 75001 Paris.

Entrée Libre. Ouvert à tous. Il est conseillé de réserver sa place au 01 44 32 47 48 ou  cgeraci@avocatparis.org

 

Barreau OK

 

Publié dans Juger, Rencontre, Uncategorized

Parution de « Juger. L’Etat pénal face à la sociologie »

Le 6 janvier 2016 est paru, aux éditions Fayard, Juger. L’Etat pénal face à la sociologie.

couv juger ok

 

Présentation de l’éditeur :

Pendant plusieurs années, Geoffroy de Lagasnerie s’est rendu à la cour d’assises de Paris. Il a vu être jugés et condamnés des individus accusés de braquage, d’attentat, d’assassinat, de coups mortels, de viol. À partir de cette expérience, il propose une réflexion sur l’État pénal, le pouvoir et la violence.
Nos manières de rendre la Justice s’inscrivent dans un système général et a priori paradoxal : pour juger, les procès construisent une narration individualisante des acteurs et des causes de leurs actes ; mais, pour réprimer, ils transforment chaque action interindividuelle en agression contre la « société » ou contre l’« État ».
Comment comprendre ce système du jugement et de la répression et ce jeu des catégories pénales ? La Loi est souvent présentée comme instaurant le règne de la raison contre les réactions passionnelles. Ne produit-elle pas en réalité des effets de dépossession et du traumatisme ? À quelles conditions une sociologie critique pourrait-elle nous donner les moyens d’imaginer un droit moins violent, un État moins souverain et une justice plus démocratique ?
En mêlant récits et analyses théoriques, Geoffroy de Lagasnerie montre que l’institution judiciaire ne forme pas seulement une réponse à la délinquance. La scène du tribunal, où un individu est forcé de comparaître devant des juges, est un miroir grossissant de notre appartenance à l’État. Si bien que, au bout du compte, cet ouvrage offre une exploration de notre condition de sujet politique.

Plus d’infos sur le site des Editions Fayard.

Publié dans Ouvrages, Sociologie, Uncategorized

Etat d’urgence et libertés académiques. Communiqué

Ronan de Calan et moi-même sommes au regret de vous informer que nous ne pourrons maintenir notre séance du séminaire « Actualité de la philosophie et des sciences sociales »du 16 décembre où devait intervenir David Thomson sur le Jihadisme. C’est la deuxième séance que nous devons annuler après celle du 18 novembre avec Benjamin Stora en raison des mesures de sécurité prises par la Sorbonne.

Les consignes du recteur en lien avec l’état d’urgence et leur application par la Sorbonne tendent à rendre impossible ce type d’événement ouvert, pour une durée malheureusement indéterminée.

Nous regrettons ces mesures prises par nos établissements qui nous privent de la possibilité de traiter librement et publiquement de thèmes, de problèmes qu’il est urgent de penser pour ne pas déléguer à d’autres le soin de le faire à notre place.

Comme nous ne souhaitons pas fermer notre séminaire et priver un public élargi de la possibilité d’assister à nos séances, nous sommes contraints de le reporter à l’année prochaine.

Nous voyons ainsi comment l’état d’urgence et son application tendent à limiter les espaces de réflexion et de discussion et instaurent un climat qui nuit à l’exercice des libertés académiques.

Nous nous efforcerons de proposer au mois de mai 2016 un événement de plus grande ampleur permettant de compenser ces annulations

Ronan de Calan et Geoffroy de Lagasnerie

Publié dans Communiqué, Uncategorized

Soirée sur « L’Etat islamique : Jihadisme, islam politique et enjeux géopolitiques », avec David Thomson à la Sorbonne le 16 décembre

david-thomson_les-francais-djihadistes_1200x545

LA SEANCE A ETE ANNULEE Cf. notre texte Etat d’urgence et libertés académiques. 

La première séance du séminaire « Actualité de la philosophie et des sciences sociales »  (ENSAPC- Université Paris 1) que j’anime avec Ronan de Calan aura lieu le mercredi 16 décembre 2015.

A la suite des attentats du 13 novembre, nous avons décidé de donner à cette séance la forme d’une soirée de réflexion et de débat sur le thème :

« L’Etat islamique : Jihadisme, islam politique et enjeux géopolitiques »

L’invité sera David Thomson.

David Thomson est journaliste à RFI. Il suit depuis plusieurs années l’actualité du jihadisme et de l’Etat islamique, dont il est l’un des meilleurs connaisseurs. Il est l’auteur d’un livre pionnier sur les Français  jihadistes (Editions Les Arènes) composé principalement de témoignages.

Le mercredi 16 décembre 2015 à 19h30, Amphithéâtre de Gestion, La Sorbonne, 14 rue Cujas, 75005 Paris (juste à droite en entrant)

Entrée libre, ouvert à toutes et à tous. Il faut se munir d’une pièce d’identité pour entrer dans la Sorbonne.

 

Publié dans Séminaire, Uncategorized

« Un futur pour les Ecoles d’Art. » Intervention à la séance de clôture des Assises nationales des Ecoles supérieures d’art.

Les Assises Nationales des Ecoles Supérieures d’Art ont eu lieu les 29 et 30 octobre 2015 à Lyon. Organisées l’Association Nationale des Ecoles Supérieures d’Art, elles portaient sur le futur des Ecoles d’Art. Dans ce cadre j’ai été invité à participer à la séance plénière de clôture. Voici le texte de mon intervention qui porte notamment sur le rapport des Ecoles d’Arts au modèle universitaire et sur leur relation au champ social et politique.

assises photo

Je remercie beaucoup les organisateurs et notamment Emmanuel Tibloux, président de l’Andéa, pour m’avoir invité à cette séance.

Avant de commencer, je voudrais insister sur le fait que, pour moi, prendre la parole devant vous sur un sujet aussi important et complexe que les fonctions et les futurs des Ecoles d’Arts constitue une situation difficile, et, pour tout dire, intimidante. Vous êtes, pour l’immense majorité d’entre vous, des professionnels des milieux de l’art. Vous y évoluez depuis de nombreuses années, vous passez beaucoup de temps dans cet univers, vous en connaissez les moindres détails, la topographie, les lieux, les hiérarchies objectives et subjectives, les noms, etc. Or, de mon côté, mon appartenance à ce champ et à cet univers est nouvelle. J’ai commencé ma trajectoire dans l’Université, et cela ne fait que deux ans que j’ai été recruté à l’Ecole nationale supérieure d’arts de Paris-Cergy en sciences humaines et philosophie. Et, même s’ils portent aussi sur la question de la création, j’y reviendrai, mes travaux ne portent pas spécifiquement sur la question de l’art ou de l’esthétique.

En soulevant ce point, je veux insister sur un fait que nous oublions souvent de prendre en compte lorsque nous appartenons depuis un certain temps au champ de l’art contemporain : il y a peu d’espaces sociaux plus intimidants, qui exercent autant d’effets de censures et de dépossessions que les mondes de l’art contemporain. La prise de parole pour un individu qui n’y pense pas son appartenance comme immédiate, comme allant de soi, n’est pas aisée – loin de là.

Autrement dit, lorsque l’on organise des événements sur le champ artistique ou sur le futur des Ecoles d’art, il faut toujours intégrer que tout un ensemble d’individus, par des effets d’auto-censure et d’auto-exclusion, ne parlent pas ou n’expriment pas leurs opinions, alors que cela pourrait les intéresser ou les concerner.

Qui n’est pas là ? 

A cet égard, je voudrais souligner que lorsque Emmanuel Tibloux m’a invité à réfléchir avec vous sur la question de ce que l’on peut attendre des Ecoles d’arts, il m’est tout de suite apparu que, après tout, les mieux placés pour en parler, ce serait plutôt les élèves ou ceux qui veulent entrer dans ces Ecoles – autant d’individu qui par définition ne sont pas présent dans des Assises comme celles-ci.

Dans un texte sur la notion d’Etats généraux, Didier Eribon souligne que lorsque des « Etats généraux » ou des « Assises » d’une institution ou d’un champ sont organisées, l’une des questions qu’il faut immédiatement poser sont : qui n’est pas là? qui ne parlent pas? Quelles sont les « voix absentes » ? Ce qui ne remet en rien en cause la légitimité de ceux qui parlent. Mais cela permet de s’interroger sur le point de vue à partir duquel les questions sont posées. Dans des Assises comme celles-ci, il est évident que la présence des étudiants mais aussi de ceux qui n’ont pas réussi à entrer dans nos Ecoles, ou ont renoncé à se présenter, permettrait de penser tout autrement la question du futur de nos Ecoles.

Un nouveau rapport pédagogique

Je me permets d’insister sur ce point car je crois très fortement que les Ecoles d’art doivent être un lieu où l’on réinvente un rapport pédagogique très différent de celui qui a lieu dans les autres institutions du supérieur, Université ou Ecole de commerce, notamment. Et je le dis sans aucun spontanéisme ou populisme comme si la différence professeur/élève était non pertinente en Ecole d’art. Je n’y crois pas du tout. Mais j’ai découvert dans ces Ecoles un rapport entre étudiants et professeurs   tout à fait différent d’un rapport pédagogique, d’un rapport d’apprentissage, d’un rapport de transmission de connaissance, et qui ressemble bien plus à un rapport d’utilisation de ce que nous apportons dans l’Ecole. En tout cas, je crois que nous devons attendre des Ecoles d’Arts d’être des lieux qui réinventent la conception de l’enseignement dans le supérieur, et c’est la raison pour laquelle l’exclusion structurelle des étudiants d’un lieu comme ces assises, surtout lorsqu’elles portent sur le futur des Ecoles, tend à reproduire une certaine coupure entre administration-prof-et élèves et donc une certain idée d’une gestion administrative et par le haut que l’idée d’Ecole d’art a plutôt pour moi pour fonction de remettre en cause et de déstabiliser.

Inventer de nouvelles structures de la recherche et du supérieur

Après ce point préalable, je voudrais en venir aux enjeux qui me semblent cruciaux. La question de ce que l’on peut attendre des Ecoles d’arts aujourd’hui engage une réflexion radicale sur ces écoles comme lieu de recherche, comme institution, dans leur rapport à l’université et au champ du savoir à l’échelle internationale d’une part et, d’autre part, dans leur relation au champ politique et social.

Nous sommes aujourd’hui collectivement confrontés à un défi extrêmement important, qui renvoie à la question de l’inscription des Ecoles d’art dans le champ de l’enseignement supérieur, de la recherche, et des études doctorales, de la délivrance de doctorat, etc. Cette inscription est une nécessité et une exigence. Je suis convaincu de la nécessité pour nos Ecoles d’être reconnues par l’enseignement supérieur, de délivrer des diplômes de master et de doctorat, de faire écrire des mémoires aux étudiants qui valent comme un master, etc.

Mais précisément, si nous voulons penser à un futur des Ecoles d’art, ce qui suppose que les Ecoles d’art soient un lieu de l’invention de futur, de quelque chose d’inédit, il faut prendre garde à ce que cette question de la recherche ne nous conduise pas à reproduire du déjà là, du déjà connu, de l’institué.

Le risque, il est simple et je crois qu’il est connu: il est que nous confondions la recherche et l’enseignement supérieur avec les formes très particulières et très contestables qu’elles y prennent à l’université. Le risque est que mettions en place un processus d’académication des Ecoles d’Arts, et que ainsi, au lieu de créer un futur, de créer notre propre futur, nous nous glissions dans des formes déjà connues et dont nous connaissons les effets fortement négatifs. Ce risque est redoublé par le fait que, bizarrement, comme j’ai pu le constater, l’université exerce des effets d’intimidation très fort au sein des Ecoles d’art, notamment chez les théoriciens, alors que, croyez moi, il n’y a vraiment aucune justification à cela.

Pour réfléchir sur la question de l’inscription des Ecoles d’art dans le domaine de la recherche et du supérieur, il faut partir d’un fait indubitable : Il y a une différence de nature entre l’université et les Ecoles d’art et c’est pour cela que la recherche en art doit être l’occasion à l’invention de nouvelles structures du supérieur : l’université ne forme pas et n’a jamais formé des créateurs. Elle n’en a jamais eu l’ambition d’en former. Et l’invention n’est pas une valeur académique : l’université forme ou bien des commentateurs des travaux des autres ou bien des individus qui se situent dans le prolongement des travaux déjà là. C’est ça fonction objective et indéniable. Et c’est la raison pour laquelle, comme je l’ai montré dans mon livre Logique de la création; tous les créateurs au XXème siècle se sont formés contre les institutions académiques et surtout contre les modèles de la recherche, contre les modèles d’écriture, de publication, d’inscription disciplinaire, etc. qu’elles promeuvent.

Les Ecoles d’art disposent d’une singularité historique dont elles doivent tirer partie. Leur matière même les prédispose à prendre un écart avec le modèle de la pensée académique ; elles ont une vocation à l’innovation alors que l’université a de son côté un rapport à la production d’individu qui se situent dans le registre organisationnel de la cumulativité.

je crois important de rappeler ces évidences car, paradoxalement, le modèle universitaire semble être le seul disponible lorsque nous réfléchissons sur la recherche en art. Lorsque l’on veut se signifier comme appartenant au monde de la recherche et de l’enseignement supérieur, on a tendance à reprendre les formes qu’elles y prennent à l’université. D’où la tendance à la prolifération, aujourdhui, dans nos écoles ou au niveau national d’instance dites d’évaluation et de contrôle, de l’utilisation du critère de la reconnaissance par les pairs, de conseil scientifique, d’exigences de doctorat, de CNESER culture, etc.

Pour ma part je perçois un grand risque dans la reprise de ces formes, de ce vocabulaire, de ces institutions.

Car ces institutions ne sont pas ce qu’elles prétendent être, n’accomplissent pas ce qu’elles prétendent accomplir. Elles ne constituent en rien notamment des garanties de sérieux. Elles fonctionnent presque toujours, nécessairement, comme des instances de normalisation, d’uniformisation qui entravent les facultés créatrices et les pratiques dissidentes. Elles sont calquées sur une image de la pensée comme communication et évaluation et non comme affirmation et disruption. Il faut comprendre que l’université nous impose un modèle organisationnel en faisant croire qu’il en va du « sérieux », de la qualité de la « recherche » alors que ce modèle est précisément, ce contre quoi toutes les grandes pensées créatrices, toutes les grandes recherches se sont affirmées. En d’autres termes, ces structures ne doivent pas être vues comme des cadres qui garantissent une exigence de sérieux (même si elles le prétendent) mais comme des instances qui servent objectivement à reproduire les pesanteurs instituées.

Rappelons nous à quel point des figures comme Foucault, Deleuze, Derrida, Barthes ou Bourdieu ont été combattu par l’université.

Dire cela ne veut pas dire du tout pour moi renoncer à la recherche, à l’enseignement supérieur, à la délivrance de titre et de diplôme, pas du tout. Mais ce que l’on peut attendre des Ecoles d’Art, ce serait justement de parvenir à créer et imposer dans le paysage des formes institutionnelles nouvelles, non académiques, qui ne redouble pas la forme université.

L’enjeu pour nous devrait donc consister à inventer un modèle spécifique de la recherche contre l’idée de évaluation par les pairs, de conseil scientifique, d’autonomisation. Sinon à quoi bon des Ecoles d’art? Sinon pourquoi tout n’aurait-il pas lieu dans l’université?

Comme l’a souligné Emmanuel Tibloux dans son allocution d’introduction de ces assises, les Ecoles d’art sont souvent décrites comme des institutions contradictoires, instables, parce que nécessairement critiques et critiques des institutions qu’elle pose. C’est en effet un point très important. Mais je crois que c’est aussi là l’énonciation d’un paradoxe à dépasser. Cette présentation constitue une manière d’expliciter le problème sans, peut-être, se donner les moyens de le résoudre. Car précisément, à quoi l’idée d’Ecole d’art nous invite-t-elle si ce n’est à imaginer une forme institutionnelle qui permettrait d ‘échapper à ce qui est posé ici comme un dilemme insurmontable ? Les Ecoles d’art sont elles condamnées à être des instituions instables ? Ou cette instabilité vient-elle du fait que nous avons en tête une définition de ce que doit etre une institution que nous n’avons pas interrogée et qui se situe à l’opposé de la logique de la création ? Et est-ce nécessaire ? Ne pourrait-on pas imaginer une autre manière de penser l’institution dans son rapport aux forces de l’innovation et de l’expérimentation ?

Pour moi, ce qu’on peut et ce qu’on doit attendre d’une Ecole d’art c’est précisément de répondre positivement à ces questions, de redéfinir de ce c’est qu’un lieu institutionnel. Et d’ailleurs, il ne faut pas croire que ces structures nouvelles n’ont jamais existé. D’autres lieux ont essayé d’accomplir un telle redéfinition On peut penser à des lieux comme la VIe section de l’EPHE lorsqu’elle été dirigé par Braudel. Braudel avait réussi à inventer une nouvelle structure institutionnelle, qui n’était pas instable, qui était parvenu à échapper à l’apparente contradiction entre force institutionnelle et force de l’expérimentation : une institution créatrice.

Les Ecoles d’art n’ont pas de dehors

Je voudrais pour terminer radicaliser cette réflexion sur la façon dont l’exigence de création et d’expérimentation doit être pour nous le point de départ d’une interrogation sur le futur des Ecoles d’art.

Jusqu’ici, je me suis contenté de parler de l’art, de la recherche en art sans aborder la question du « dehors » (je mets volontairement des guillemets car j’entends interroger cette désignation), de la philosophie, de la littérature, du champ politique et social.

La question du statut de ce qui se situe au delà du champ de l’art me parait être peut-être l’enjeu le plus important et je le crois, le plus destabilisateur. Je voudrais en effet affirmer ici qu’il n’y a pas de dehors des Ecoles d’art et que le futur des Ecoles d’art pourrait être de se penser comme lieu d’accueil à tout ce qui fait disruption dans les champs du savoirs ou dans les champs sociaux.

Mon idée part de cette interrogation:   Que fait-on, en effet, quand on pense les Ecoles d’art ? quand on prend leur défense? quand on veut les faire rayonner? Nous défendons l’art, bien sûr, comme pratique spécifique. Mais nous défendons aussi, nécessairement et peut être malgré nous, toujours autre chose.

L’attachement aux Ecoles d’Arts se nourrit d’un ensemble de valeurs plus larges, en sorte que lorsqu’on défend les Ecoles d’art on les défend au nom de principes qui débordent strictement la question de l’art, ce qui nous amène à sortir de ce domaine restreint. Nous énonçons notre point de vue au nom d’une certaine idée d’expérimentation, de nouveauté, d’hérésie, d’affirmation, de . Or si être attaché aux Ecoles d’art c’est être attaché à ses valeurs, c’est nécessairement aussi être attaché à elle partout où elles sont en jeu, partout où ces forces se font jours dans le monde social. Dans tous les champs du savoir, là où quelque chose s’expérimente, là quelque chose de disruptif émerge, cela s’inscrit dans un mouvement qui concerne les Ecoles d’art et même pourrait-on dire ce mouvement devrait en droit faire partie de ce lieu qui s’appelle « Ecole d’Art ». C’est la raison pour laquelle on pourrait aller jusque à dire que, à la limite, les Ecoles d’art n’ont pas de dehors. Tout ce qui s’invente devrait pouvoir trouver comme lieu l’Ecole d’art.

Jacques Derrida disait quelque part que le futur de la philosophie créatrice se trouvait dans les Ecoles d’art. Pour ma part, je crois qu’il faudrait dire que le futur d’une Ecole d’art devrait être de s’ouvrir à l’hétérogénéité des productions et à des champs qui s’inscrivent dans un processus créatif. IL faudrait en faire le lieu de la prise en charge de la manifestation du monde en train de s’inventer. Quand les Gender Studies émergent, quand les questionnements féministes bousculent les savoirs institués, ils font partie du mouvement qui créateur qui a de plein droit sa place dans une école d’art. Quand les post colonial studies, les gay and lesbian studies arrivent également.

Dire cela ce n’est pas dissoudre la singularité de nos Ecoles. Bien au contraire, c’est leur permettre d’être pleinement ce qu’elles veulent être ou devraient etre – ou sont déjà. La logique de la création est une logique de l’hétérogène, de la rencontre entre des créateurs de champ différent : on sait par exemple que Foucault a beaucoup insisté sur l’importance qu’a revêtu dans sa trajectoires les œuvres littéraire de Bataille ou la musique de Boulez. On peut penser aussi à la façon dont Levi Strauss disait que le surréalisme et les collages de Max Ernst l’avaient orienté vers une pensée de nature structurale sur les formes de l’inconscient.

Une Ecole d’art devrait être un lieu qui organise ce type de rencontre créatrice, qui les rend possible, et elle devrait pour cette raison se définir comme un lieu d’accueil des productions hétérogènes et interpellatrices. La création se nourrit de hétérogénéité en sorte que mettre l’hétérogénéité dedans est la vocation de l’Ecole art. Je pense notamment aux postes d’écritures et d’écrivains., comme Francois Bon à l’ENSAPC. Mais pas seulement. Accueillir des professeurs, des écrivains, des théoriciens qui ne sont pas artistes et qui ne parlent pas d’art directement est fondamental.

¨Pour finir sur une note peut-être un peu prophétique, je serais tenté de dire que l’on pourrait attendre des Ecoles d’art un projet de se dissoudre comme Ecole spécifiquement d’art , de surtout ne pas chercher à devenir quelque chose comme une  » Université des arts », pour se penser comme plateformes hétérogènes (mon amie et collègue Sylvie Blocher intitule “Plateforme expérimentale” l’espace où ele articule sa pratique et son enseignement), ou voisineraient des individus qui enseignent et pratiquent des activités totalement différentes, et pourquoi pas même des militants, des individus engagés dans la sociétés civiles, des journalistes, etc.

Je propose de penser les Ecoles d’arts comme des Ecoles refuges comme il y a des villes refuges

Et puisque je viens de parler des Ecoles d’art comme lieu de refuge, je voudrais profiter de la venue et de la presence de Fleur Pellerin pour finir sur un dernier point.

La culture ne saurait être nationale : il faut construire une Europe de la culture, qui soit une Europe Ouverrte, et qui soit donc tout le contraire de la « forteresse Europe » que certains veulent mettre en place. L’Europe de la culture, c’est l’Europe sans les frontières, sans les murs, sans les grilles, un Europe ouverte et accueillante : que peut bien signifier venir ici faire l’éloge des Ecoles d’art et des valeurs qu’elles portent si, en même temps, des gens se noient dans la méditerranée ou entre la Turquie et les iles grecques c’est-à-dire si des gouvernements conduisent des politiques qui amènent les gens à se noyer.

Publié dans Arts, Université, Vie intellectuelle

Fonctions et futurs des Ecoles d’Arts. Intervention à la séance de clôture des Assises Nationales des écoles supérieures d’art

Capture d’écran 2015-10-29 à 11.41.29

J’interviendrai le vendredi 30 octobre 2015 lors de la séance de clôture des Assises Nationales des écoles supérieures d’art sur la fonction et le futur des Ecoles d’Arts. Ces assises sont organisées par l’Association Nationale des Ecoles Supérieures d’Art (le programme complet est disponible en cliquant ici).

Séance plénière de clôture, aux Subsistances, à Lyon. 14h30-16h30 
Que peut-on attendre d’une école d’art ?

Modérateur : Emmanuel Tibloux, directeur de l’École nationale supérieure des beaux-arts de Lyon, président de l’ANdÉA
avec la participation de :
• Éléonore de Lacharrière, déléguée générale de la Fondation
Culture & Diversité
• Geoffroy de Lagasnerie, philosophe et sociologue,professeur
à l’École nationale supérieure d’arts de Paris-Cergy
• Jean de Loisy,président du Palais de Tokyo
• Estelle Francès, administratrice et directrice de la Fondation
Francès, présidente de l’association Françoise pour l’œuvre
contemporaine.
• Marion Papillon, directrice de la Galerie Claudine Papillon
et vice-présidente du Comité professionnel des galeries d’art
• Nathalie Talec, artiste, professeur aux Beaux-arts de Paris

Publié dans Uncategorized