Michel Foucault, le néolibéralisme et la politique

Dans le cadre des journées d’études de l’Ecole nationale supérieure d’art de Limoges intitulées « Pendant et après Foucault », je donnerai le 18 janvier 2012 une conférence intitulée « Michel Foucault, le néolibéralisme et la politique ».

(Je publierai un ouvrage plus général sur ce thème en 2012. Il s’intitulera La dernière leçon de Michel Foucault. Sur le néolibéralisme, la théorie et la politique, et sortira le 31 octobre 2012 aux Editions Fayard)

En voici le résumé:

A partir du milieu des années 1970, Michel Foucault a consacré de nombreux textes au néolibéralisme, qui comptent parmi les plus commentés, mais aussi les plus controversés de son œuvre . Car l’analyse offerte par Foucault du néolibéralisme et la lecture qu’il propose des principaux théoriciens de ce courant ont jeté le trouble : et si Foucault était, à la fin de sa vie, en train de devenir libéral ? Est-ce que ce cours ne manifesterait pas qu’il était, à partir du début des années 1980, en train de s’engager sur une mauvaise pente, en train de se « droitiser » ? Peut-être… Mais plutôt que de condamner cette fascination de Foucault pour le néolibéralisme, il est préférable d’essayer de la comprendre. On s’interrogera ici sur les raisons pour lesquelles la pensée néolibérale a fait écho, chez Foucault, à certaines de ses préoccupations ; comment elle lui a permis d’aborder autrement, par exemple, le problème du pouvoir, sa discussion avec la philosophie politique, ou encore sa critique de la psychologie ou du marxisme… ; ou encore comment elle lui a fourni des instruments pour renouveler des concepts classiques de la philosophie politique et du droit et de la théorie sociale. Ce qui nous amènera à nous interroger sur ce qu’est le néolibéralisme, et sur les conditions de la production d’une critique de cette nouvelle « gouvernementalité ».

 

Ecole nationale supérieure dʼart de Limoges, 19 avenue Martin Luther King, 87 000 Limoges, Amphithéâtre. Le 18 janvier 2012 à 9h00. Entrée libre.

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La sociologie publique, une ruse de la raison académique. Contre Michael Burawoy

Sociologie publique et sociologie académique

En 2004, le sociologue britannique Michael Burawoy fut élu Président de l’Association américaine de sociologie. Il prononça à cette occasion une allocution qui eut un très grand retentissement dans le champ des sciences sociales à l’échelle internationale et qui suscita, un peu partout dans le monde, un nombre très important de réactions, de réponses, de débats, etc.[1]. Son intervention se voulait délibérément engagée. Elle appelait les sociologues à rompre avec l’enfermement académique de plus en plus marqué de leur discipline et à rétablir des liens entre l’Université et son dehors. Devant ses collègues, Burawoy s’en est ainsi pris à l’idée selon laquelle la sociologie pouvait et devait être une science repliée sur elle-même dans le monde universitaire et ne circulant qu’à l’intérieur d’un groupe restreint d’interlocuteurs spécialisés. Il plaidait au contraire pour ce qu’il appelle une « sociologie publique », qui non seulement placerait sa réflexion au contact de ce qui s’élabore dans la société, mais qui, surtout, la destinerait à circuler dans la vie sociale. Pour lui, les chercheurs en sciences sociales  ne doivent pas seulement produire du savoir. Ils doivent également essayer de traduire ce savoir élaboré au sein du monde académique vers la société : ils doivent restituer leur connaissance à ceux dont elle provient et qu’ils prennent pour objet d’étude.

Selon Burawoy, la pratique de la sociologie publique s’avère d’autant plus urgente, mais également d’autant plus difficile que, depuis les années 1960, un écart toujours plus grand se serait creusé entre les sociologues et la société : les orientations politiques des sociologues seraient de plus en plus tournées vers la gauche, quand le « monde », de son côté, (catégorie d’analyse dont on doit tout de même souligner l’extrême fragilité et l’absence quasi-totale de pertinence d’un point de vue sociologique) serait de plus en plus dominé par une idéologie de droite. Pour cette raison, les connaissances produites par les sociologues seraient de moins en moins audibles dans le monde social et de moins en moins capables d’y trouver de l’écho. Mais précisément, le rôle du sociologue consiste, selon Burawoy, à de ne pas se satisfaire de cette situation. On ne saurait invoquer cet état de fait pour justifier l’attitude qui amènerait à déserter le champ de la bataille. Il est au contraire nécessaire de se mobiliser pour y remédier et, pour ce faire, de régénérer la fibre morale qui dominait à la naissance de la discipline. Il faudrait retrouver l’humeur qui animait la démarche d’auteurs comme Durkheim, Weber, Marx ou encore W. E. B. Du Bois, qui toujours lièrent démarche sociologique et volonté de transformer le monde, entreprises scientifiques et entreprises morales.

Burawoy insiste longuement, dans son texte, sur le fait que la sociologie publique qu’il appelle de ses vœux ne saurait être vue, comme cela a souvent été le cas dans l’histoire de cette discipline, comme un ennemi de la sociologie académique traditionnelle. Les conflits ont en effet été fréquents entre les défenseurs d’une sociologie académique et les promoteurs d’une sociologie plus engagée : les premiers renvoyaient systématiquement les seconds à l’idéologie, à l’essayisme, à l’infra-scientifique quand les seconds accusaient les travaux des premiers d’être routiniers, autarciques, de n’intéresser personne et d’être socialement inutiles. Pour Burawoy, ces luttes sont sans fondement. Elles reposent sur un malentendu et elles doivent être dépassées. Selon lui, la sociologie publique n’est pas la négation ou l’inverse de la sociologie académique, mais son complément. Elle constitue une mobilisation du savoir académique, et académiquement contrôlé, dans l’espace social. Elle relève d’une intervention publique du sociologue, qui utilise ses connaissances et ses compétences pour réfléchir, en interaction avec les mouvements sociaux, les associations, etc., sur le fonctionnement de la société, sur la finalité des différentes institutions, sur la nécessité d’éventuelles transformations, etc.

Pour Burawoy, il ne peut donc y avoir de sociologie publique sans sociologie académique. C’est en effet cette dernière qui fournit les cadres conceptuels, les méthodes, les savoirs qui seront engagés dans un dialogue avec les publics extra-académiques. Par conséquent, la sociologie académique n’est en rien l’ennemi des sociologies publiques, mais « la condition sine qua non de leur existence, de par les savoirs et la légitimité qu’elle leur prodigue ». La sociologie publique, ce n’est donc rien d’autre, en dernière instance, dans l’esprit de Burawoy, que de la sociologie professionnelle publicisée : « La sociologie académique se trouve au cœur de notre discipline. Sans sociologie académique, il ne peut y avoir d’expertise sociologique ou de sociologie publique »[2].

Le tour de force accompli par Burawoy dans ce texte, et qui explique sans doute pour une grande part le succès qu’il a rencontré dans la communauté sociologique à l’échelle internationale, est de parvenir à désamorcer la portée potentiellement critique de l’ensemble des problèmes que pose, potentiellement, la notion de sociologie publique. La question des rapports entre l’Université et son dehors et, surtout, des relations entre les sciences sociales et la politique, entre l’analyse du monde social et sa critique, l’interrogation sur les finalités de l’entreprise scientifique (pour quoi écrit-on ? à quoi sert la science sociale ?) et sur ses destinataires (pour qui écrit-on ? qui sont les lecteurs et les publics légitimes de la sociologie, de l’histoire, ou de la philosophie, etc.), etc. ne constituent pas du tout chez lui le point de départ d’une réflexion déstabilisatrice sur la sociologie universitaire, sur les manières d’écrire et de penser que valorise le champ académique, sur ses procédures internes de contrôles, d’évaluations et de hiérarchisations des savoirs, sur la façon dont elle organise la production, la sélection et la circulation des connaissances, sur les types de subjectivités qu’elle fabrique, etc. Au contraire, tout cela est accepté, ratifié, légitimé, et même désigné par lui comme étant  le centre de la discipline, comme ce qui fournit la base de la sociologie publique. Les modes académiques de production et d’écriture ne sont pas du tout ici interrogés ou critiqués – et le problème de la distance toujours plus grande qui s’établit entre l’espace disciplinaire et l’espace social est uniquement abordé en termes de circulation, de réception, de diffusion : comme instaurer un dialogue entre l’intérieur et l’extérieur ? dans quels lieux les sociologues doivent-ils rencontrer leurs publics ? quelles doivent être les modalités de cette conversation ? etc.

Les frontières de l’Université

En fait, si Burawoy ne met jamais en question les dispositifs universitaires qui encadrent la production des savoirs, c’est parce qu’il adhère à l’idéologie académique de la recherche et à la vision du monde qu’elle essaye d’imposer, qui domine non seulement en sociologie mais également dans presque toutes les disciplines traditionnellement rangées du côté des Humanités. L’article de Burawoy repose en effet sur un système d’opposition jamais interrogé comme tel et toujours assumé comme évident et allant de soi – académique/extra-académique, interne/ externe, savants/publics, professionnels/profanes, communauté scientifique/espace social, etc. Mobilisant une représentation extrêmement répandue, il fait passer la frontière purement institutionnelle entre l’Université et son extérieur pour une frontière qui séparerait les « scientifiques » d’un côté et, de l’autre, les « profanes », les « spécialistes » et les « non spécialistes », les « professionnels » et les « amateurs », ou encore les « compétents » et les « incompétents ». Et l’unique problème qu’il pose est celui de savoir comment franchir la frontière ainsi instaurée entre l’espace académique d’un côté et, de l’autre, la société. Ce faisant, il s’interdit de réfléchir sur cette frontière, de poser le problème de sa pertinence, de son tracé, de sa construction, etc.

Le texte de Burawoy se présente ainsi comme critique, animé par une volonté de bousculer les habitudes de ses collègues. En réalité, il ratifie l’essentiel. Il réaffirme en effet, de manière latente et sous une apparence critique, et donc avec une efficacité redoutable, l’ensemble des représentations constitutives de l’appartenance à la communauté académique, ou, plus exactement, l’ensemble des valeurs qui participent de la construction de cette communauté comme d’une profession à part entière, et qui se fonde sur l’exclusion du droit à la parole et de l’espace de la discussion légitime de celles et de ceux qui ne sont pas universitaires. En d’autres termes, Burawoy contribue à reproduire et à réinstaurer dans les cerveaux la séparation entre l’Université et son dehors, dont il nous disait pourtant au départ qu’il entendait la mettre en question.

Or la tâche d’une réflexion critique sur le fonctionnement des disciplines académiques  ne saurait se réduire à se demander comment franchir la frontière entre l’Université  et son dehors ou comment établir des ponts entre ceux qui appartiennent aux champs institutionnels et ceux qui n’y appartiennent pas : c’est en effet bien plutôt l’opération de construction de ce champ et de cette frontière, les conséquences de l’institution d’une coupure en deux du monde séparant d’un côté des « insiders » et de l’autre des « outsiders », et surtout la fonction d’une telle démarcation et la légitimité d’un tel dispositif qui devraient être placés au cœur de l’analyse et, qui devraient être contestés. Ce faisant, on pourrait vraiment fabriquer des instruments de pensée qui permettraient de mettre en question les modes académiques de production et de réception du savoir, et aussi de combattre les sentiments d’illégitimité et d’incompétence qu’alimente si souvent, chez les exclus du système scolaire et universitaire, la croyance dans l’Université, dans les titres académiques et surtout dans les distinctions et les hiérarchies qu’ils établissent entre les êtres. La fonction de la pensée critique ne saurait être de ratifier la prétention des membres de la communauté académique à s’accorder le monopole du droit à la parole légitime. Elle serait bien plutôt de favoriser, et de rendre possible, l’émergence de communautés de pensée et de discussion accueillantes, anti-institutionnelles, indépendantes des appartenances et des frontières professionnelles, où chacun pourrait se sentir légitime à parler et à penser en son nom propre.


[1] Michael Burawoy « Pour la sociologie publique », Actes de la recherche en sciences sociales 1/2009 (n° 176-177), p. 121-144.

[2] Ibid., p 133.

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On the cunning of academic reason: About Michael Burawoy’s Concept of Public Sociology

Public sociology and professional sociology

In 2004, British sociologist, Michael Burawoy, delivered the Presidential Address to the American Sociological Association, which greatly impacted of the field of social sciences worldwide, giving rise to significant feedback and sparking much debate.[1] His presentation was intended to be polemical: it called on sociologists to free themselves from the academic seclusion that was increasingly defining them and to reestablish ties between the academic community and the wider society. Burawoy challenged his colleagues to reject the notion that sociology could and should be an insular and inward-looking science, confined to the academic world and a restricted scholarly audience. Instead, he argued for what he calls a “public sociology”, which would try to establish contacts with society and address extra-academic audiences. For Burawoy, social scientists should do more than simply produce knowledge; they need to share with the public the fruits of their academic research, explaining its relevance and application to civil society. They should take knowledge back to those from whom it came, making public issues out of private troubles.

According to Burawoy, the need for public sociology is proving to be increasingly urgent and its practice made all the more difficult due to the constantly expanding separation between sociologists and their publics, dating back to the 1960s.  Burawoy claims that sociologists have moved to the left while the “world” – an analytical category whose extreme fragility and almost total lack of relevance for sociology cannot go unmentioned – has shifted to the right. For this reason, he explains, the knowledge produced by social scientists resonates less and less in the extra-academic world and falls more and more on deaf ears. For Burawoy, the role of the social scientist is precisely to not allow oneself to be satisfied with this state of affairs; faced with these facts, few would be tempted to desert the battlefield. On the contrary, the troops must be rallied and solutions found, and in order to do so, sociology’s moral fiber, so prevalent at the inception of the field, needs to be reinvigorated. In other words, we must recapture the attitude that characterized the approach of authors such as Durkheim, Weber, Marx or even W. E. B. Du Bois, who always combined their sociological approach with a desire to transform the world and for whom scientific and moral enterprises were indistinguishable.

In his paper, Burawoy contends that the public sociology on which he pins his hopes cannot be viewed, as has often been the case throughout the history of sociology, as an enemy of traditional professional sociology. In the past, there have been frequent disputes between the champions of academic sociology and advocates of a more public-oriented sociology, with the former systematically dismissing the latter as being ideologists, essayists, and quasi-scientists, while in turn being accused of producing pedestrian, self-sustaining work, of little interest to anybody and of limited social significance. Yet for Burawoy, these squabbles are baseless, born from misunderstanding and need to be put behind us. In his opinion, public sociology should complement professional sociology, not oppose it. Public sociology is defined by Burawoy as a mobilization of academic (i.e. academically controlled) knowledge in the public sphere. Moreover, it constitutes a public intervention by the sociologist who, by interacting with social movements, associations, etc., draws on his understanding and insight to study how society functions, the roles of different institutions, potentially far-reaching political transformations, and so on.

For Burawoy, therefore, there can be no public sociology without professional sociology, and it is the latter that provides the conceptual frameworks, methodologies, and knowledge that will be used to engage in dialogue with the extra-academic audience. Consequently, professional sociology is not the enemy of public sociology but the sine qua non of its existence, providing the latter with both legitimacy and expertise. For Burawoy, therefore, public sociology is nothing more than professional sociology publicized: “At the heart of our discipline is its professional component. Without professional sociology, there can be no public sociology”[2].

What certainly explains much of the success that his paper received from the international social sciences community is that Burawoy defuses the potentially critical and problematic aspects of the very notion of public sociology. The questions of the relationships established between the University and the world that it studies, and, in particular, the relationships between social sciences and politics, between analysis and criticism of civil society, are not conceptualized by Burawoy as potential bases for a challenging analysis of professional sociology. Burawoy raises the question of the purpose of scientific enterprise (Why do we write? What is the purpose of social science?) and of its audience (For whom do we write? Who comprise the legitimate audience for sociology or history?) but these problems seem not to challenge the traditional workings of professional sociology. Burawoy chooses not to examine the stylistic practices and modes of analysis that are promoted in the academic field, its internal regulatory procedures, the evaluation and ranking of knowledge and ideas, the organization of scholarly production, the selection and circulation of knowledge, the types of subjectivities that it creates, and so on. None of that is discussed: on the contrary, it is all accepted, ratified, legitimized. It even constitutes for Burawoy the core of the discipline and forms the basis for public sociology. Academic modes of production and writing are not questioned or criticized, and the problem of the ever-widening gulf between the academic and extra-academic realms is only mentioned in terms of circulation, reception, and diffusion. Burawoy limits himself to the following questions: How can sociology engage in conversation with its publics? Where should sociologists look for them? What should the terms of that conversation be?

The Boundaries of the University

In fact, the reason why Burawoy never calls into question the academic rules and procedures that frame the production of knowledge is because he is a faithful champion of the academic ideology of research and the vision of the world that it tries to impose, one whose influence is not unique to sociology but found in almost all traditional disciplines of the Humanities. Burawoy’s thesis is built entirely on an unquestioned and implicit system of binary oppositions – academic/extra-academic; internal/external; social scientists/their publics; professionals/novices; scientific community/civil society – and the only problem posed is that of figuring out how to move from private to the public sphere. From here on, he completely glosses over one critical problem, that of the mapping of this boundary line, in other words, of knowing who belongs to the scientific community and who does not, of knowing who is a member of a “peer group” and who is just a member of the “public”. More precisely, what Burawoy does by conforming to the dominant representation of the academic institution is that he swaps the purely institutional boundary between the University and the world for one that separates scientists from non-scientists, specialists from non-specialists, professionals from amateurs, even the competent from the incompetent.

And yet, can we legitimately juxtapose, as though it were the most natural thing, “academics” and “non-academics”, and pretend that the former belong to the “scientific community” and the latter to the “general public”? Is not this vision based on a normative and restrictive definition of the concept of peers and scientific community, which unquestioningly accepts one and only one point of view, that of the University (and in so doing, turns a deaf ear to other points of view)? Does this not entail arbitrarily excluding from the space of legitimate scientific discussion all those who are not part of the University? Why should the scientific field be limited to the academic field? And why would writers, artists, political militants, or members of other disciplines not constitute a viable audience? Besides, in a way, is not identifying the scientific community with the University, which systematically precludes the non-academic public by painting them as incompetent and lacking cultural legitimacy, partly responsible for the separation that, much to Burawoy’s regret, exists between the University and the outside world?

Burawoy’s text is presented as a critique, driven by a desire to shake scholars out of their old habits; in reality, it simply perpetuates the very same practices. In fact, it implicitly reaffirms, while appearing to be critical (thus, making it all the more effective), everything that constitutes belonging to the academic community or, more exactly, all the values that contribute to the creation of that community as an entirely separate profession, one founded on depriving non-academics of the right to participate and to have a voice in legitimate scientific discussion.

But, to my view, the task of a critical evaluation of the workings of academic disciplines cannot be limited to asking how to reunite the University and the world that it studies, or how to build bridges between those who belong to institutionalized fields and those who do not. In fact, what we should be focusing on is understanding how this boundary is established, the consequences for the University of separating the world into insiders and outsiders, and, in particular, the purpose and legitimacy of such an approach. In this way, we could construct intellectual tools that would allow us to fight against the feelings of illegitimacy and incompetence that, for those excluded from the educational system, so often generate belief in the University, in academic titles, and particularly in its hierarchical structures.

The purpose of critical thought cannot be to perpetuate the belief among members of the academic community that they hold the monopoly on the legitimate production and evaluation of knowledge. Rather, it should be to promote and facilitate the emergence of communities open to new ideas and discussion, independent of affiliation and professional boundaries, where everyone feels legitimately entitled to speak and reason in his or her own name.


[1] Michael Burawoy, “For Public Sociology”, American Sociological Review 70 (2005): 4-28.

[2] Ibid. p. 15.

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Qu’est-ce qu’un auteur ?

Dans le cadre d’une programmation intitulée les « Amphis des lettres au présent » organisée par L’Espace Mendès France et l’UFR Lettres et Langues de l’Université de Poitiers, je donnerai le jeudi 6 octobre 2011 à 14h une conférence intitulée « Qu’est-ce qu’un auteur ? ».

En voici le résumé :

Habituellement, l’histoire des idées se ramène à une histoire des contenus savants : elle étudie l’émergence des œuvres et leur postérité, la formation des concepts, des théories. Cette conception amène souvent à distinguer les auteurs en fonction des problèmes qu’ils ont inventés, des doctrines qu’ils ont défendues – des positions qu’ils ont prises. A l’inverse, je voudrais montrer que, plutôt que de se focaliser sur le contenu ou la forme des productions intellectuelles, il faudrait placer au centre de l’analyse la question du geste des auteurs, de leur attitude. Il s’agira ici de problématiser ce que penser veut dire, d’étudier ce que signifie, en terme de dispositions mentales, être un écrivain, être un théoricien, être un intellectuel. Ce qui nous imposera de poser la question de la finalité du travail théorique ou littéraire dans son rapport avec le « siècle », les « luttes », le « monde » (pour quoi écrit-on ?) et celle du sens de l’acte de publier dans sa relation avec la problématique de l’adresse (pour qui écrit-on ?) Et s’il est vrai que circulent, dans l’espace public et académique, des conceptions antagonistes de l’acte d’écrire et différentes éthiques de la recherche, on pourra enfin se demander comment élaborer une politique des savoirs capables de fabriquer des individualités créatrices et d’inculquer des dispositions hérétiques et anti-institutionnelles.

(le 6 octobre 2011 à 14h, UFR Lettres et langues, amphi III, 1 rue Raymond Cantel, 86000 Poitiers, France. Accès libre.)

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PS à mon article sur Bourdieu et le genre

bourdieu dom mascA chaque fois que l’on fait référence aux travaux de Pierre Bourdieu sur le genre et à son grand livre fondateur La Domination masculine, on déclenche des commentaires malveillants répétant des contre-vérités. Sans passer trop de temps, je voudrais faire quelques précisions :

1/ Il n’y a pas une page de la Domination masculine qui ne cite ou ne discute les travaux de femmes.

2/ Certes toutes ces femmes ne sont pas françaises et Bourdieu se confronte à la théorie féministe internationale : mais depuis quand faut-il citer « français » ? Et depuis quand l’espace des références est-il imposé?

3/ Les travaux de Bourdieu sur cette question datent de la fin des années 1950 et du début des années 1960 soit… bien avant les femmes qu’on lui reproche de ne pas citer

4/ On ne reproche jamais aux féministes qui ont écrit bien aprèsBourdieu de ne pas le citer… alors qu’on ne cesse de reprocher à Bourdieu de ne pas citer de femmes (ce qui est faux)… comme si les femmes détenaient un monopole de légitimité sur ces questions.  Ce qui est oublier que les études de genre concernent autant les hommes hétérosexuels que les femmes, les gays, etc.

5/ Toutes ces erreurs factuelles répétées à propos de Bourdieu sur cette question s’expliquent par la radicalité de sa mise en question et de son analyse.

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Pierre Bourdieu, fondateur des études de genre en France

Kabyle PBMichel Foucault,  Jean-Paul Sartre, Monique Wittig, ou encore Simone de Beauvoir… tels sont les noms qui reviennent le plus souvent lorsque l’on dresse la liste des intellectuels qui, dans la seconde moitié du vingtième siècle, influencèrent la politique du genre et la théorie de la sexualité. Pourtant, un nom essentiel manque à l’appel : celui de Pierre Bourdieu. Evidemment, le fait que la contribution du sociologue à l’analyse du genre et de l’homosexualité soit fréquemment minimisée, ou même niée, ne doit rien au hasard. Il y a une hostilité véhémente de certains courants des études féministes et queer à son égard. Pourquoi ?  Parce que l’enseignement de Bourdieu heurte de plein fouet les sentiments de celles et ceux qui aiment à se considérer comme radicaux, comme déstabilisant l’ordre sexuel ou l’ordre social. Bourdieu est un penseur de l’immobilité, de la perpétuation des inégalités. Toute son œuvre s’attache à montrer à quel point les hiérarchies sont enracinées dans nos cerveaux, comment les structures de la domination se reproduisent la plupart du temps, et à notre insu, avec une logique implacable. Subvertir réellement le système qui ordonne les sexes et les sexualités constitue ainsi une tâche infiniment plus difficile qu’on se l’imagine spontanément : les grandes proclamations, les textes incantatoires ne suffisent hélas jamais à enrayer la mécanique de la domination. Et les professionnels de la subversion ne subvertissent rien du tout.

Dès les années 1960, les premiers travaux de Pierre Bourdieu portent sur le genre, les relations de parenté et les stratégies matrimoniales dans son Béarn natal et en Kabylie. Les textes majeurs de cette période, ce sont les « Trois études d’ethnologie kabyle », rassemblées en 1972 dans un volume intitulé Esquisse d’une théorie de la pratique. Dans ces analyses pionnières, qui marqueront durablement la théorie qu’il développera par la suite dans une quarantaine d’ouvrages et qui s’est imposée à l’échelle internationale comme l’une des plus influentes du XXème siècle, Bourdieu fait voler en éclat l’idée selon laquelle la question du genre et de la sexualité représenterait une question secondaire par rapport à des dimensions fréquemment définies comme plus centrales, comme les réalités économiques. Bourdieu s’attache en effet à faire voir à quel point l’ordre social est saturé de significations sexuelles, est hanté par le problème de la division entre le « masculin » et le « féminin » : les mondes du travail, de la famille, de la religion, de l’école, etc. sont de part en part structurés par des logiques sexuelles. Ils ne cessent d’instituer les manières légitimes d’être un (vrai) homme ou une (vraie) femme. Le genre et la sexualité jouent également un rôle décisif dans la construction de nos identités, dans nos manières de voir, de nous penser, de nous poser les uns par rapport aux autres, et de nous définir. Bref, ce sont toutes nos catégories de pensée, tout notre « inconscient historique » qui s’organisent autour de polarités connotées sexuellement, avec ce qui est supposé relever d’un côté de l’actif et de l’autre du passif, du dominant ou du dominé, du public ou du privé, etc.

La grande force de Bourdieu est d’avoir très vite senti que le genre et la sexualité ne constituent pas seulement des domaines d’investigation décisifs. Il en a fait de véritables clés d’interprétations, des outils d’analyse (pour reprendre l’expression de Joan W. Scott) permettant de mieux comprendre le fonctionnement du monde social et les formes de la domination dans leur ensemble. On le voit par exemple dans La Distinction, l’ouvrage majeur du sociologue. Cette enquête offre une magistrale analyse des classes et de la façon dont les inégalités se reproduisent. Il s’intéresse notamment au rôle du système scolaire dans la perpétuation des inégalités, et sur le fait que la culture, l’accès différentiel aux « biens symboliques »  (musée, opéra, livres, etc.) constituent peut-être, dans les sociétés contemporaines, l’un des instruments par l’intermédiaire duquel la domination s’exerce à la fois le plus violemment et le plus insidieusement. Et Bourdieu de montrer que le refus, notamment par les garçons des milieux  populaires, de la culture légitime et de la culture scolaire s’explique par des logiques sexuelles. Ceux-ci pensent  »l’opposition entre la classe populaire et la classe dominante par analogie avec l’opposition entre le masculin et le féminin ». Ils associent la culture scolaire au « féminin », aux « tapettes », aux « pédés ». C’est la raison pour laquelle ils la rejettent – et se condamnent ainsi à occuper des positions analogues à celles de leurs parents : “Si toute espèce de prétention en matière de culture, de langage ou de vêtement est spécialement interdite aux hommes, ce n’est pas seulement parce que la recherche esthétique est réservée aux femmes par une représentation plus stricte qu’en aucune autre classe de la division du travail entre les sexes et de la morale sexuelle […]; c’est aussi que la soumission à des exigences perçues comme à la fois féminines et bourgeoises apparaît en quelque sorte comme l’indice d’un double reniement de la virilité » Penser l’homosexualité et le genre donne ainsi un accès privilégié à la compréhension des mécanismes de la dépossession culturelle, de la domination économique, et donc de la reproduction du système des classes.

De toutes ces analyses, Bourdieu tire un constat désenchanteur qui appelle un renouveau de l’action politique : la domination masculine constitue l’une des réalités les plus fortement ancrée dans les sociétés actuelles. Plus important encore : elle passe inaperçue : “La division entre les sexes paraît être dans l’ordre des choses, comme on dit parfois de ce qui est normal, naturel, au point d’en être inévitable : elle est présente à la fois dans les choses, dans tout le monde social, et, à l’état incorporé, dans les corps ». Malgré les grandes conquêtes du féminisme, malgré les changements dans la situation des femmes, les structures de la domination masculine demeurent quasi- inchangées. D’où le problème posé dans son livre de 1998, La Domination masculine : comment expliquer que, alors que tout a changé, rien n’a en fait changé ? Pour quelles raisons les transformations  de la condition féminine n’ont-elles pas affecté le modèle traditionnel de la domination ? Parce que les grandes institutions, Famille, Eglise, Ecole, Etat, travaillent en permanence à ré-instituer dans les cerveaux les principes de l’ordre masculin.

Le féminisme a incarné l’un des grands opérateurs de contestation de cet ordre. Mais Bourdieu a également insisté sur la puissance potentiellement subversive du mouvement gay et lesbien, qu’il a toujours soutenu : il fut l’un des tout premiers signataires des appels en faveur du Pacs, du droit au mariage pour les couples de même sexe et de la reconnaissance de l’homoparentalité. Et en 1997, il a participé, au côté de Monique Wittig, Leo Bersani ou Eve K. Sedgwick, au grand colloque devenu mythique sur les études gay et lesbiennes organisé par Didier Eribon au centre Pompidou, à une époque où les intellectuels ne se précipitaient pas sur ces terrains, ce qui lui valut d’ailleurs d’être insulté à la Une du Monde. Dans sa conférence, Bourdieu attire l’attention sur la capacité du mouvement gay à bousculer le principe androcentrique qui organise la société: “Ce mouvement de révolte contre une forme particulière de violence symbolique met en question très profondément l’ordre en vigueur et pose de manière tout à fait radical la question des fondements de cet ordre”. Il insiste également sur le fait que l’inventivité du mouvement gay, notamment à travers ses formes inédites d’action spectaculaire (il fait allusion à Act Up) le prédispose à incarner une sorte “d’avant-garde” (au sens où l’on parle d’avant garde artistique) du mouvement social en général. A l’heure où se développe le souci de réfléchir en termes d’intersectionnalité, d’articulation entre les multiples modes de domination, on voit que Bourdieu s’est très tôt intéressé à la question de savoir comment les mobilisations LGBT devaient nous inciter à imaginer la construction d’un nouveau mouvement social, “solidaire de toutes les organisation de lutte contre la violence et la discrimination, c’est-à-dire contre toutes les formes de racisme de genre (ou de sexe), d’ethnie (ou de langue), de classe (ou de culture)”. Sans doute la constitution d’un tel front relève-t-elle de l’utopie. Mais seule une action politique inventive, prenant en compte l’ensemble des effets de la domination, était à ses yeux susceptible de contribuer à ébranler l’ordre social présent et la violence qu’il exerce. Telle est la tâche qu’il nous a léguée. Et qui reste plus que jamais d’actualité.

Ps : à chaque fois que l’on fait référence aux travaux de Pierre Bourdieu sur le genre et à son grand livre fondateur La Domination masculine, on déclenche des commentaires malveillants répétant des contre-vérités. Sans passer trop de temps, je voudrais faire une ou deux précisions :

1/ Il n’y a pas une page de la Domination masculine qui ne cite ou ne discute les travaux d’une femme.

2/ Certes toutes ces femmes ne sont pas françaises et Bourdieu se confronte ainsi à la théorie féministe internationale : mais depuis quand faut-il citer « français » ? Et depuis quand l’espace des références est-il imposé?

3/ Les travaux de Bourdieu sur cette question datent de la fin des années 1950 et du début des années 1960 soit… bien avant les femmes qu’on lui reproche de ne pas citer

4/ On ne reproche jamais aux féministes qui ont écrit bien après Bourdieu de ne pas le citer… alors qu’on ne cesse de reprocher à Bourdieu de ne pas citer de femmes (ce qui est faux)… comme si les femmes détenaient un monopole de légitimité sur ces questions.  Ce qui est oublier que les études de genre concernent autant les hommes hétérosexuels que les femmes, les gays, etc.

5/ Toutes ces erreurs factuelles répétées à propos de Bourdieu sur cette question s’expliquent par la radicalité de sa mise en question et de son analyse.

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Entretien dans Libération

On trouvera ci-dessous le texte de l’entretien que j’ai accordé à Libération à l’occasion de la parution de Logique de la création et de Sur la science des œuvres, et qui a été publié dans le cahier Livres du journal daté du 10 février 2011.

«J’étais en train d’écrire Logique de la création quand se sont développées les mobilisations contre la réforme de l’université. J’ai été frappé par l’inquiétante alliance entre toutes les fractions du monde de la recherche, de la droite dure à l’extrême gauche, pour dénoncer la menace que les projets du gouvernement feraient peser sur l’autonomie du savoir, en soumettant l’université à des normes externes et donc réputées illégitimes : économiques, étatiques, politiques. On peut certes souscrire à cette défense de l’autonomie, mais on doit constater que les normes qu’elle brandissait sont tout aussi dangereuses pour la créativité, et que personne ne les critique jamais : professionnalisation, consolidation des cadres disciplinaires, évaluation par les pairs comme seule reconnaissance légitime… Autant de valeurs contre lesquelles se sont définis tous les penseurs qui ont compté des années 50 aux années 70, de Lévi-Strauss à Bourdieu et Derrida, et tous les lieux à l’époque atypiques qui les ont accueillis, comme la VIème section de l’Ecole pratique des hautes études ou l’université de Vincennes – penseurs et lieux dont je m’efforce justement de retracer l’histoire dans mon ouvrage. Se souvient-on qu’en 1974 Michel Foucault souhaitait que son travail sur les systèmes disciplinaires puisse «servir à un éducateur, à un gardien, à un magistrat, à un objecteur de conscience» ? Quel chercheur aujourd’hui définirait son travail en affirmant qu’il écrit pour des gardiens de prison ? Depuis une vingtaine d’années s’est imposée une idéologie de la recherche obsédée par l’idée de maintenir une frontière entre l’interne et l’externe, les professionnels et les profanes… Or, cette frontière a pour effet de détruire l’idée même de s’adresser à d’autres publics et de construire sa pensée en interaction avec l’espace social.

«On peut déplorer la perte d’influence des intellectuels et regretter l’effervescence des années 70. Mais on doit rappeler que la fécondité et le retentissement de leurs travaux étaient liés à leur volonté d’inventer des modes d’écriture, des formes de pensée et des espaces de discussion qui faisaient voler en éclats les censures qu’exerce la définition académique de la recherche. Aujourd’hui, la plupart de ceux qui se réclament de l’héritage de Bourdieu, Foucault, Deleuze, Derrida s’attachent à faire régner un ordre universitaire au sein duquel leurs « héros » n’auraient pu développer leurs idées. Le mot « académique » était une injure dans les polémiques des années 70 ; c’est devenu un terme fortement valorisé. Ce qui fait rêver a changé : l’idéal du moi, ce n’est plus de devenir un intellectuel, mais un « chercheur », c’est-à-dire l’intégration professionnelle dans la discipline, la publication dans des revues à comité de lecture (mais sans lecteurs)…

«Il est vrai que les penseurs des années 70 y ont leur part de responsabilité. Par exemple, quand ils se sont mis à critiquer le journalisme. L’enjeu était surtout de dénoncer la puissance médiatique des « nouveaux philosophes » et le pouvoir de la télévision. Mais il faut se garder de constituer ces énoncés stratégiques en dogmes, et l’on peut trouver chez eux beaucoup d’autres réflexions sur le journalisme comme instance alternative à l’université et permettant de faire émerger de nouvelles problématiques. D’ailleurs, de Barthes à Foucault, ces grands novateurs se sont appuyés sur la presse pour vaincre l’hostilité que leurs travaux rencontraient chez leurs pairs.

«La question du journalisme nous renvoie en fait à la question du public : pour qui écrit-on ? On ne peut ignorer le public et se plaindre que celui-ci vous ignore. Il me semble, à cet égard, que l’essayisme médiatique et l’idéologie de la recherche pour la recherche sont solidaires : chacun reste dans son monde, l’espace public pour le premier, l’université pour le second. La professionnalisation de la recherche laisse le champ libre aux essayistes, et fait donc le jeu de ce qu’elle prétend combattre. A l’inverse, les démarches authentiquement créatrices se définissent par leur souci de s’adresser à des publics hétérogènes, indéterminés et surtout à venir.»

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Parution de Logique de la création

On trouvera ci-dessous la couverture et la présentation de mon livre Logique de la création. Sur l’Université, la vie intellectuelle et les conditions de l’innovation, qui parait chez Fayard.

Présentation de l’éditeur :

Quels sont les conditions, les moments et les lieux, qui favorisent l’innovation intellectuelle ?

Pour répondre à ces questions essentielles, Geoffroy de Lagasnerie retraverse l’histoire des idées et des institutions au cours des années 1950-1980. Il réinterprète les œuvres et les trajectoires de Foucault, Bourdieu, Deleuze, Derrida, mais aussi Sartre et Lévi-Strauss, et discute les grandes théories qui ont cherché à comprendre les mécanismes de la création artistique, littéraire ou scientifique. Il montre ainsi comment l’invention surgit presque toujours en dehors de l’Université ou dans ses marges, au terme de démarches qui s’attachent à brouiller les frontières disciplinaires, à déjouer les normes et les pratiques académiques. Penser, c’est nécessairement s’affranchir de l’image de la recherche que l’Université tend à imposer.

À l’heure où un consensus s’installe pour défendre le champ académique contre tout ce qui menacerait son autonomie, Geoffroy de Lagasnerie s’inquiète de l’uniformisation de la vie intellectuelle qu’entraîne ce repli sur soi. À rebours d’une telle tendance, il appelle à élaborer une nouvelle politique des savoirs ouverte à la pluralité, aux hérésies, et donc à l’arrivée de l’inédit.

Geoffroy de Lagasnerie est sociologue. Il est chargé de cours à l’université Paris I–Panthéon Sorbonne. Il est l’auteur de Sur la science des œuvres. Questions à Pierre Bourdieu (et à quelques autres) (Cartouche, 2011) et de L’Empire de l’Université. Sur Bourdieu, les intellectuels et le journalisme (Amsterdam, 2007).

Plus d’informations sur le site des éditions Fayard.

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Parution de Sur la science des œuvres

On trouvera, ci dessous, la couverture et la présentation de mon livre Sur la science des œuvres. Questions à Pierre Bourdieu (et à quelques autres), qui parait aux éditions Cartouche.

Depuis septembre 2015, le livre est en accès libre en cliquant ici.)


Présentation de l’éditeur :

Tout au long de sa vie, Pierre Bourdieu s’est affronté à la question de l’art, de la littérature, de la philosophie. Il a révolutionné la sociologie de la culture en y introduisant l’un de ses concepts les plus célèbres et les plus féconds : la notion de champ. Ce livre retrace les grandes étapes de la formation de cette théorie. Il montre comment et contre quoi elle s’est constituée et met en lumière la nouveauté radicale qu’elle a apportée. Mais il souligne également qu’il n’y a pas de nouvelles visions sans nouvelles cécités. Il se propose dès lors de repenser certaines des  questions majeures de la science sociale avec un objectif essentiel : arracher les œuvres à toutes les formes d’interprétations neutralisantes et dépolitisantes.

Geoffroy de Lagasnerie est sociologue. Il est chargé de cours à l’université Paris I-Panthéon Sorbonne. Il est l’auteur notamment de Logique de la création. Sur l’Université, la vie intellectuelle et les conditions de l’innovation (Fayard, 2011) et de L’Empire de l’Université. Sur Bourdieu, les intellectuels et le journalisme (Amsterdam, 2007).

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Rencontre-signature

Je signerai Logique de la création et Sur la science des œuvres et rencontrerai les lecteurs le samedi 5 février 2011, de 17h30 à 19h30, à la librairie Les Cahiers de Colette (23, rue Rambuteau, 75004 Paris).

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L’inconscient sociologique

« L’inconscient sociologique. Emile Durkheim, Claude Lévi-Strauss et Pierre Bourdieu au miroir de la philosophie », Les Temps Modernes, mai-juillet 2009.

On peut le lire en cliquant ici : Article « L’inconscient sociologique ».

Résumé :

On ne peut pas se contenter de constater qu’Emile Durkheim, Claude Lévi-Strauss et Pierre Bourdieu reçurent tous les trois une formation philosophique et ne cessèrent par là suite d’affirmer, dans des termes d’une proximité surprenante, qu’échapper à la philosophie, ou rompre avec les formes de la pensée philosophique, constituait la condition de possibilité de toute recherche en sciences humaines et sociales, sans se poser la question de savoir s’il n’existerait pas une relation directe entre l’ethos sociologique et un type de rapport à la philosophie. La « rupture » avec la philosophie n’est en effet jamais totale : l’image que les sociologues se font de la sociologie est au contraire fortement dépendante de l’image négative qu’ils se font de la philosophie, qu’ils invoquent toujours comme un repoussoir, ou un spectre qu’il faudrait s’efforcer de conjurer. La perception sociologique de la philosophie constitue dès lors un système d’oppositions, un ensemble de goûts et de dégoûts très profondément ancrés dans les cerveaux des praticiens des sciences humaines et sociales – et qui se situent, pour ainsi dire, au fondement même de la discipline et de la définition qu’elle donne de son identité. En la reconstituant, cet article propose une analyse sociologique de la genèse, de la structure et de la fonction de l’inconscient sociologique.

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L’Université et la crise des sciences sociales

(Cet article a été publié par Le Monde le 29 avril 2010)

Depuis quelques années, et encore tout récemment au 30ème salon du livre de Paris, l’un des thèmes qui revient avec le plus insistance sur le devant de la scène concerne ce qu’il est convenu d’appeler la « crise » de l’édition en sciences humaines et en philosophie.

On sait en effet que les ouvrages de recherche se vendent de plus en plus mal. Ils peinent à trouver un lectorat. En regard, les tirages atteints par certaines des œuvres emblématiques des années 1960 et 1970 laissent rêveur. Et il apparaît désormais non seulement impossible mais également impensable que des livres de sciences sociales, même de grande qualité, puissent atteindre la diffusion à laquelle ils auraient pu prétendre voilà à peine trente ans.

Ce phénomène a suscité de nombreuses tentatives d’explications. Deux reviennent le plus souvent. D’une part, la baisse de la lecture et la transformation du public de livres, qui aurait peu à peu déserté les sciences sociales ; d’autre part, la mutation du journalisme, qui, au lieu de servir, comme dans les années 1960 et 1970, d’intermédiaire entre l’espace académique et l’espace public, ferait de plus en plus obstacle à la circulation exotérique des œuvres et se contenterait de plus en plus de parler toujours des mêmes auteurs, déjà connus dans les médias.

Certes, ces perceptions, que les universitaires, et les éditeurs avec eux d’ailleurs, invoquent systématiquement lorsqu’ils essaient de trouver des raisons au faible écho rencontré par leurs livres, ne sont pas totalement infondées. On peut néanmoins se demander si cette manière de voir ne constitue pas, dans le même temps, une subtile et habile opération de diversion : en attirant l’attention sur la baisse de la demande de théorie ou sur la dégradation de la qualité des opérations de médiation, ne fait-on pas l’économie d’une réflexion sur ce qui se situe du côté de l’offre, c’est-à-dire sur l’évolution de la nature et de la qualité de la production ? N’évite-t-on pas de poser la question de la responsabilité de l’Université, et des universitaires eux-mêmes, dans cette situation ?

A bien des égards, la diminution de l’attrait des sciences humaines pourrait en effet être analysée comme le résultat des processus qui se sont mis en place dans l’Université depuis une vingtaine d’année. La professionnalisation des disciplines et la fermeture sur lui-même du champ académique ont en effet instauré le règne d’une recherche de plus en plus autarcique, concentrée sur des enjeux strictement internes, qui ne se soucie aucunement des effets qu’elle serait susceptible de produire, ni des publics qu’elle pourrait rencontrer. La volontéde défendre l’autonomie du champ académique par rapport aux pressions« externes » et aux demandes « profanes » a ainsi engendré l’un des phénomènes les plus inquiétants d’aujourd’hui : l’assignation de la recherche à résidence universitaire. De plus en plus souvent, la recherche est affirmée et vécue commeune affaire de professionnels, qui devrait se fabriquer dans des circuits réservés à ceux qui se reconnaissent mutuellement comme des« pairs ». La communauté académique ou disciplinaire est présentée comme le lieu naturel de la production, de la discussion et du contrôle des connaissances – et un chercheur devrait toujours, d’abord, s’adresser à ses collègues et se soumettre à leur jugement.

Est-il totalement exagéré d’affirmer qu’un tel dispositif agit dans le sens d’une destruction de l’idée même de vie intellectuelle ? Car comment les universitaires, qui necessent de se poser en s’opposant aux « profanes » et de disqualifier ainsi symboliquement le public « externe » en le renvoyant à l’amateurisme et à l’illégitimité culturelle, pourraient-ils sortir de l’Université ? Comment leur serait-il possible d’atteindre un lectorat pour lequel ils n’écrivent pas ? Comment pourraient-ils intéresser des individus hors du cercle de leurs collègues, dès lors qu’ils constituent ces derniers comme leurs seuls clients légitimes, dignes d’eux et habilités à leslire ?

La capacité des livres à toucher le public dépend, pour une grande part, du comportement de leurs auteurs, de leur manière d’écrire et de penser : à qui s’adressent-ils ? Pourqui et pour quoi écrivent-ils ? C’est la raison pour laquelle réinjecter un peu de vie et de vitalité dans les sciences humaines contemporaines suppose que les universitaires portent un regard critique sur eux-mêmes. Plutôt que de se contenter de célébrer les années 1960 et 1970, ne vaudrait-il pas mieux tâcher de renouer avec le type d’inspiration qui portait la pensée dans ces décennies : placer la réflexion en résonance avec le présent, renouveler la théorie au contact des mouvements qui agitent le champ social, s’adresser à des lecteurs hétérogènes, etc. ? C’est lorsque l’offre théorique se transformera dans cette direction qu’un enthousiasme pour la création pourra renaître.

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Présentation

On trouvera sur ce site des informations sur mes publications, activités, etc., ainsi que certains textes (articles, communications, interventions…).

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