Qu’est-ce qu’un auteur ?

Dans le cadre d’une programmation intitulée les « Amphis des lettres au présent » organisée par L’Espace Mendès France et l’UFR Lettres et Langues de l’Université de Poitiers, je donnerai le jeudi 6 octobre 2011 à 14h une conférence intitulée « Qu’est-ce qu’un auteur ? ».

En voici le résumé :

Habituellement, l’histoire des idées se ramène à une histoire des contenus savants : elle étudie l’émergence des œuvres et leur postérité, la formation des concepts, des théories. Cette conception amène souvent à distinguer les auteurs en fonction des problèmes qu’ils ont inventés, des doctrines qu’ils ont défendues – des positions qu’ils ont prises. A l’inverse, je voudrais montrer que, plutôt que de se focaliser sur le contenu ou la forme des productions intellectuelles, il faudrait placer au centre de l’analyse la question du geste des auteurs, de leur attitude. Il s’agira ici de problématiser ce que penser veut dire, d’étudier ce que signifie, en terme de dispositions mentales, être un écrivain, être un théoricien, être un intellectuel. Ce qui nous imposera de poser la question de la finalité du travail théorique ou littéraire dans son rapport avec le « siècle », les « luttes », le « monde » (pour quoi écrit-on ?) et celle du sens de l’acte de publier dans sa relation avec la problématique de l’adresse (pour qui écrit-on ?) Et s’il est vrai que circulent, dans l’espace public et académique, des conceptions antagonistes de l’acte d’écrire et différentes éthiques de la recherche, on pourra enfin se demander comment élaborer une politique des savoirs capables de fabriquer des individualités créatrices et d’inculquer des dispositions hérétiques et anti-institutionnelles.

(le 6 octobre 2011 à 14h, UFR Lettres et langues, amphi III, 1 rue Raymond Cantel, 86000 Poitiers, France. Accès libre.)

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PS à mon article sur Bourdieu et le genre

bourdieu dom mascA chaque fois que l’on fait référence aux travaux de Pierre Bourdieu sur le genre et à son grand livre fondateur La Domination masculine, on déclenche des commentaires malveillants répétant des contre-vérités. Sans passer trop de temps, je voudrais faire quelques précisions :

1/ Il n’y a pas une page de la Domination masculine qui ne cite ou ne discute les travaux de femmes.

2/ Certes toutes ces femmes ne sont pas françaises et Bourdieu se confronte à la théorie féministe internationale : mais depuis quand faut-il citer « français » ? Et depuis quand l’espace des références est-il imposé?

3/ Les travaux de Bourdieu sur cette question datent de la fin des années 1950 et du début des années 1960 soit… bien avant les femmes qu’on lui reproche de ne pas citer

4/ On ne reproche jamais aux féministes qui ont écrit bien aprèsBourdieu de ne pas le citer… alors qu’on ne cesse de reprocher à Bourdieu de ne pas citer de femmes (ce qui est faux)… comme si les femmes détenaient un monopole de légitimité sur ces questions.  Ce qui est oublier que les études de genre concernent autant les hommes hétérosexuels que les femmes, les gays, etc.

5/ Toutes ces erreurs factuelles répétées à propos de Bourdieu sur cette question s’expliquent par la radicalité de sa mise en question et de son analyse.

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Pierre Bourdieu, fondateur des études de genre en France

Kabyle PBMichel Foucault,  Jean-Paul Sartre, Monique Wittig, ou encore Simone de Beauvoir… tels sont les noms qui reviennent le plus souvent lorsque l’on dresse la liste des intellectuels qui, dans la seconde moitié du vingtième siècle, influencèrent la politique du genre et la théorie de la sexualité. Pourtant, un nom essentiel manque à l’appel : celui de Pierre Bourdieu. Evidemment, le fait que la contribution du sociologue à l’analyse du genre et de l’homosexualité soit fréquemment minimisée, ou même niée, ne doit rien au hasard. Il y a une hostilité véhémente de certains courants des études féministes et queer à son égard. Pourquoi ?  Parce que l’enseignement de Bourdieu heurte de plein fouet les sentiments de celles et ceux qui aiment à se considérer comme radicaux, comme déstabilisant l’ordre sexuel ou l’ordre social. Bourdieu est un penseur de l’immobilité, de la perpétuation des inégalités. Toute son œuvre s’attache à montrer à quel point les hiérarchies sont enracinées dans nos cerveaux, comment les structures de la domination se reproduisent la plupart du temps, et à notre insu, avec une logique implacable. Subvertir réellement le système qui ordonne les sexes et les sexualités constitue ainsi une tâche infiniment plus difficile qu’on se l’imagine spontanément : les grandes proclamations, les textes incantatoires ne suffisent hélas jamais à enrayer la mécanique de la domination. Et les professionnels de la subversion ne subvertissent rien du tout.

Dès les années 1960, les premiers travaux de Pierre Bourdieu portent sur le genre, les relations de parenté et les stratégies matrimoniales dans son Béarn natal et en Kabylie. Les textes majeurs de cette période, ce sont les « Trois études d’ethnologie kabyle », rassemblées en 1972 dans un volume intitulé Esquisse d’une théorie de la pratique. Dans ces analyses pionnières, qui marqueront durablement la théorie qu’il développera par la suite dans une quarantaine d’ouvrages et qui s’est imposée à l’échelle internationale comme l’une des plus influentes du XXème siècle, Bourdieu fait voler en éclat l’idée selon laquelle la question du genre et de la sexualité représenterait une question secondaire par rapport à des dimensions fréquemment définies comme plus centrales, comme les réalités économiques. Bourdieu s’attache en effet à faire voir à quel point l’ordre social est saturé de significations sexuelles, est hanté par le problème de la division entre le « masculin » et le « féminin » : les mondes du travail, de la famille, de la religion, de l’école, etc. sont de part en part structurés par des logiques sexuelles. Ils ne cessent d’instituer les manières légitimes d’être un (vrai) homme ou une (vraie) femme. Le genre et la sexualité jouent également un rôle décisif dans la construction de nos identités, dans nos manières de voir, de nous penser, de nous poser les uns par rapport aux autres, et de nous définir. Bref, ce sont toutes nos catégories de pensée, tout notre « inconscient historique » qui s’organisent autour de polarités connotées sexuellement, avec ce qui est supposé relever d’un côté de l’actif et de l’autre du passif, du dominant ou du dominé, du public ou du privé, etc.

La grande force de Bourdieu est d’avoir très vite senti que le genre et la sexualité ne constituent pas seulement des domaines d’investigation décisifs. Il en a fait de véritables clés d’interprétations, des outils d’analyse (pour reprendre l’expression de Joan W. Scott) permettant de mieux comprendre le fonctionnement du monde social et les formes de la domination dans leur ensemble. On le voit par exemple dans La Distinction, l’ouvrage majeur du sociologue. Cette enquête offre une magistrale analyse des classes et de la façon dont les inégalités se reproduisent. Il s’intéresse notamment au rôle du système scolaire dans la perpétuation des inégalités, et sur le fait que la culture, l’accès différentiel aux « biens symboliques »  (musée, opéra, livres, etc.) constituent peut-être, dans les sociétés contemporaines, l’un des instruments par l’intermédiaire duquel la domination s’exerce à la fois le plus violemment et le plus insidieusement. Et Bourdieu de montrer que le refus, notamment par les garçons des milieux  populaires, de la culture légitime et de la culture scolaire s’explique par des logiques sexuelles. Ceux-ci pensent  »l’opposition entre la classe populaire et la classe dominante par analogie avec l’opposition entre le masculin et le féminin ». Ils associent la culture scolaire au « féminin », aux « tapettes », aux « pédés ». C’est la raison pour laquelle ils la rejettent – et se condamnent ainsi à occuper des positions analogues à celles de leurs parents : “Si toute espèce de prétention en matière de culture, de langage ou de vêtement est spécialement interdite aux hommes, ce n’est pas seulement parce que la recherche esthétique est réservée aux femmes par une représentation plus stricte qu’en aucune autre classe de la division du travail entre les sexes et de la morale sexuelle […]; c’est aussi que la soumission à des exigences perçues comme à la fois féminines et bourgeoises apparaît en quelque sorte comme l’indice d’un double reniement de la virilité » Penser l’homosexualité et le genre donne ainsi un accès privilégié à la compréhension des mécanismes de la dépossession culturelle, de la domination économique, et donc de la reproduction du système des classes.

De toutes ces analyses, Bourdieu tire un constat désenchanteur qui appelle un renouveau de l’action politique : la domination masculine constitue l’une des réalités les plus fortement ancrée dans les sociétés actuelles. Plus important encore : elle passe inaperçue : “La division entre les sexes paraît être dans l’ordre des choses, comme on dit parfois de ce qui est normal, naturel, au point d’en être inévitable : elle est présente à la fois dans les choses, dans tout le monde social, et, à l’état incorporé, dans les corps ». Malgré les grandes conquêtes du féminisme, malgré les changements dans la situation des femmes, les structures de la domination masculine demeurent quasi- inchangées. D’où le problème posé dans son livre de 1998, La Domination masculine : comment expliquer que, alors que tout a changé, rien n’a en fait changé ? Pour quelles raisons les transformations  de la condition féminine n’ont-elles pas affecté le modèle traditionnel de la domination ? Parce que les grandes institutions, Famille, Eglise, Ecole, Etat, travaillent en permanence à ré-instituer dans les cerveaux les principes de l’ordre masculin.

Le féminisme a incarné l’un des grands opérateurs de contestation de cet ordre. Mais Bourdieu a également insisté sur la puissance potentiellement subversive du mouvement gay et lesbien, qu’il a toujours soutenu : il fut l’un des tout premiers signataires des appels en faveur du Pacs, du droit au mariage pour les couples de même sexe et de la reconnaissance de l’homoparentalité. Et en 1997, il a participé, au côté de Monique Wittig, Leo Bersani ou Eve K. Sedgwick, au grand colloque devenu mythique sur les études gay et lesbiennes organisé par Didier Eribon au centre Pompidou, à une époque où les intellectuels ne se précipitaient pas sur ces terrains, ce qui lui valut d’ailleurs d’être insulté à la Une du Monde. Dans sa conférence, Bourdieu attire l’attention sur la capacité du mouvement gay à bousculer le principe androcentrique qui organise la société: “Ce mouvement de révolte contre une forme particulière de violence symbolique met en question très profondément l’ordre en vigueur et pose de manière tout à fait radical la question des fondements de cet ordre”. Il insiste également sur le fait que l’inventivité du mouvement gay, notamment à travers ses formes inédites d’action spectaculaire (il fait allusion à Act Up) le prédispose à incarner une sorte “d’avant-garde” (au sens où l’on parle d’avant garde artistique) du mouvement social en général. A l’heure où se développe le souci de réfléchir en termes d’intersectionnalité, d’articulation entre les multiples modes de domination, on voit que Bourdieu s’est très tôt intéressé à la question de savoir comment les mobilisations LGBT devaient nous inciter à imaginer la construction d’un nouveau mouvement social, “solidaire de toutes les organisation de lutte contre la violence et la discrimination, c’est-à-dire contre toutes les formes de racisme de genre (ou de sexe), d’ethnie (ou de langue), de classe (ou de culture)”. Sans doute la constitution d’un tel front relève-t-elle de l’utopie. Mais seule une action politique inventive, prenant en compte l’ensemble des effets de la domination, était à ses yeux susceptible de contribuer à ébranler l’ordre social présent et la violence qu’il exerce. Telle est la tâche qu’il nous a léguée. Et qui reste plus que jamais d’actualité.

Ps : à chaque fois que l’on fait référence aux travaux de Pierre Bourdieu sur le genre et à son grand livre fondateur La Domination masculine, on déclenche des commentaires malveillants répétant des contre-vérités. Sans passer trop de temps, je voudrais faire une ou deux précisions :

1/ Il n’y a pas une page de la Domination masculine qui ne cite ou ne discute les travaux d’une femme.

2/ Certes toutes ces femmes ne sont pas françaises et Bourdieu se confronte ainsi à la théorie féministe internationale : mais depuis quand faut-il citer « français » ? Et depuis quand l’espace des références est-il imposé?

3/ Les travaux de Bourdieu sur cette question datent de la fin des années 1950 et du début des années 1960 soit… bien avant les femmes qu’on lui reproche de ne pas citer

4/ On ne reproche jamais aux féministes qui ont écrit bien après Bourdieu de ne pas le citer… alors qu’on ne cesse de reprocher à Bourdieu de ne pas citer de femmes (ce qui est faux)… comme si les femmes détenaient un monopole de légitimité sur ces questions.  Ce qui est oublier que les études de genre concernent autant les hommes hétérosexuels que les femmes, les gays, etc.

5/ Toutes ces erreurs factuelles répétées à propos de Bourdieu sur cette question s’expliquent par la radicalité de sa mise en question et de son analyse.

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Entretien dans Libération

On trouvera ci-dessous le texte de l’entretien que j’ai accordé à Libération à l’occasion de la parution de Logique de la création et de Sur la science des œuvres, et qui a été publié dans le cahier Livres du journal daté du 10 février 2011.

«J’étais en train d’écrire Logique de la création quand se sont développées les mobilisations contre la réforme de l’université. J’ai été frappé par l’inquiétante alliance entre toutes les fractions du monde de la recherche, de la droite dure à l’extrême gauche, pour dénoncer la menace que les projets du gouvernement feraient peser sur l’autonomie du savoir, en soumettant l’université à des normes externes et donc réputées illégitimes : économiques, étatiques, politiques. On peut certes souscrire à cette défense de l’autonomie, mais on doit constater que les normes qu’elle brandissait sont tout aussi dangereuses pour la créativité, et que personne ne les critique jamais : professionnalisation, consolidation des cadres disciplinaires, évaluation par les pairs comme seule reconnaissance légitime… Autant de valeurs contre lesquelles se sont définis tous les penseurs qui ont compté des années 50 aux années 70, de Lévi-Strauss à Bourdieu et Derrida, et tous les lieux à l’époque atypiques qui les ont accueillis, comme la VIème section de l’Ecole pratique des hautes études ou l’université de Vincennes – penseurs et lieux dont je m’efforce justement de retracer l’histoire dans mon ouvrage. Se souvient-on qu’en 1974 Michel Foucault souhaitait que son travail sur les systèmes disciplinaires puisse «servir à un éducateur, à un gardien, à un magistrat, à un objecteur de conscience» ? Quel chercheur aujourd’hui définirait son travail en affirmant qu’il écrit pour des gardiens de prison ? Depuis une vingtaine d’années s’est imposée une idéologie de la recherche obsédée par l’idée de maintenir une frontière entre l’interne et l’externe, les professionnels et les profanes… Or, cette frontière a pour effet de détruire l’idée même de s’adresser à d’autres publics et de construire sa pensée en interaction avec l’espace social.

«On peut déplorer la perte d’influence des intellectuels et regretter l’effervescence des années 70. Mais on doit rappeler que la fécondité et le retentissement de leurs travaux étaient liés à leur volonté d’inventer des modes d’écriture, des formes de pensée et des espaces de discussion qui faisaient voler en éclats les censures qu’exerce la définition académique de la recherche. Aujourd’hui, la plupart de ceux qui se réclament de l’héritage de Bourdieu, Foucault, Deleuze, Derrida s’attachent à faire régner un ordre universitaire au sein duquel leurs « héros » n’auraient pu développer leurs idées. Le mot « académique » était une injure dans les polémiques des années 70 ; c’est devenu un terme fortement valorisé. Ce qui fait rêver a changé : l’idéal du moi, ce n’est plus de devenir un intellectuel, mais un « chercheur », c’est-à-dire l’intégration professionnelle dans la discipline, la publication dans des revues à comité de lecture (mais sans lecteurs)…

«Il est vrai que les penseurs des années 70 y ont leur part de responsabilité. Par exemple, quand ils se sont mis à critiquer le journalisme. L’enjeu était surtout de dénoncer la puissance médiatique des « nouveaux philosophes » et le pouvoir de la télévision. Mais il faut se garder de constituer ces énoncés stratégiques en dogmes, et l’on peut trouver chez eux beaucoup d’autres réflexions sur le journalisme comme instance alternative à l’université et permettant de faire émerger de nouvelles problématiques. D’ailleurs, de Barthes à Foucault, ces grands novateurs se sont appuyés sur la presse pour vaincre l’hostilité que leurs travaux rencontraient chez leurs pairs.

«La question du journalisme nous renvoie en fait à la question du public : pour qui écrit-on ? On ne peut ignorer le public et se plaindre que celui-ci vous ignore. Il me semble, à cet égard, que l’essayisme médiatique et l’idéologie de la recherche pour la recherche sont solidaires : chacun reste dans son monde, l’espace public pour le premier, l’université pour le second. La professionnalisation de la recherche laisse le champ libre aux essayistes, et fait donc le jeu de ce qu’elle prétend combattre. A l’inverse, les démarches authentiquement créatrices se définissent par leur souci de s’adresser à des publics hétérogènes, indéterminés et surtout à venir.»

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Parution de Logique de la création

On trouvera ci-dessous la couverture et la présentation de mon livre Logique de la création. Sur l’Université, la vie intellectuelle et les conditions de l’innovation, qui parait chez Fayard.

Présentation de l’éditeur :

Quels sont les conditions, les moments et les lieux, qui favorisent l’innovation intellectuelle ?

Pour répondre à ces questions essentielles, Geoffroy de Lagasnerie retraverse l’histoire des idées et des institutions au cours des années 1950-1980. Il réinterprète les œuvres et les trajectoires de Foucault, Bourdieu, Deleuze, Derrida, mais aussi Sartre et Lévi-Strauss, et discute les grandes théories qui ont cherché à comprendre les mécanismes de la création artistique, littéraire ou scientifique. Il montre ainsi comment l’invention surgit presque toujours en dehors de l’Université ou dans ses marges, au terme de démarches qui s’attachent à brouiller les frontières disciplinaires, à déjouer les normes et les pratiques académiques. Penser, c’est nécessairement s’affranchir de l’image de la recherche que l’Université tend à imposer.

À l’heure où un consensus s’installe pour défendre le champ académique contre tout ce qui menacerait son autonomie, Geoffroy de Lagasnerie s’inquiète de l’uniformisation de la vie intellectuelle qu’entraîne ce repli sur soi. À rebours d’une telle tendance, il appelle à élaborer une nouvelle politique des savoirs ouverte à la pluralité, aux hérésies, et donc à l’arrivée de l’inédit.

Geoffroy de Lagasnerie est sociologue. Il est chargé de cours à l’université Paris I–Panthéon Sorbonne. Il est l’auteur de Sur la science des œuvres. Questions à Pierre Bourdieu (et à quelques autres) (Cartouche, 2011) et de L’Empire de l’Université. Sur Bourdieu, les intellectuels et le journalisme (Amsterdam, 2007).

Plus d’informations sur le site des éditions Fayard.

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Parution de Sur la science des œuvres

On trouvera, ci dessous, la couverture et la présentation de mon livre Sur la science des œuvres. Questions à Pierre Bourdieu (et à quelques autres), qui parait aux éditions Cartouche.

Depuis septembre 2015, le livre est en accès libre en cliquant ici.)


Présentation de l’éditeur :

Tout au long de sa vie, Pierre Bourdieu s’est affronté à la question de l’art, de la littérature, de la philosophie. Il a révolutionné la sociologie de la culture en y introduisant l’un de ses concepts les plus célèbres et les plus féconds : la notion de champ. Ce livre retrace les grandes étapes de la formation de cette théorie. Il montre comment et contre quoi elle s’est constituée et met en lumière la nouveauté radicale qu’elle a apportée. Mais il souligne également qu’il n’y a pas de nouvelles visions sans nouvelles cécités. Il se propose dès lors de repenser certaines des  questions majeures de la science sociale avec un objectif essentiel : arracher les œuvres à toutes les formes d’interprétations neutralisantes et dépolitisantes.

Geoffroy de Lagasnerie est sociologue. Il est chargé de cours à l’université Paris I-Panthéon Sorbonne. Il est l’auteur notamment de Logique de la création. Sur l’Université, la vie intellectuelle et les conditions de l’innovation (Fayard, 2011) et de L’Empire de l’Université. Sur Bourdieu, les intellectuels et le journalisme (Amsterdam, 2007).

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Rencontre-signature

Je signerai Logique de la création et Sur la science des œuvres et rencontrerai les lecteurs le samedi 5 février 2011, de 17h30 à 19h30, à la librairie Les Cahiers de Colette (23, rue Rambuteau, 75004 Paris).

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L’inconscient sociologique

« L’inconscient sociologique. Emile Durkheim, Claude Lévi-Strauss et Pierre Bourdieu au miroir de la philosophie », Les Temps Modernes, mai-juillet 2009.

On peut le lire en cliquant ici : Article « L’inconscient sociologique ».

Résumé :

On ne peut pas se contenter de constater qu’Emile Durkheim, Claude Lévi-Strauss et Pierre Bourdieu reçurent tous les trois une formation philosophique et ne cessèrent par là suite d’affirmer, dans des termes d’une proximité surprenante, qu’échapper à la philosophie, ou rompre avec les formes de la pensée philosophique, constituait la condition de possibilité de toute recherche en sciences humaines et sociales, sans se poser la question de savoir s’il n’existerait pas une relation directe entre l’ethos sociologique et un type de rapport à la philosophie. La « rupture » avec la philosophie n’est en effet jamais totale : l’image que les sociologues se font de la sociologie est au contraire fortement dépendante de l’image négative qu’ils se font de la philosophie, qu’ils invoquent toujours comme un repoussoir, ou un spectre qu’il faudrait s’efforcer de conjurer. La perception sociologique de la philosophie constitue dès lors un système d’oppositions, un ensemble de goûts et de dégoûts très profondément ancrés dans les cerveaux des praticiens des sciences humaines et sociales – et qui se situent, pour ainsi dire, au fondement même de la discipline et de la définition qu’elle donne de son identité. En la reconstituant, cet article propose une analyse sociologique de la genèse, de la structure et de la fonction de l’inconscient sociologique.

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L’Université et la crise des sciences sociales

(Cet article a été publié par Le Monde le 29 avril 2010)

Depuis quelques années, et encore tout récemment au 30ème salon du livre de Paris, l’un des thèmes qui revient avec le plus insistance sur le devant de la scène concerne ce qu’il est convenu d’appeler la « crise » de l’édition en sciences humaines et en philosophie.

On sait en effet que les ouvrages de recherche se vendent de plus en plus mal. Ils peinent à trouver un lectorat. En regard, les tirages atteints par certaines des œuvres emblématiques des années 1960 et 1970 laissent rêveur. Et il apparaît désormais non seulement impossible mais également impensable que des livres de sciences sociales, même de grande qualité, puissent atteindre la diffusion à laquelle ils auraient pu prétendre voilà à peine trente ans.

Ce phénomène a suscité de nombreuses tentatives d’explications. Deux reviennent le plus souvent. D’une part, la baisse de la lecture et la transformation du public de livres, qui aurait peu à peu déserté les sciences sociales ; d’autre part, la mutation du journalisme, qui, au lieu de servir, comme dans les années 1960 et 1970, d’intermédiaire entre l’espace académique et l’espace public, ferait de plus en plus obstacle à la circulation exotérique des œuvres et se contenterait de plus en plus de parler toujours des mêmes auteurs, déjà connus dans les médias.

Certes, ces perceptions, que les universitaires, et les éditeurs avec eux d’ailleurs, invoquent systématiquement lorsqu’ils essaient de trouver des raisons au faible écho rencontré par leurs livres, ne sont pas totalement infondées. On peut néanmoins se demander si cette manière de voir ne constitue pas, dans le même temps, une subtile et habile opération de diversion : en attirant l’attention sur la baisse de la demande de théorie ou sur la dégradation de la qualité des opérations de médiation, ne fait-on pas l’économie d’une réflexion sur ce qui se situe du côté de l’offre, c’est-à-dire sur l’évolution de la nature et de la qualité de la production ? N’évite-t-on pas de poser la question de la responsabilité de l’Université, et des universitaires eux-mêmes, dans cette situation ?

A bien des égards, la diminution de l’attrait des sciences humaines pourrait en effet être analysée comme le résultat des processus qui se sont mis en place dans l’Université depuis une vingtaine d’année. La professionnalisation des disciplines et la fermeture sur lui-même du champ académique ont en effet instauré le règne d’une recherche de plus en plus autarcique, concentrée sur des enjeux strictement internes, qui ne se soucie aucunement des effets qu’elle serait susceptible de produire, ni des publics qu’elle pourrait rencontrer. La volontéde défendre l’autonomie du champ académique par rapport aux pressions« externes » et aux demandes « profanes » a ainsi engendré l’un des phénomènes les plus inquiétants d’aujourd’hui : l’assignation de la recherche à résidence universitaire. De plus en plus souvent, la recherche est affirmée et vécue commeune affaire de professionnels, qui devrait se fabriquer dans des circuits réservés à ceux qui se reconnaissent mutuellement comme des« pairs ». La communauté académique ou disciplinaire est présentée comme le lieu naturel de la production, de la discussion et du contrôle des connaissances – et un chercheur devrait toujours, d’abord, s’adresser à ses collègues et se soumettre à leur jugement.

Est-il totalement exagéré d’affirmer qu’un tel dispositif agit dans le sens d’une destruction de l’idée même de vie intellectuelle ? Car comment les universitaires, qui necessent de se poser en s’opposant aux « profanes » et de disqualifier ainsi symboliquement le public « externe » en le renvoyant à l’amateurisme et à l’illégitimité culturelle, pourraient-ils sortir de l’Université ? Comment leur serait-il possible d’atteindre un lectorat pour lequel ils n’écrivent pas ? Comment pourraient-ils intéresser des individus hors du cercle de leurs collègues, dès lors qu’ils constituent ces derniers comme leurs seuls clients légitimes, dignes d’eux et habilités à leslire ?

La capacité des livres à toucher le public dépend, pour une grande part, du comportement de leurs auteurs, de leur manière d’écrire et de penser : à qui s’adressent-ils ? Pourqui et pour quoi écrivent-ils ? C’est la raison pour laquelle réinjecter un peu de vie et de vitalité dans les sciences humaines contemporaines suppose que les universitaires portent un regard critique sur eux-mêmes. Plutôt que de se contenter de célébrer les années 1960 et 1970, ne vaudrait-il pas mieux tâcher de renouer avec le type d’inspiration qui portait la pensée dans ces décennies : placer la réflexion en résonance avec le présent, renouveler la théorie au contact des mouvements qui agitent le champ social, s’adresser à des lecteurs hétérogènes, etc. ? C’est lorsque l’offre théorique se transformera dans cette direction qu’un enthousiasme pour la création pourra renaître.

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Présentation

On trouvera sur ce site des informations sur mes publications, activités, etc., ainsi que certains textes (articles, communications, interventions…).

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