« Au-delà de la citoyenneté. Snowden, Assange, Manning », Conférence à Berlin le 9 mai

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Deux jours de réflexion sur « La désobéissance civile au-delà de l’Etat » sont organisées à Berlin les 8 et 9 mai 2015.

J’y parlerai (en anglais) le samedi 9 mai, à partir de 13h30. Mon intervention s’intitulera : « Au-delà de la citoyenneté. Snowden, Assange, Manning » (Beyond Citizenship: Snowden, Assange, Manning)

Plus d’infos ici en cliquant ici.

Lieu : ACUD e.V., Veteranenstraße 21, 10119 Berlin-Mitte

Cet événement est organisé avec le soutien du Alexander von Humboldt Institute for Internet and Society, de l’Amsterdam Center for Globalisation Studies, du Department of Philosophy at the University of Amsterdam, du Department of Politics and International Relations at the University of Oxford.

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[Video] : Penser la démocratie aujourd’hui. Sur Arte.

logo arte

L’émission Square Idées sur Arte (du 10 mai 2015) était consacrée à la question de la démocratie aujourd’hui. J’étais l’un des deux intervenants.

J’y ai parlé de la migration, de la citoyenneté, de la surveillance ou encore des lanceurs d’alerte, etc.

On peut la revoir ici.

Or in German :Wie geht es der Demokratie?

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Michel Agier au séminaire « Actualité de la philosophie et des sciences sociales ».

Agier campsLa septième séance du séminaire « Actualité de la philosophie et des sciences sociales » que j’anime avec Ronan de Calan aura lieu le mercredi 20 mai 2015.

L’invité sera Michel Agier à propos de Un monde de camps, aux éditions La Découverte.

12 millions de personnes vivent dans des camps à l’échelle mondiale. Camps de réfugies, camps de déplacés, zones d’attentes, etc. Comment comprendre cet univers de camps et rendre compte de ces formes d’existence?

(Nous parlerons également de son ouvrage Anthropologie de la ville qui vient de sortir aux PUF.)

La séance se tiendra le mercredi 20 mai 2015, à l’Université Paris 1, Amphithéâtre Descartes, 19h-21h, 17 rue de la Sorbonne, 75005 Paris.

Entrée libre. Ouvert à tous.

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« Foucault against himself »

« Foucault against himself » to be published by Arsenal Pulp Press.
Texts by Arlette Farge, Georges Didi-Huberman, Leo Bersani and me.

Preface by Paul Rabinow.

foucault against oneself

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Entretien à Radio Libertaire à propos de « L’art de la révolte »

radio L

J’ai été invité sur Radio Libertaire à l’émission « Pas de Quartiers », animée par le groupe Louise-Michel.

Il y a été question des lanceurs d’alerte bien sûr, mais aussi de la question démocratique, des mouvements des Places et d’Occupy, des catégories de la politique, de la désobéissance civile et de ses limites, etc.

On peut désormais la réécouter en cliquant ici.

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Entretien à « La Tribune » à l’occasion de la parution de « L’Art de la révolte » et du projet de loi sur le renseignement

A l’occasion de la parution de L’Art de la révolte et du projet de loi sur le renseignement, j’ai accordé un long entretien à La Tribune. Il y est d’abord question du projet de loi, puis, plus généralement, de la question démocratique, du néolibéralisme ou encore de la pensée critique aujourd’hui.

Les propos ont été recueillis par Robert Jules.

On peut le lire en cliquant ici.

La tribune

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Entretien à France Culture, à l’émission La Grande Table, à propos de L’Art de la révolte.

logo france cultureJ’ai été l’invité, mardi 17 mars 2015, à l’émission La Grande Table, sur France Culture, à propos de L’Art de la révolte.

Nous avons parlé de Snowden, Assange, Manning, de la question démocratique, de la citoyenneté, des pratiques de la fuite et de l’anonymat, etc.

On peut la réécouter en cliquant ici.

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[Article] : Pourquoi le projet de loi sur le renseignement est une erreur historique majeure et nous condamne à la peur

Cet article a d’abord été publié dans les pages Idées du Monde.

Capture Monde idées

Le « projet de loi sur le renseignement » » présenté par Manuel Valls au conseil des ministres le 19 mars est censé donner de nouveaux instruments aux services secrets et à la police pour « lutter contre le terrorisme ». Il s’agit, selon le communiqué officiel, de « protéger les Français dans le respect des libertés ».

Malgré ce ton rassurant, la lecture du projet ne peut manquer de susciter la stupéfaction (mais pas la surprise, puisque il n’y a malheureusement rien de bien étonnant à ce que M. Valls, dont on connaît les pulsions d’ordre, s’engage sur une telle voie).
Le texte prend une direction claire : il étend les pouvoirs d’intrusion des services secrets sur les communications et la vie privée de chacun d’une part et, d’autre part, il multiplie et garantit les possibilités pour les services d’opérer en échappant à tout contrôle des juges. En d’autres termes, contrairement à ce que dit M. Valls, il ne s’agit ici en aucun cas d’une avancée pour l’Etat de droit. La réalité est une augmentation de zones de non-droit et d’exception. Une partie très importante des actions étatiques de surveillance relèvera désormais de l’autorisation arbitraire de l’administratif et de l’exécutif, et, bien souvent… du seul premier ministre lui-même.
Il est d’ailleurs à cet égard frappant de constater que l’un des arguments avancés pour justifier cette loi est que, aujourd’hui, les services secrets agissent sans cadre juridique. Autre façon de dire qu’ils mènent souvent des actions illégales. En d’autres termes, le projet de loi ne crée pas du droit : il vise à consacrer des zones qui se sont développées en dehors du droit. Or n’attendrait-on pas d’un gouvernement qui a connaissance d’actions illégales de ces services qu’il agisse pour les stopper plutôt qu’il ne garantisse l’immunité de leurs auteurs ?

La logique du traumatisme pousse à répondre à la violence par la violence, à l’arbitraire par l’arbitraire. Le mécanisme émotionnel qui guide la réplique de Manuel Valls aux attentats qui se sont produits entre les 7 au 9 janviers est donc tout à fait intelligible. Néanmoins, la grandeur de l’Etat réside dans sa capacité à s’émanciper de l’émotion et à agir rationnellement. C’est la raison pour laquelle les mesures annoncées sont injustifiables. Pire, elles marquent la perte d’une occasion historique.
La France se trouve en effet placée dans une situation particulière : les attentats de janvier se sont produits 14 ans après ceux du 11 septembre et l’adoption, aux États-Unis, du Patriot Act. En d’autres termes, nous connaissons déjà notre futur si nous adoptons ce type de projet. Les révélations des lanceurs d’alerte, les actions, entre autres, de Julian Assange, Edward Snowden et Chelsea Manning, nous ont appris que les proliférations des mesures d’exception, où la police, l’administratif et l’exécutif échappent aux contrôles du judiciaire, sont non seulement éthiquement indéfendables mais, de surcroît, inefficaces. Le Conseil de l’Europe l’a lui-même rappelé dans un rapport publié le 26 janvier dernier.
Nous aurions pu utiliser les révélations des lanceurs d’alerte comme des interpellations qui s’adressaient à nous, qui nous prévenaient aujourd’hui, qui nous enjoignaient de ne pas répéter les mêmes erreurs que les États-Unis. Il aurait été possible de sauter une étape, et d’aller directement vers l’adoption de mesures plus rationnelles pour lutter contre le terrorisme. C’est la direction opposée que choisit M. Valls. De ce point de vue, son projet de loi constitue une erreur historique majeure.
Publier une position critique sur les mesures d’accroissement de la surveillance étatique expose immédiatement à l’accusation d’irresponsabilité. Par exemple, quelques jours seulement après les attentats de janvier, de nombreuses voix se sont exprimées pour s’en prendre à Julian Assange : sa critique de la surveillance, ses publications de documents secrets via WikiLeaks, auraient affaibli l’action des services du monde entier et auraient amoindri leur capacité à anticiper et à déjouer de telles attaques. Assange a répondu dans un texte cinglant : les frères Kouachi étaient connus de la police ; mieux les cerner et les connaître relevait d’un travail de police classique, et on ne voit pas quel rapport cela aurait avec la mise en place de programmes de surveillance de masse et indéterminée. À l’inverse même, ces programmes noient les services sous une quantité infinie de données qui les rendent au final moins efficaces pour mener à bien leurs tâches, évidemment nécessaires.

Je ne suis pas convaincu par nombre des arguments utilisés par les principaux groupes ou auteurs engagés dans la défense des libertés et qui consistent à s’en prendre à la « société orwellienne » où il n’y aurait plus de « vie privée ». Je ne suis pas sûr que brandir le spectre d’une « surveillance généralisée » soit l’axe le plus pertinent. Pour ma part, je crois que ce qui se joue en ce moment, ce qui est problématique dans le type de lois que promeut M. Valls, c’est l’institution et l’accroissement de notre vulnérabilité juridique : nous assistons aujourd’hui au fait que l’Etat invoque la lutte contre le terrorisme pour étendre sa logique hégémonique.
Petit à petit, se met en place un démantèlement des conquêtes du libéralisme politique du XIXe siècle, qui était parvenu à inventer un État qui se limite lui-même, qui dispose d’une capacité à s’autocontraindre au nom d’un certain nombre de droits : « vie privée », « domicile », « intimité ». Désormais, tout se passe comme si l’État n’acceptait plus ces contraintes. Il étend sa sphère d’intervention et démantèle les garanties qui faisaient jusqu’alors obstacle à sa logique intrusive. Les menaces terroristes sont invoquées pour justifier cette emprise et cette intervention continues et déréglées de l’Etat sur nous.
Et le fait que ces menaces jouent un rôle de prétexte n’est d’ailleurs pas un fruit de l’imagination. C’est une évidence : elles sont sans cesse mises en avant alors qu’elles ne constituent que l’une des 7 missions dans le cadre desquelles les services secrets pourront recourir aux techniques de surveillance sans être encadrés par les juges, parmi lesquelles on trouve également « les intérêts économiques majeurs » ou, plus étrange, « la prévention des violences collectives de nature à porter gravement atteinte à la paix publique ».
Dans le contexte politique et économique contemporain, on pourrait s’imaginer que lutter contre ce type de lois constitue un problème secondaire. En réalité, c’est toute une représentation de ce que gouverner veut dire qui transparaît ici – la même que celle qui régit les autres domaines. Nous avons affaire au déploiement d’une conception répressive de l’action de l’Etat, qui se contente de réagir à ce qui arrive dans le monde en augmentant les instruments aux mains de force de l’ordre. Que voudrait dire, à l’inverse, répondre à la menace terroriste par plus de justice sociale, plus de démocratie, moins de violence ? Que signifierait orienter l’action de l’Etat principalement vers les structures sociales et leurs transformations, c’est-à-dire vers les causes des phénomènes que nous voulons combattre plutôt que vers les effets qu’elles produisent ? Telles sont les questions importantes auxquelles il aurait fallu inventer des réponses afin d’essayer de dessiner un autre avenir. Malheureusement, en s’engageant sur la même voie, condamnée à l’échec, que les États-Unis, M. Valls nous condamne à répéter les mêmes erreurs qu’eux, à ne pas traiter les problèmes réels – et, ainsi, à stagner dans un moment marqué par la peur, le danger et la vulnérabilité, dont se nourrit le cycle de la violence.

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Didier Eribon lors de la deuxième séance du séminaire Actualité de la philosophie et des sciences sociales

Deux images de la cinquième séance du séminaire « Actualité de la philosophie et des sciences sociales », le 18 mars à la Sorbonne, dans l’Amphithéâtre Descartes, avec Didier Eribon. Didier Eribon a parlé des théories de la littérature, de la masculinité et du système du genre

de droite à gauche : Ronan de Calan, Didier Eribon et moi-même

de droite à gauche : Ronan de Calan, Didier Eribon et moi-même

ERIBON

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La force politique des images. Les images de Snowden, Assange, Manning comme scènes de guerre.

Dans le documentaire CITIZENFOUR de Laura Poitras, un moment est particulièrement  frappant : celui de l’apparition, le 9 juin 2013, du visage d’Edward Snowden sur les écrans dans les rues de Hong Kong où il est réfugié. Cette scène est spectaculaire : elle installe une opposition dramatique entre Snowden et les Etats-Unis : de l’étranger, Snowden défie  les Etats-Unis et leur souveraineté ; il affirme, au nom des idées démocratiques, son droit de fuir.

Capture d’écran de CITIZENFOUR

Depuis 2012, beaucoup d’images de Snowden, Assange, Manning,  ont été publiées. J’en ai récemment retrouvé qui me semblent particulièrement marquantes. Elles possèdent une force émotionnelle et d’interpellation. D’où vient et que traduit la force politique de telles images?

Je voudrais, avant d’aller plus loin, montrer ces 3 images . Il s’agit de Manning, lors de son procès, de Snowden, à Hong Kong ; d’Assange, à l’ambassade d’Equateur à Londres

Manning lors de son procès en 2013

Snowden à Hong kong

Snowden à Hong kong

Julian Assange à l'ambassade d'Equateur

Julian Assange à l’ambassade d’Equateur

Les photographies de Snowden, Assange, Manning contiennent une charge d’émotion, ressentie comme telle quasiment partout à travers le monde, parce que nous éprouvons à travers elles l’irruption de quelque chose de nouveau, que nous ne connaissons pas – une nouvelle scène politique, un nouveau type de sujet politique – et la résistance ou la répression que cette irruption suscite .  Elles mettent en évidence et saisissent la précarité juridique dans laquelle évoluent ces individus, l’intensité de la répression qui s’abat sur eux, et, dans le cas de Snowden et Assange, comment leur prise de parole est rendue possible par un geste de fuite qui met au crise l’emprise que les Etats exercent sur chacun d’entre nous.

Il n’est pas faux de dire qu’il y a quelque chose d’historique dans ces images. Mais à condition de préciser que ce n’est pas au sens où elles capteraient un mouvement constitué ou un moment reconnaissable. Elles mettent plutôt en scène quelque chose de l’ordre de la précarité et de la fragilité – une crise de notre sol théorique et de nos catégories de perception, la déstabilisation des cadres institués de la politique et l’intensité des forces de l’ordre qui tentent de la contenir ou de la conjurer. Ce sont des images de guerre, dans lesquelles on devine le surgissement possible d’une sorte d’à venir, qu’il s’agit de comprendre pour en accompagner  à la fois l’invention et en démultiplier les effets de rupture.

Ps : j’emprunte l’expression « La force politique des images » à Patrick Boucheron : cette formule est le sous-titre de son très bel ouvrage ouvrage intitulé Conjurer la peur.

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« Civil Disobedience Beyond the State », Workshop in Berlin, May 8th and 9th

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A workshop called « Civil Disobedience Beyond the State »  will take place in Berlin on May 8th and 9th.

Other Speakers will be :

Gabriella Coleman (McGill University, Montreal)
Joss Hands (Anglia Ruskin University, Cambridge)
Manohar Kumar (Indian Institute of Technology Delhi)
Bill Scheuerman (Indiana University, Bloomington)
Jillian C. York (EFF, Berlin)

The Title of my talk will be: « Beyond Citizenship: Snowden, Assange, Manning ».

For programme and up-to-date info, see here.

Organisers
Robin Celikates (University of Amsterdam)
Annette Zimmermann (University of Oxford)
Theresa Züger (Alexander von Humboldt Institute for Internet and Society)

This workshop was organised with the financial support of the Alexander von Humboldt Institute for Internet and Society, the Amsterdam Center for Globalisation Studies, the Department of Philosophy at the University of Amsterdam, the Department of Politics and International Relations at the University of Oxford.

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« La dénationalisation des esprits. Une nouvelle scène démocratique ». Conférence à Genève le 20 mars 2015

Logo global institute

Le Global Studies Institute de l’Université de Genève et l’Institut Supérieur de Philosophie de Université catholique de Louvain organisent un colloque sur la mondialisation les jeudi 19 et vendredi 20 mars 2015 à Genève.
J’y donnerai une conférence intitulée : « La dénationalisation des esprits. Une nouvelle scène démocratique ».

Le vendredi 20 mars, 14h30, Global Studies Institute (GSI) de l’Université de Genève, Uni Dufour
Rue du Général-Dufour 24, 1204 Genève
4ème étage, salle 408

Je donnerai le lien vers le programme du colloque quand il sera en ligne.

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Vraie Homophobie et Pseudo-Sociologie : nouveaux éléments et réflexions

La revue Savoir-Agir a donc publié un communiqué suite à ma révélation du canular homophobe de Gerard Mauger , malheureusement non perçu comme tel par les responsables de la revue – les grossières erreurs factuelles auraient pourtant dû les mettre sur la voie – dans un article contre Edouard Louis.
Avant de poursuivre, deux petits extraits supplémentaires
– Le premier où Mauger affirme que les prisonniers seraient sauvés aux yeux d’Edouard Louis parce qu’ils ont été défendus par Genet et Foucault (les pulsions homophobes hantent tout cet article)

Mauger new 1Mauger new 2

– Le deuxième où l’on parle de la « cause des homosexuels » (la cause des homosexuels !!! qui parle encore ainsi ???), qui a envahi la gauche et qui explique le « succès » du roman d’Edouard Louis (le soutien du lobby gay).

Mauger new 3
L’article de Mauger montre à quel point la rhétorique de la scientificité – même aussi superficielle et grotesque (on a même droit à l’opposition scolaire et sans intérêt « misérabilisme/populisme », etc.) – permet d’exprimer des pulsions et des discours que l’on n’oserait pas tenir autrement dans l’espace public. Dès lors, le rôle du travail scientifique et critique n’est pas de ratifier ces opérations de mystifications mais de les déconstruire, de les dénoncer et de dire ce qu’elles sont.

En refusant cette vérité, la revue Savoir/agir participe d’une légitimation d’une ligne homophobe en sociologie (enfin, dans la sociologie académique).

On remarquera néanmoins que la revue semble s’engager sur la voie du désaveu contre Mauger en disant que « Celles et ceux qui s’intéressent aux analyses de Savoir/Agir sur les sexualités peuvent lire le dossier consacré à ce sujet dans le numéro 20 »… et donc en excluant l’article de Mauger des textes qui représentent la revue.
Un dernier mot : la revue parle dans son communiqué, à mon propos, et non à propos de Mauger, « d’injures à caractère diffamatoire »… (Pour une revue qui se réclame de l’interdisciplinarité, Ils auraient tout de même pu consulter un juriste et apprendre que l’injure et la diffamation constituent des actes distincts. Le sérieux de ces gens qui n’ont que le mot science à la bouche semble une fois de plus assez sérieusement interrogeable)

En tous cas, et c’est triste, surtout pour des individus dont certains croient pouvoir se réclamer de l’héritage de Bourdieu, ou tout simplement de la gauche, on voit ici comment ce sont ceux qui subissent ou qui critiquent la violence qui sont perçus et désignés comme violents et non ceux qui exercent la violence ou qui soutiennent ceux qui exercent la violence.

On attend désormais la version corrigée du communiqué de la revue Savoir/agir (en homophobe).

Communiqué OK(Mon texte précédent sur cette questionSavoir/agir en homophobe. A propos d’un sinistre canular qui n’a pas été perçu comme tel et d’un problème plus général.)

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Savoir/agir en homophobe. A propos d’un sinistre canular qui n’a pas été perçu comme tel et d’un problème plus général.

CaptureSavoir Agir OKJe suis tombé il y a quelques jours sur un numéro de la revue Savoir/Agir, qui se présente comme un lieu des sciences sociales critiques, et dont le directeur de la publication est le sociologue Frédéric Lebaron, vice-président de l’Association Française de sociologie.

On y trouve un article stupéfiant (cf. les images ci contre et ci dessous) de Gerard Mauger sur Edouard Louis comme « cas de conversion ».
On peut y lire notamment qu’Edouard Louis, et les gays en général, sont d’ « affreux déviants », que le cinéaste Xavier Dolan, avec d’autres, appartiendrait à une « intelligentsia gay parisienne » (« l’intelligentsia gay parisienne » quel concept sociologique… pourquoi pas lobby gay tant qu’on y est… surtout quand on y inclut Xavier Dolan, qui est montréalais) ou encore qu’Edouard Louis a suivi le master PDI de l’EHESS… ce qui est tout simplement faux… Ca fait beaucoup en 10 lignes. Tout le reste est aussi fantaisiste et douteux politiquement. Et, pourquoi ne pas le dire, à la lecture de cet article, on est pris d’un sentiment de stupeur et de dégoût (cf l’extrait ci dessous). Ce n’est pas que cette idéologie et ce vocabulaire  soient rares dans l’espace public, mais on ne s’attendrait pas à les retrouver là !

Il a été un peu question ces derniers temps d’un canular dans une revue de sociologie. Il me semble que cette autre catégorie de canulars, dont relève l’article de Gérard Mauger, sont bien plus intéressants: parce qu’ils ne sont pas perçus comme tels, ils constituent des cas qui nous permettent d’interroger l’inconscient sociologique et les pulsions qui le traversent, les concepts de la sociologie, la façon dont une certaine homophobie se déguise derrière un langage pseudo-savant, et de manière à peine euphémisée. En tous cas, il faut espérer que l’article de Gerard Mauger suscitera à son tour la même indignation et le même appel à la vigilance critique puisqu’il s’agit d’un phénomène beaucoup plus grave que le canular sans importance et sans conséquence qui a occupé les sociologues ces derniers temps.

Petit bonus avant ce poursuivre, cet extrait où Gerard Mauger dénie la vérité de la souffrance de l’enfant gay en la mettant entre guillemets et où il recycle les poncifs homophobes contre ceux qui croient qu’ils sont nés gay (on n’a jamais lu dans cette revue de textes qui s’interrogent sur le fait que Bourdieu présente son hétérosexualité comme naturelle et innée dans son Esquisse pour une auto-analyse…) On notera également le mot « revendiqué » pour parler d’une sexualité qui ne respecte plus l’injonction à l’invisibilité.

Mauger OK

Il est tout de même stupéfiant de penser que ce texte ait pu être perçu comme acceptable et publiable par celles et ceux qui s’occupent de cette revue (« la revue est publiée sous la responsabilité scientifique et politique d’un comité de rédaction constitué par les membres de l’association Raisons d’agir. » nous dit-on dans le premier numéro et on trouve les noms de celles et ceux qui composent ce comité ici, c’est-à-dire des « responsables » et qui devraient en tirer les conséquences). C’est d’autant plus inquiétant que ceux-ci occupent souvent des positons institutionnelles et/ou de pouvoir dans la sociologie ou la science politique, ce qui en dit long sur ce qui se publie sous le nom de sociologie dans des lieux d’ordinaire perçus comme « sérieux », « scientifiques », etc., sur les catégories qui y sont à l’oeuvre, sur l’impensé disciplinaire, etc.

Ce qui est certain, c’est que ces espaces qui affirment incarner les sciences sociales critiques et le « front de gauche de la recherche » représentent ce contre quoi il faut défendre la théorie critique, la sociologie et la pensée de gauche aujourd’hui.

– Suite de cet article publiée sous le titre : « Vraie Homophobie et Pseudo-Sociologie : nouveaux éléments et réflexions » :

La revue Savoir-Agir a donc publié un communiqué suite à ma révélation du canular homophobe de Gerard Mauger , malheureusement non perçu comme tel par les responsables de la revue – les grossières erreurs factuelles auraient pourtant dû les mettre sur la voie – dans un article contre Edouard Louis.
Avant de poursuivre, deux petits extraits supplémentaires
– Le premier où Mauger affirme que les prisonniers seraient sauvés aux yeux d’Edouard Louis parce qu’ils ont été défendus par Genet et Foucault (les pulsions homophobes hantent tout cet article)

Mauger new 1Mauger new 2

– Le deuxième où l’on parle de la « cause des homosexuels » (la cause des homosexuels !!! qui parle encore ainsi ???), qui a envahi la gauche et qui explique le « succès » du roman d’Edouard Louis (le soutien du lobby gay).

Mauger new 3
L’article de Mauger montre à quel point la rhétorique de la scientificité – même aussi superficielle et grotesque (on a même droit à l’opposition scolaire et sans intérêt « misérabilisme/populisme », etc.) – permet d’exprimer des pulsions et des discours que l’on n’oserait pas tenir autrement dans l’espace public. Dès lors, le rôle du travail scientifique et critique n’est pas de ratifier ces opérations de mystifications mais de les déconstruire, de les dénoncer et de dire ce qu’elles sont.

En refusant cette vérité, la revue Savoir/agir participe d’une légitimation d’une ligne homophobe en sociologie (enfin, dans la sociologie académique).

On remarquera néanmoins que la revue semble s’engager sur la voie du désaveu contre Mauger en disant que « Celles et ceux qui s’intéressent aux analyses de Savoir/Agir sur les sexualités peuvent lire le dossier consacré à ce sujet dans le numéro 20 »… et donc en excluant l’article de Mauger des textes qui représentent la revue.
Un dernier mot : la revue parle dans son communiqué, à mon propos, et non à propos de Mauger, « d’injures à caractère diffamatoire »… (Pour une revue qui se réclame de l’interdisciplinarité, Ils auraient tout de même pu consulter un juriste et apprendre que l’injure et la diffamation constituent des actes distincts. Le sérieux de ces gens qui n’ont que le mot science à la bouche semble une fois de plus assez sérieusement interrogeable)

En tous cas, et c’est triste, surtout pour des individus dont certains croient pouvoir se réclamer de l’héritage de Bourdieu, ou tout simplement de la gauche, on voit ici comment ce sont ceux qui subissent ou qui critiquent la violence qui sont perçus et désignés comme violents et non ceux qui exercent la violence ou qui soutiennent ceux qui exercent la violence.

On attend désormais la version corrigée du communiqué de la revue Savoir/agir (en homophobe).

Communiqué OK

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« Offrir des paradoxes ». Texte dans le catalogue de l’exposition de Sylvie Blocher « S’inventer autrement » au MUDAM

Le catalogue de l’exposition de Sylvie Blocher « S’inventer autrement » au Musée d’Art Moderne du Luxembourg est sorti aux éditions Actes Sud le 6 mars 2015.

J’y publie un texte sur son travail et sa démarche intitulé « Offrir des paradoxes » et « Only paradoxes to offer » en anglais. Il porte sur la question des identités, de la mémoire et de l’utopie, et surtout de la critique.

Voici quelques images  du catalogue.

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Didier Eribon au séminaire « Actualité de la philosophie et des sciences sociales »

théorie de la littérature

La cinquième séance du séminaire «Actualité de la philosophie et des sciences sociales » (ENSAPC- université Paris 1) que j’anime avec Ronan de Calan aura lieu le mercredi 18 mars 2015. 

L’invité sera Didier Eribon à l’occasion de la parution de Théories de la littérature. Système du genre et verdicts sexuels, aux PUF, dans la collection « Des mots ».

La séance se tiendra le mercredi 18 mars 2015, à l’Université Paris 1, Amphithéâtre Descartes, 19h-21h, 17 rue de la Sorbonne, 75005 Paris. Entrée libre. Ouvert à tous.

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Entretien dans Télérama : « Les “lanceurs d’alerte” inventent-ils une nouvelle forme de démocratie ? »

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A  l’occasion de la parution de L’Art de la révolte, j’ai accordé un entretien à Télérama. Les propos ont été recueillis par Michel Abescat et Olivier Tesquet.

On peut le lire en cliquant ici.

NB : Je mets d’habitude les entretiens en intégralité sur ce site. Mais je préfère pour cet entretien renvoyer au site de Télérama, car le journal l’accompagne de photos et d’illustrations très belles et qui ajoutent beaucoup à sa lecture.

Entretien Telerama

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[Audio] : « Les lanceurs d’alerte inventent de nouvelles manières de faire de la politique ». Entretien sur France Info

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A l’occasion de la sortie en salle de CITIZENFOUR, le documentaire de Laura Poitras sur Edward Snowden, j’ai été invité à la matinale de France Info. On peut écouter mon entretien en cliquant ici.

http://www.franceinfo.fr/player/export-reecouter?content=1417389

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Vidéo : « L’anonymat régénère l’idée démocratique ».

J’ai participé vendredi 27 février à l’émission « Ce soir ou jamais » animée par Frédéric Taddéï où il a notamment été question des lanceurs d’alerte. En voici un extrait :

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Entretien sur France Inter à propos de L’Art de la révolte.

Logo France interJ’ai été l’invité jeudi 26 février 2015 sur France Inter de l’émission « L’Humeur Vagabonde » de Kathleen Evin à l’occasion de la parution de L’Art de la révolte.

Nous avons parlé de Snowden, Assange, Manning, de WikiLeaks et des lanceurs d’alerte, de la question démocratique.

On peut la réécouter en cliquant ici.

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« Une césure dans l’histoire de la révolte ». Entretien dans L’Obs à propos de Snowden, Assange, Manning

Dans le numéro de L’Obs daté du 5 au 11 février 2015, un dossier est consacré aux « lanceurs d’alerte ». Dans ce cadre, j’ai accordé un entretien à l’occasion de la parution de L’Art de la révolte. OBS

En quoi le lanceur d’alerte incarne-t-il une nouvelle forme de la révolte politique ?

Le lanceur d’alerte est un individu qui intervient dans l’espace public pour dénoncer l’écart entre l’apparence du pouvoir et sa vérité. Le premier lanceur d’alerte répertorié comme tel est l’américain Daniel Ellsberg, qui, au début des années 1970, a communiqué à la presse 7000 pages de documents du département de la Défense, les « Pentagon Papers ». Le lancement d’alerte est souvent associé aux idées de délation, de lâcheté, de trahison. C’est cette dimension trouble qui m’intéresse : elle montre que cette démarche interroge les formes traditionnelles de la contestation. Ce qui est particulièrement net chez les trois lanceurs d’alerte les plus marquants de ces dernières années : Julian Assange, le fondateur de WikiLeaks ; Chelsea Manning, qui a notamment diffusé la vidéo d’une bavure de l’armée américaine en Irak et des milliers de « câbles diplomatiques » ; et enfin Edward Snowden, grâce à qui le monde a appris l’existence des programmes de surveillance de masse des services américain et anglais.

Qu’ont-ils de si particulier ?

Ils incarnent l’irruption de nouvelles manières d’agir politiquement. Dans nos démocraties, s’engager politiquement implique un certain nombre d’obligations : on doit apparaître en public, revendiquer ce qu’on dit, en assumer les risques. C’est ce que l’on voit par exemple dans la désobéissance civile, forme la plus radicale d’action politique acceptée dans une démocratie, qui consiste à violer une loi injuste, à revendiquer cette violation puis à accepter la condamnation. Le faucheur d’OGM sait qu’il va être arrêté et l’accepte : on peut parler d’une conception sacrificielle de la politique. Manning a agi autrement : analyste de l’armée américaine, elle a transmis les documents anonymement et n’a été découverte qu’au terme d’une traque menée par les renseignements américains. Avec WikiLeaks, Assange a bâti une organisation qui permet à tout individu de révéler des documents, d’intervenir dans la discussion démocratique sans avoir à se mettre en danger. Cela constitue une césure dans l’histoire de la révolte. Si l’on y réfléchit, pourquoi faudrait-il qu’il y ait un coût au fait de s’engager ? Que dissimule l’injonction au « courage » souvent adressée à celui qui a une conviction ? Ces dispositifs limitent les capacités d’action de nombreux individus.  De même, ni Assange, ni Snowden n’ont accepté de reconnaître leur responsabilité devant la justice de « leur » pays. Le premier s’est réfugié à l’ambassade d’Equateur à Londres, le second en Russie. Ces gestes de fuite mettent en question l’emprise des Etats sur chacun d’entre nous. Snowden et Assange se sont donné le droit de faire sédition. Ils ont divorcé de leur communauté politique. L’anonymat et la fuite défient les Etats, d’où la répression féroce contre ces trois contestataires.

Vous manifestez une grande empathie pour ces trois figures…

Mon livre est né d’une émotion. J’ai été frappé par le fait que ces individus (Snowden et Manning principalement) étaient des « insiders », ils vivaient dans le système, avec ce que cela signifie de conformisme. Ils n’ont rien de la figure habituelle du militant. Cette centralité les a conduits à toucher au cœur du système. Leur écart par rapport aux formes traditionnelles de l’expression les a obligés à inventer de nouvelles formes. C’est la beauté de  leurs gestes.

La loi doit-elle protéger les lanceurs d’alerte ?

On ne peut que se réjouir des initiatives prises pour protéger les lanceurs d’alerte. Mais ces projets visent à restaurer des circuits codifiés de contestation. WikiLeaks fait peur parce qu’à travers ses possibilités chacun peut venir à une pratique de dénonciation politique. On ne sait pas qui fait fuiter des documents, ni pourquoi. Cette forme d’anarchisme et d’opacité déstabilise les institutions.  En protégeant les lanceurs d’alerte s’ils empruntent des circuits traditionnels, on risque de punir plus sévèrement ceux qui choisiront de rester en dehors. Pour étendre l’espace démocratique, il serait plus intéressant de protéger WikiLeaks et de rendre accessible à tous les techniques de l’alerte anonyme.  C’est ainsi notamment que l’on pourrait mieux attaquer cette case noire que sont les secrets d’Etat. Car en démocratie, ce devrait être les citoyens qui surveillent l’Etat, et non l’Etat qui surveille les citoyens. Propos recueillis par Eric Aeschimann

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Radicaliser la critique des hétérodoxes. La polémique sur le pluralisme en économie et ses impensés

Il y a quelques semaines, une pétition soutenait la création d’une nouvelle section  du Conseil National des Université en économie. Il s’agissait de défendre « le pluralisme en économie » contre la domination de plus en plus grande du paradigme néoclassique, qui impose une doxa néolibérale et empêche l’émergence ou la pérennité d’autres manières de penser l’économie. Cette pétition réagissait à l’intervention de Jean Tirole auprès de la ministre pour s’opposer à la création de cette nouvelle section, et qui  est semble-t-il parvenu à faire renoncer à celle-ci.

Cette lutte a suscité beaucoup de réactions, de tribunes et d’analyses. Elle a été présentée – et se présente –  comme opposant l’hétérodoxie à l’orthodoxie, l’économie critique contre l’économie néolibérale, les progressistes contre les conservateurs. Pourtant la liste des signataires du texte « Pour le pluralisme, maintenant »  ne peut pas ne pas susciter un sentiment de malaise  : On y  voit en effet des conservateurs voire des militants de la réaction  (Gauchet, Supiot, etc.) côtoyer des auteurs qui s’inscrivent dans le courant de la gauche radicale (Balibar, Lordon etc.) Ce genre de voisinage est toujours inquiétant. Il doit amener à s’interroger sur ce qui le rend possible et donc sur la nature véritable du geste ici accompli (quand on peut signer un texte avec des militants de la réaction, c’est qu’il y a un problème).

Ces voisinages sont problématiques. Il y a nombre de conservateurs et de réactionnaires parmi les dits « hétérodoxes » et, à l’inverse, on trouve parfois des analyses beaucoup plus intéressantes, plus critiques chez les néoclassiques (par exemple sur le crime, la drogue, l’environnement, les discriminations, la sexualité, etc. comme je l’ai montré dans mon livre sur le néolibéralisme à propos de l’intérêt de Foucault pour Gary Becker). En d’autres termes, il faut veiller à ce que le combat contre l’orthodoxie en économie ne contribue pas à présenter comme « critiques » des paradigmes faible théoriquement et problématiques politiquement seulement parce qu’ils seraient contre les « modèles »  ou contre le « néolibéralisme » (je pense notamment à l’économie des conventions : J’ai été étudiant à Nanterre en économie et je dois dire que cette approche m’a toujours semblé d’un niveau assez consternant). Il est donc nécessaire de maintenir la vigilance critique à laquelle ce geste nous appelle et de se méfier des effets de brouillage qu’il accomplit.

Mais il y a une deuxième chose,  qui concerne la question du fonctionnement de l’Université, des disciplines, du CNU, et de la politique de la science, etc.  J’ai été très frappé par un point de la lettre de Jean Tirole à la ministre – passage qui lui a valu des attaques violentes. Tirole écrivait :

« Il est impensable pour moi que la France reconnaisse deux communautés au sein d’une même discipline. Il est indispensable que la qualité de la recherche soit évaluée sur la base de publications, forçant chaque chercheur à se confronter au jugement par les pairs. C’est le fondement même des progrès scientifiques dans toutes les disciplines. Chercher à se soustraire à ce jugement promeut le relativisme des connaissances, antichambre de l’obscurantisme. Les économistes auto-proclamés « hétérodoxes » se doivent de respecter ce principe fondamental de la science. La création d’une nouvelle section du CNU vise à les soustraire à cette discipline. »

J’ai été très troublé en lisant ce paragraphe et en voyant qui l’attaquait car cet argument est exactement celui que la quasi-totalité des membres de l’Université utilise depuis une vingtaine d’années pour accentuer la professionnalisation de la recherche, pour lutter contre les projets de suppression du CNU, pour augmenter l’emprise des cadres disciplinaires sur la production académique, pour disqualifier les individus qui échappent à l’emprise des circuits interne, pour « scientificiser » les sciences humaines, pour domestiquer les jeunes,  etc.

L’idée selon laquelle la « reconnaissance par les pairs » (c’est-à-dire en fait la reconnaissance disciplinaire et universitaire, ce qui pose déjà la question de savoir pourquoi mes « pairs » se réduirait aux individus de ma discipline. Qui sont mes pairs? Qui le décide pour moi? Pourquoi les espaces d’évaluation devrait-il être disciplinaire?…), est un indicateur de la scientificité des travaux contre les « reconnaissances externes », et qu’il faut donc s’y plier si l’on prétend faire œuvre de science constitue une croyance particulièrement ancrée dans les cerveaux des universitaires, y compris de gauche, et elle est utilisée en permanence comme un instrument de disqualification des travaux qui échappent à l’emprise des circuits académiques (on peut penser par exemple à la façon dont Bouveresse parlait de Derrida ou de Foucault, et qui n’est pas sans rappeler la façon dont Tirole parle des hétérodoxes ou dont Boudon parlait de Bourdieu. Nombre des signataires de la pétition adhèrent totalement à ce langage). C’est aussi cette croyance qui contribue à la domestication des esprits dans l’université contemporaine où les injonctions à publier dans les revues à « comités de lectures », à se soumettre aux « règles de la disciplines » sont sempiternellement adressés aux jeunes comme des conditions impératives de leur devenir-chercheur ce qui exerce des effets très puissant d’auto-normalisation et d’incitation à se conformer aux règles instituées plutôt qu’à les questionner..

La geste des hétérodoxes touche un enjeu très important. Mais ils ne vont pas au bout de ses implications : car ce qui est en jeu dans leur critique de l’orthodoxie, ce n’est pas l’opposition entre deux manières de faire de l’économie. C’est l’idée même de discipline – et donc aussi la légitimité même d’une instance comme le CNU. La démarche des hétérodoxes  introduit à une critique politique des sciences qui, si l’on en pousse la logique jusqu’au bout, a le mérite de faire voler en éclat l’idée d’une « communauté scientifique » qui  « discuterait » entre « pairs » de la qualité « scientifique » des travaux : la discipline est champ de forces où des pouvoirs institutionnels et d’Etat sont utilisés pour imposer une orthodoxie, des manières uniformisées de penser et d’écrire, et le CNU est l’un des instruments essentiels de la normalisation des communautés disciplinaires. Cette polémique permet donc à ceux qui en doutaient encore que la fonction essentielle du CNU n’est pas de lutter contre le « localisme » mais de lutter contre le « pluralisme » et d’imposer une orthodoxie – ce qui ne gêne pas les universitaires tant qu’ils sont du côté de celle-ci et tant qu’ils sont ceux qui la font régner. Il est à cet égard amusant de constater que nombre de sociologues qui essaient d’imposer une conception dégradée des sciences sociales réduites à un projet d’études soi-disant « descriptives » de parcelles de la réalité (car elles n’ont de descriptives que le nom, mais c’est une autre histoire…) ont signé la pétition « pour le pluralisme », pluralisme qui doit sans doute être pour eux un impératif réservé à l’économie. S’interroger sur le pluralisme dans l’Université devrait presque automatiquement déboucher sur une revendication pure et simple de suppression du CNU. Et plus généralement, sur une réflexion pour une structuration non-disciplinaire des espaces de production et de circulation des savoirs.

Ce n’est pas un hasard si cette polémique a priori interne au monde des économistes a pris une certaine importance. Elle touche au cœur de nombre de dispositifs qui se situent au cœur de l’idéologie académique depuis une vingtaine d’année.  Elle pose la question de la politique, de ce qu’est un espace de discussion, de ce qu’est une discipline. C’est la raison pour laquelle radicaliser ce geste et échapper à ses impensés est très important si l’on souhaite repenser une politique de l’Université aujourd’hui.

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Intervention sur « Lanceurs d’alerte et politique » au Musée d’art moderne du Luxembourg: quelques images

Voici quelques images de mon intervention sur le thème « Lanceurs d’alerte et politique » au Musée d’art moderne du Luxembourg le 7 février 2015.

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« Lanceurs d’alerte et politique », Rencontres/débats au Musée d’art moderne du Luxembourg

Logo MUDAMDans le cadre son exposition monographique, S’inventer autrement, le Mudam Luxembourg donne carte blanche à l’artiste Sylvie Blocher pour ponctuer le déroulement de son exposition à mi-parcours. Le thème de cette carte blanche est  : les lanceurs d’alerte. Elle se tient les 6 et 7 février 2015.

Dans ce cadre, je participerai le 7 février 2015 à 11h30 à une rencontre sur « Lanceurs d’alerte et démocratie » à l’occasion de la parution de mon livre L’Art de la révolte. Snowden, Assange, Manning (Fayard).

Ensuite, à 13h30  aura lieu une discussion entre Didier Eribon (Retour à Reims, Fayard) et Edouard Louis (En finir avec Eddy Bellegueule, Seuil) autour des notions de retour et de fuite que j’animerai avec Sylvie Blocher.

Lanceurs d'alerte et politique

Les débats ont lieu au Mudam Luxembourg, 3, Park Dräi Eechelen, L-1499 Luxembourg

Programme complet de la carte blanche en cliquant ici.

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Entretien dans les Inrocks : “Assange, Manning et Snowden, un nouveau rapport à la politique”

A l’occasion de la parution de L’Art de la révolte. Snowden, Assange, Manning, j’ai accordé un entretien aux Inrocks paru dans le n° 999. En voici la version développée.

INROCKS ENTRETIEN

Que signifie, lorsqu’on est un théoricien du politique, de se pencher sur l’actualité immédiate, comme celle des lanceurs d’alerte Assange, Snowden et Manning. L’Art de la révolte relève-t-il d’une ontologie de l’actualité ?

Ce livre est né d’une émotion et d’une interpellation : qu’est-ce qui arrive à Snowden, Assange et Manning – et qu’est-ce qui nous arrive à travers eux ? L’apparition de leur image sur nos écrans, le déchaînement de violence répressive qui s’est abattu sur eux a provoqué chez moi une immense empathie. Puis, je me suis rendu compte que leur visage affectait beaucoup de gens. D’où vient cet enthousiasme, cette émotion ? Nous sommes traversés par le sentiment confus qu’ils incarnent quelque chose de nouveau, mais nous ne savons pas de quoi il s’agit. Assange, Snowden et Manning  ouvrent sur quelque chose d’indéfini. Leurs démarches déstabilisent nos cadres de pensée en sorte que nous nous retrouvons démunis de la capacité de nommer ce qu’ils sont et ce qu’ils font. J’ai voulu partir de ces affects pour les démêler et diagnostiquer ce qui se passe.

Que s’est-il passé alors avec eux ? Une nouvelle manière de penser la politique ?

Si on se contente de ramener Assange, Snowden et Manning à la tradition, bien répertoriée, des lanceurs d’alerte, on s’interdit de comprendre l’enthousiasme mondial autour de ces figures et le déchaînement de la répression à leur encontre. Ces trois personnages sont des activistes. Ils font vivre une nouvelle forme de subjectivité politique. Ils mettent en crise la scène politique telle que nous la connaissons, telle qu’elle fonctionne et telle qu’elle s’impose à nous.

Pourquoi dites-vous vouloir être à la hauteur de leur radicalité politique d’un point de vue théorique ?

Pour moi, ce sont des modèles. J’essaie d’aller le plus loin possible dans un engagement théorique. L’enjeu n’est pas pour moi d’être leur porte-parole, mais de prendre appui sur leur énergie pour, de mon côté, être le plus radical possible dans l’analyse de ce qu’ils produisent. D’où le fait que ce que j’écris n’est pas nécessairement compatible avec ce qu’ils pourraient écrire de leur côté.

Ces trois lanceurs d’alerte sont-ils en quelque sorte des “personnages conceptuels”, pour reprendre l’expression de Gilles Deleuze ?

Je préfère les désigner comme des personnages exemplaires. Les personnages conceptuels sont forgés par le philosophe pour incarner un concept. Ce sont des créations du théoricien. Or Snowden, Assange et Manning déploient déjà objectivement un nouveau rapport à la politique, une nouvelle forme de vie politique. L’enjeu est de trouver les instruments pour l’appréhender, rendre visible ce qu’ils inventent et ce qui s’invente à travers eux.

Qu’est-ce qui réunit au fond les gestes des trois lanceurs d’alerte ? Leur volonté de dénoncer l’arbitraire et le secret d’Etat ?

Le point de départ des démarches de Snowden, Assange et Manning, c’est une volonté de réactiver l’exigence démocratique, à l’heure où les Etats utilisent les prétextes de la lutte contre le terrorisme et de la préservation de la sécurité nationale pour multiplier les dispositifs d’exception. Assange, Snowden et Manning réagissent à la tendance des Etats à se donner le droit de suspendre le droit et de démanteler nos protections constitutionnelles. Snowden a révélé les systèmes de surveillance de masse qui archivent nos mails, écoutent nos appels, et donc les programmes qui ne respectent plus l’une des grandes conquêtes du libéralisme : l’indépendance des individus à l’égard de l’Etat. Chez Assange, on trouve l’idée très belle d’une indispensable critique des secrets d’Etat : il s’en prend à l’idée selon laquelle il devrait y avoir dans l’Etat une case noire, quelque chose qui devrait échapper au regard des gouvernés (dans les domaines militaires, la guerre, les négociations diplomatiques…). Beaucoup de gens adhèrent à cette croyance. L’idée de Wikileaks est de radicaliser l’exigence démocratique : dès que l’Etat met en place des systèmes qui se déroulent à l’abri du contrôle des citoyens, nous ne sommes plus dans une démocratie.

La plupart des gens de pouvoir, notamment dans le domaine des relations internationales, ont mis en avant un principe de réalité dans l’art de la négociation politique. Le secret ne reste-t-il pas un motif essentiel de la diplomatie ?

Ce qu’essaie de nous dire Assange, c’est : pourquoi faudrait-il que la démocratie s’arrête à un moment donné ; si la démocratie est une promesse, alors elle doit être inconditionnelle. Il faut aller jusqu’au bout. C’est aux gouvernés de choisir, de voir, de savoir. Ce qui heurte la culture antidémocratique à l’œuvre dans l’appareil d’Etat. En un sens, nous n’avons jamais connu un Etat vraiment démocratique. Il ne s’agit pas du tout ici d’une démarche de nature anarchiste. Il s’agit de concevoir l’Etat comme un outil aux mains des gouvernés. Sitôt que l’Etat cache des choses et instaure des zones secrètes, il devient un dispositif d’assujettissement des gouvernés par les gouvernants.

 

Au-delà de l’exception, ces trois activistes déstabilisent le droit dans son principe même. En quoi le droit pose-t-il un problème en tant que tel, dans sa positivité ?

Dans la réflexion contemporaine, on voit proliférer des théories très intéressantes, chez Judith Butler, Noam Chomsky, ou Giorgio Agamben, qui mettent l’accent sur le fait que le droit ne cesse de créer du hors-droit : les notions de dépossession, d’exclusion, d’exception, d’apatridie, sont placées au centre de l’analyse. Or, ce mode de problématisation, si important soit-il, tend à constituer les valeurs qui fondent le droit tel qu’on le connaît comme la référence positive par rapport auquel on opère la critique. On ne se donne plus les moyens d’interroger ce que nous sommes, nos valeurs acceptées, et la possibilité d’ouvrir sur quelque chose de nouveau. Or mon idée est que si l’on regarde les démarches de Snowden, Assange et Manning, on voit qu’ils interrogent la manière dont nous sommes constitués comme sujet politique, les dispositifs de la citoyenneté, de l’Etat, de l’espace public, etc. Qu’est-ce que c’est qu’être un citoyen ? Qu’est-ce qu’appartenir à un Etat ? Qu’est-ce qu’un espace public ? Comment sommes-nous construits comme sujet et comment pouvons-nous essayer d’exister autrement ? Ils donnent les moyens de penser les dimensions non démocratiques, les effets de censure, de dépolitisation et de pouvoir à l’œuvre dans ce qu’on considère traditionnellement comme les valeurs de la démocratie. Avec eux, on peut dégager une critique du droit lui-même, de l’état des constitutions libérales elles-mêmes. Non seulement permettent-ils d’opérer cette critique, mais, en plus, ils incarnent des subjectivités qui sont déjà notre avenir. Il est toujours très difficile d’imaginer ce sur quoi devra ouvrir la critique ; eux, ils sont déjà le futur, ils incarnent des modes de subjectivation qui donnent à voir un sujet au-delà de la citoyenneté, au-delà du droit tel que nous le connaissons. Ils donnent les moyens de débloquer l’imaginaire politique.

Au-delà de la nation aussi, de la communauté elle-même ?

Snowden et Assange ont indexé la fuite des documents à une pratique de la fuite territoriale, à une pratique migratoire, en changeant de pays, en demandant l’asile. Ils posent ainsi une nouvelle question : à quelle communauté j’appartiens ? Comment me donner les moyens de choisir ma propre communauté ? Là où je vis, le pays où je réside, j’ai le droit, en tant que sujet autonome, de me le réapproprier ; j’ai le droit de faire dissidence avec la communauté qui m’a été assignée par le hasard de ma naissance. De ce point de vue, Snowden n’est pas un désobéisseur civil : il n’a pas désobéi à la loi américaine, car cela supposerait qu’il y soit encore soumis. Il a démissionné, il a dit : ce n’est pas ma loi, cela ne me concerne plus, je divorce de cette communauté. Il a mis en échec la prétention de la loi américaine à s’appliquer à lui.

Cet art de la révolte tend vers un éloge de la fuite. Comment en définir la portée dans le cadre d’une réflexion sur un espace politique commun, avec les règles que cela induit ?

Ma pensée n’est pas normative ; je ne défends pas par principe la fuite contre des mouvements plus traditionnels comme Occupy Wall Street. La fuite n’est pas supérieure, mais elle est plus intéressante parce qu’elle est souvent dépolitisée, et parce qu’on a du mal à la voir comme une pratique politique. Or la fonction de la théorie est de constituer comme politique ce qu’on a tendance à dépolitiser. Le geste solitaire de Snowden qui part à Hong Kong est pour moi éminemment politique, autant qu’un rassemblement sur une place publique. Cette politique-là permet de nous interroger sur nos appartenances et sur la manière dont nous avons tendance à transformer des assignations arbitraires, en premier rang desquelles la nationalité (mais pas seulement), en identités qui nous engagent, qui nous obligent et qui vont tellement de soi que nous ne les mettons plus en question. Le fuyard, le  “voyou”, pour reprendre la notion de Derrida, c’est celui qui dit : je veux me donner à moi-même mes propres appartenances. Effectivement cela fait éclater des catégories comme le nous, comme le commun ; mais je pense que ce qui s’invente ici, c’est précisément une politique sans nous, sans horizon de groupe, de fusion.

 

En quoi la pratique de l’anonymat, en plus de la fuite, a-t-elle une fonction subversive et permet de se “libérer d’une scène éthique”, comme vous le dites dans le livre ?

A côté de la question de la migration, de la fuite, de l’appartenance, je mène une réflexion sur le sujet politique et l’espace public en me demandant ce que signifie la possibilité d’agir politiquement de manière anonyme. On associe spontanément la pratique de l’anonymat à la délation, au manque de courage. Pour moi, c’est exactement l’inverse. Il faut utiliser l’anonymat pour analyser les injonctions implicites qui pèsent sur le sujet politique et les censures qu’elles exercent. Chelsea Manning, par exemple, a contesté les pratiques de l’armée américaine en déposant des documents sur le site de Wikileaks et donc sans apparaître.   La question qui se pose est : à quelle condition Chelsea Manning a-t-elle été possible ? Grâce à quoi a-t-on eu connaissance de la vidéo “Collateral Murder” qui montre comment l’armée américaine a tiré en Irak sur des civils à un arrêt bus et a caché la vidéo ? Et ensuite : comment créer de nouvelles Chelsea Manning ? Si l’on reste attaché à une scène politique dominée par l’apparition publique, par l’injonction au « courage”, nous perdons – ou nous diminuons considérablement – la possibilité de prendre connaissance de tels crimes et donc de transformer la réalité. A l’inverse, s’il existe une possibilité d’agir sans apparaître, sans se dévoiler, alors surgissent des nouveaux sujets politiques. La scénographie politique classique, ritualisée, concourt à faire disparaître des paroles, des énoncés. L’anonymat est une manière de faire proliférer les énergies protestataires en ouvrant l’accès à l’espace de la contestation à ceux qui en étaient auparavant exclus ou qui s’en excluaient eux-mêmes.

 Les indignés et tous les mouvements de protestation démocratique proliférant depuis 2010 dans le monde entier ressemblent-ils à un art de la révolte usé ?

Les grands mouvements démocratiques des dernières années, des printemps arabes aux Indignés, sont évidemment magnifiques. En aucun cas, il ne s’agit de renvoyer ce genre de révolte au “passé”. C’est très clair. Ce que j’interroge, c’est, plus que les mouvements eux-mêmes, la tendance des intellectuels à ériger des modèles et à tout assimiler, à tout aborder avec le même jeu de catégories : démocratie, égalité radicale, horizontalité, occupation de la rue, etc. Je pense que la fascination de certains théoriciens pour ces mouvements vient du fait qu’ils confortent des catégories instituées de la politique : l’espace public, l’engagement collectif, l’appartenance nationale, la constitution d’un peuple… Les démarches de Snowden, Manning et Assange déjouent ces catégories. Ils permettent d’interroger les limites de cette scénographie et de poser de nouveaux problèmes : quelles paroles disparaissent, quels acteurs s’effacent, quelles questions ne sont plus posées lorsque les individus se rassemblent ? Quels effets de censures sont à l’œuvre dans ces mobilisations ? Quelles actions sont dépolitisées lorsque l’on limite la politique à l’apparition sur l’espace public, à la constitution d’un peuple, etc. ?

En quoi Assange, Snowden et Manning font de la “politique pure” ? Comment définir cette catégorie ?

Je crois en effet que ces personnages donnent naissance à ce que j’appelle de la politique pure. Cette notion s’inscrit dans la filiation de la déconstruction marxiste ou bourdieusienne de la politique, qui ramène la politique à ce qu’elle est, c’est-à-dire à la guerre. La politique comme activité affirmatrice et oppositionnelle. Il est nécessaire de rappeler cela car nous sommes confrontés à tout un ensemble de dispositifs qui veulent nier cette dimension et contenir les effets de déstabilisation provoqués par l’action politique. C’est par exemple le cas des auteurs qui ramènent la politique à l’éthique et voudraient que tout conflit politique conserve en fait quelque chose de l’ordre de la relationnalité, du monde commun – comme si on ne pouvait supporter la politique qu’à condition qu’elle soit sauvée par l’éthique, c’est-à-dire qu’elle dénie les oppositions qu’elle met au jour. C’est le sens des théories de la reconnaissance, par exemple chez Axel Honneth. Pour elles, ce qu’on voudrait lorsqu’on exprime une opposition, c’est être reconnu par autrui. Derrière les motifs matériels ou les revendications juridiques exprimés par les mouvements, il y aurait l’expression d’une demande éthique de reconnaissance. L’enjeu n’est plus de penser des conflits matériels fondés sur des oppositions objectives, mais des dilemmes spirituels fondés sur un désir de réciprocité.

Mon livre, très marxiste de ce point de vue, s’élève contre cette vision. D’abord, cette lecture fait comme si ce que voulaient les individus ou les groupes dominés, c’était des “relations sociales” et non des conditions matérielles de vie égales. Dès lors, ramener la politique à l’éthique permet de maintenir la réalité des inégalités en les compensant par de l’éthique, par de la réciprocité. La reconnaissance, c’est ce qui permet de rendre les inégalités acceptables et supportables aux yeux des dominés. C’est une tactique de mystification… un nouvel opium du peuple. D’autre part, cette vision dépolitisante se fonde sur un rejet de la catégorie d’opposition. Elle exprime une obsession du maintien de l’harmonie au lieu de travailler à faire proliférer les antagonismes.

L’éthique, c’est rendre la politique impure. A l’inverse, une politique pure instaure des fractures et se donne les moyens de fracturer le monde. Elle se détache de toute cette scène éthique qui voudrait en permanence recoudre des liens. D’ailleurs, un collectif comme les Anonymous ou la pratique des avatars sur internet montrent concrètement des individus qui se mobilisent politiquement sans agir publiquement, qui n’expriment aucun désir de reconnaissance. Ils font éclater l’idée d’un lien entre politique et éthique. Les Anonymous ne veulent pas dialoguer, ni être reconnus ; ils combattent.

Comment comprendre la place centrale de l’éthique aujourd’hui sur la scène intellectuelle ?

Je pense que l’émergence de la critique du néolibéralisme comme enjeu obsessionnel dans la gauche a produit une réactivation des thèmes spiritualistes bien connus contre l’économie et l’individualisme. On s’en prend au marché, au capitalisme, au matérialisme, qui détruirait les liens sociaux, qui produiraient de l’atomisation. La politique de gauche prend dès lors la forme d’une politique relationnelle chargée de reconstruire du lien, de la reconnaissance, du monde commun – selon une rhétorique que l’on retrouve aussi bien à l’extrême droite que dans la gauche qui se croit radicale. La politique de la reconnaissance veut apaiser, elle ne donne pas les moyens de nous libérer des contraintes objectives qui pèsent sur nous. La question centrale, c’est : quelle est la valeur de la catégorie de lien social ou de relation ? Est une catégorie intéressante pour penser le monde, ou est-ce une catégorie conservatrice ? A mon avis, la relation, c’est ce qu’il s’agit de déconstruire en se demandant quels types de violence, de domination, d’imposition s’accomplissent de façon dissimulée dans les relations que nous vivons ? La tâche de la théorie n’est pas de recoudre le monde. Elle est de donner des instruments pour que les individus et les groupes puissent se libérer des liens assignés, afin de devenir un tant soit peu les auteurs de leurs propres mondes et de leurs propres vies.

Comment on s’en sort avec les “voyous” ? Faudrait-il toujours jouer à l’extérieur d’un espace politique pour tenter de le subvertir ? De l’intérieur même, n’y a-t-il pas d’autres possibilités d’agir ?

C’est une question difficile… Le voyou, au sens que Derrida lui donne dans son texte “Le voyou que je suis”, est le seul mot intéressant dans la philosophie politique pour décrire une position d’extranéité par rapport au droit. En même temps, je ne crois pas que Snowden, Assange, Manning soient “latéraux” par rapport à l’espace politique. La violence de la répression à leur encontre montre qu’ils touchent quelque chose qui se situe au cœur de l’ordre juridique et politique. On a tout de même obligé l’avion du président bolivien Evo Morales à se poser quand on a cru que Snowden s’y trouvait ! Je ne sais pas dans quelle mesure le modèle de Snowden, Assange et Manning est transposable ; mais ce que je sais, c’est qu’il nous permet de réfléchir autrement. L’une des leçons qu’on peut retenir est qu’il existe une aspiration à se libérer des imageries politiques traditionnelles. Souvent, les gens sont accablés, en colère, en désaccord avec telle ou telle décision, avec telle ou telle réalité, etc., mais n’agissent pas pour exprimer ce dissensus. Beaucoup d’individus engagés dans les mouvements sociaux ressentent cet écart entre les aspirations subjectives que les sujets expriment et ce sur quoi cela débouche concrètement en termes de mobilisation. Il existe un écart entre le désir de contestation et les formes instituées de la politique. Ce qui montre que ces formes fonctionnent en fait comme des forces de dépossession. La tâche aujourd’hui est de transformer ce qu’on entend par politique afin de faire entrer des énergies latentes dans le champ de la contestation. Il faudrait trouver des formes d’interventions plus latérales, plus éphémères, tout aussi radicales.

La démocratie représentative est-elle encore un horizon possible de transformation ?

Ma positon n’est pas du tout contre l’Etat, le droit, et je ne crois pas à l’idée selon laquelle on pourrait changer la société sans changer l’Etat. J’ai été très marqué par les analyses de Didier Eribon qui insiste sur le fait que l’Etat est un outil très important de la transformation sociale et que changer le droit est une pratique éminemment subversive. La politique n’est pas séquentielle mais processuelle ; élire des députés qui se situent du côté de la transformation sociale, cela suppose des mouvements qui les ont portés, cela suppose des intellectuels qui ont transformé les modes de pensée. Les formes s’enrichissent les unes avec les autres. La politique est cumulative.

En quoi le monde doit-il devenir notre ”horizon mental”, comme vous le suggérez à la fin du livre ?

On ne mesure pas la prégnance des structures nationales dans nos cerveaux. On ne mesure pas non plus à quel point ce qui constitue notre univers, notre actualité, ce par rapport à quoi nous nous situons, nous a été imposé par le hasard de la naissance. Nous vivons dans un état d’hétéronomie permanent. Or je me demande si internet ne pourrait pas représenter un contre-espace de socialisation, où les individus apprendraient à nouer des liens nouveaux et se créeraient eux-mêmes leur propre espace mental. Je ne sais pas dans quelle mesure c’est possible, ni dans quelle mesure c’est vrai. Toujours est-il qu’internet ouvre la possibilité de penser autrement mon inscription dans le monde, de qui et de quoi je me sens proche, ce qui me concerne… Avoir pour horizon mental le monde, c’est essayer de se déprendre des appartenances imposées pour en créer de nouvelles… Et, au fond, le rapport qu’il pourrait exister entre internet et la prédisposition à la fuite, à la “trahison”, s’expliquerait par une relation entre internet et un processus de dissolution des allégeances traditionnelles et une disposition à revendiquer le droit de choisir ses mondes… ou d’en changer.

Comment les événements qui se sont produits depuis les attaques contre Charlie Hebdo affectent-ils votre réflexion ?

Il est évident que lorsqu’un événement de cette nature surgit, le contexte se transforme et tous les mots changent de sens, les discours de signification, etc.  Mais au fond il n’en demeure pas moins que la question que pose mon livre est celle de savoir en quoi peut et doit consister une politique démocratique à l’heure de l’invocation d’une “guerre contre le terrorisme”. Après tout, Snowden, Assange et Manning sont aussi des victimes des “mesures antiterroristes”. Celles-ci entravent des capacités d’expression et d’action; elles répriment des démarches qui vont dans le sens d’une radicalisation de l’exigence démocratique. En d’autres termes, Snowden, Assange et Manning peuvent incarner pour nous la figure de deux futurs possibles. Peut-être allons-nous répéter les erreurs qu’ils ont mises au jour. Mais nous pourrions aussi prendre appui sur leurs actions et leur vie pour imaginer une autre manière de réfléchir à ce qui nous arrive et d’y réagir.

Propos recueillis par Jean-Marie Durand

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Entretien à France Culture à propos de « L’Art de la révolte ».

logoFCA l’occasion de la parution de L’Art de la révolte. Snowden, Assange, Manning, j’ai été invité sur France culture à l’émission Les Nouveaux chemins de la connaissance. On peut l’écouter en cliquant ici.

Ps : La reprise par Mandel Turner d’un discours d’Angela Davis à Occupy Wall Street en 2011 est issue d’une oeuvre de Sylvie Blocher qui s’intitule Speeches et qui est actuellement exposée au Mudam (le Musée d’Art Moderne du Luxembourg) qui consacre une monographie à l’artiste dont le titre est S’inventer autrement.

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Entretien à Europe 1 à propos de « L’Art de la révolte ».

A Europe 1J’ai été invité, le 14 janvier 2015, à l’émission de Frédéric Taddéi Europe 1 social club à propos de mon livre L’Art de la révolte. Snowden, Assange, Manning. On peut la réécouter ici :

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Entretien-Vidéo sur l’Université, la création et le champ intellectuel pour « Hors-série »

Hors serie logo

J’ai accordé un entretien-vidéo au magazine Hors-série à propos de l’Université, de la création et du champ intellectuel. Il a été réalisé par Laura Raim.

On peut en écouter la version audio ici.

Capture aux ressources

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Chantal Jaquet au séminaire « Actualité de la philosophie et des sciences sociales »

transclasses-pufLa quatrième séance  du séminaire « Actualité de la philosophie et des sciences sociales » que j’anime avec Ronan de Calan aura lieu le mercredi 21 janvier 2015.

L’invitée sera Chantal Jaquet, à l’occasion de la parution de son ouvrage Les Transclasses ou la non-reproduction, aux PUF.

La séance se tiendra le mercredi 21 janvier 2015, à l’Université Paris 1, Amphithéâtre Descartes, 19h-21h, 17 rue de la Sorbonne, 75005 Paris. Entrée libre. Ouvert à tous.

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« L’art de la révolte. Snowden, Assange, Manning »

Mon livre L’art de la révolte. Snowden, Assange, Manning, sorti le 14 janvier 2015 chez Fayard. COUV ART REVOLTE Présentation de l’éditeur :

Edward Snowden, Julian Assange et Chelsea Manning sont les figures essentielles des luttes qui se jouent autour des secrets d’État et de la surveillance de masse, des libertés à l’ère d’Internet, de la guerre et du terrorisme. Ils sont souvent considérés comme des lanceurs d’alerte révélant des informations.

Pour Geoffroy de Lagasnerie, ils sont bien plus que cela : ce sont des personnages exemplaires qui réinventent un art de la révolte. Avec eux, nous assistons à l’émergence d’une nouvelle manière de penser la politique et de se constituer comme sujet politique. La pratique de l’anonymat telle que WikiLeaks la fait fonctionner, les gestes de fuite et les demandes d’asile de Snowden ou d’Assange rompent avec les formes traditionnelles de la contestation. Dès lors, ces modes d’action nous conduisent à nous interroger sur le fonctionnement de l’espace démocratique, sur les notions de citoyenneté, d’État, d’appartenance, de prise de parole, d’espace public, de collectif, et nous invitent à reformuler le langage de la philosophie critique.

La théorie contemporaine concentre son attention sur les rassemblements populaires comme Occupy, les Indignés ou les printemps arabes. Et si c’étaient les démarches solitaires de Snowden, d’Assange, de Manning qui constituaient les foyers où s’élabore une conception inédite de l’émancipation ?

Plus d’infos sur le site des Editions Fayard.

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Pierre Bergounioux, lors de la deuxième séance du séminaire « Actualité de la philosophie et des sciences sociales »

Quelques images de la deuxième séance du séminaire « Actualité de la philosophie et des sciences sociales », le 19 novembre à la Sorbonne, avec Pierre Bergounioux.

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Vidéo de la rencontre autour des « Transclasses » de Chantal Jaquet en compagnie de Frédéric Lordon et Laurent Bove

La rencontre du 15 octobre autour des Transclasses (PUF) de Chantal Jaquet à laquelle j’ai participé en compagnie de Frédéric Lordon et Laurent Bove a été filmée.

La voici :

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Pierre Bergounioux, au séminaire « Actualité de la philosophie et des sciences sociales »

Bergounioux couvLa deuxième séance du séminaire «Actualité de la philosophie et des sciences sociales » (ENSAPC- université Paris 1) que j’anime avec Ronan de Calan aura lieu le mercredi 19 novembre 2014. L’invité sera Pierre Bergounioux à l’occasion de la parution de Exister par deux fois, aux éditions Fayard. La séance portera notamment sur l’écriture de soi, le rapport entre sciences sociales et littérature, la place du langage dans le jeu des classes sociales, et sur ce que signifie être un écrivain, un artiste, dans une société inégalitaire. La séance se tiendra le mercredi 19 novembre, 18h30-20h30, à l’Université Paris 1, salle D642, Galerie Dumas, 1 rue Victor Cousin, place de la Sorbonne, 75005 Paris. Entrée libre. Ouvert à tous.

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François Bon, à la Sorbonne, lors de la première séance du séminaire Actualité de la philosophie et des sciences sociales

Quelques images de la première séance de l’année 2014-2015 du séminaire « Actualité de la philosophie et des sciences sociales », le 22 octobre 2014, avec François Bon, sur les « mutations numériques de l’écrit ». La prochaine séance aura lieu le mercredi 19 novembre. L’invité sera Pierre Bergounioux à l’occasion de la parution de Exister par deux fois, aux éditions Fayard.

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A la Sorbonne, autour des « Transclasses », avec Chantal Jaquet, Frédéric Lordon et Laurent Bove

Quelques images de la rencontre du 15 octobre, à la Sorbonne, autour du livre Les Transclasses de Chantal Jaquet, à laquelle j’ai participé avec Frédéric Lordon et Laurent Bove.

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Nommer, passer à autre chose, poser les vraies questions

Sur son site, Didier Eribon publie une analyse de la « rhétorique et des topiques de l’idéologie réactionnaire » extraite de son ouvrage D’une Révolution conservatrice. Avec, en plus, la démonstration de Ludivine Bantigny, les choses sont dites et démontrées, et le caractère ultra-réactionnaire, violent, insupportable des prises de position des cénacles qui tournent autour du Débat (et notamment de Marcel Gauchet) est désormais un fait historiquement et théoriquement établi – à moins de se situer purement et simplement dans le registre de la dénégation, ce qui constitue d’ailleurs une stratégie fort classique (mais très étrange quand on y pense) de la droite conservatrice universitaire qui veut toujours se faire passer pour autre chose (et notamment comme appartenant à « la gauche ») ou faire croire qu’elle dit autre chose que ce qu’elle dit au moment même où elle le dit – ce qui montre bien sa tentation hégémonique, son désir de contaminer l’espace de la gauche et donc d’uniformiser le champ intellectuel et politique autour de ses topiques (bref, sa haine objective du pluralisme).

Pourquoi ces gens n’acceptent-ils pas qu’ils sont de droite et qu’ils sont réactionnaires ?  Pourquoi vivent-ils ce qualificatif objectif comme une injure qui leur serait faite ?  Quelles étranges pulsions se dissimulent derrière cette mauvaise foi, cette incapacité d’assumer ce que l’on est ? Pourquoi veulent-ils à la fois être de droite et pouvoir se dire de gauche – si ce n’est, en quelque sorte, pour tuer la gauche ?

D’où l’importance, pour les intellectuels attachés à la gauche, à la critique, à l’émancipation – bref, à la rébellion – de nommer les choses, de réinstaurer des lignes de fractures, des clivages, des différences – de dire ce que les choses sont. C’est d’ailleurs le rôle et la fonction des chercheurs, des universitaires et des intellectuels : évaluer, hiérarchiser, disqualifier. Ce n’est certainement pas tout accepter – comme si tout se valait. La réflexion sur l’Academic Freedom a largement insisté sur le fait que les libertés universitaires n’ont rien à voir avec la défense d’un pluralisme intégral mais qu’elles se fondent au contraire sur l’idée d’une critique et d’une hiérarchisation des productions symboliques, et donc parfois d’une exclusion, hors de l’espace du « débat », d’un certain nombre d’entre elles.

On peut désormais passer à autre chose. Et donc à la seule vraie question qui se pose pour nous – car le reste relève de l’évidence pour qui sait lire : le problème de la légitimation et de la banalisation des discours inacceptables et de la contribution des institutions à celles-ci. Quelles sont les forces qui tendent à faire passer pour « normales » ou “modérées” des positions ultra-réactionnaires – au point que certain-e-s ne les voient même plus comme telles ? Comment des dispositifs de pouvoir voudraient nous contraindre à “débattre” avec ces idées ? Quelle est la responsabilité des intellectuels dans ce qui se met en place? Et qu’est-ce que cela nous apprend sur le fonctionnement de l’Université, des médias, des institutions culturelles. Bref, comment transformer la scène intellectuelle et politique, son fonctionnement, les doctrines qui y circulent, pour redonner vie à la théorie critique et aux aspirations  émancipatrices ?

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Rencontre sur « Les transclasses ou la non-reproduction » à la Sorbonne

transclasses-pufJe participerai, mercredi 15 octobre 2014, à une rencontre autour du livre de Chantal Jaquet Les transclasses ou la non-reproduction (PUF). Les autres intervenants seront Frédéric Lordon et Laurent Bove.

Mercredi 15 octobre, 19h, Université Paris 1 – Panthéon Sorbonne, Salle Halbwachs, 17 rue de la Sorbonne, escalier C, 1er étage. Entrée libre, ouvert à tous.

AFFICHE TRANSCLASSES SORBONNE

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François Bon au séminaire « Actualité de la philosophie et des sciences sociales

Bon apres le livreLa première séance du séminaire « Actualités de la philosophie et des sciences sociales » (ENSAPC- université Paris 1) que j’anime avec Ronan de Calan aura lieu le mercredi 22 octobre.

L’invité sera François Bon, pour une séance sur le thème : Mutations numériques de l’écrit. Incidence pour l’auteur, incidence pour le récit, incidence pour la lecture.

La séance se tiendra le mercredi 22 octobre, 18h30-20h30, à l’Université Paris 1, salle Cavailles, escalier C – 1er étage, 17, rue de la Sorbonne, 75005 Paris. Entrée libre. Ouvert à tous.

François Bon publie le 15 octobre, aux Editions Grasset, un nouvel ouvrage intitulé :Fragments du dedans.

Bon fragments

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« L’art de la révolte. Snowden, Assange, Manning ». A paraître début janvier 2015

Je viens tout juste de recevoir la couverture de mon livre à paraître chez Fayard début janvier 2015 :  L’art de la révolte. Snowden, Assange, Manning.

couv art de la revolte

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« Psychanalyse et critique de la psychanalyse » et « Derrida » à l’Ecole Nationale Supérieure d’Arts de Paris-Cergy cette année

CERGY FBCette année, je donnerai deux cours à l’Ecole Nationale Supérieure d’Arts de Paris-Cergy. Au premier semestre, le cours « Généalogie et topographie de la pensée contemporaine » portera sur le thème : « Psychanalyse et critique de la psychanalyse ». Nous étudierons les grands textes de Freud, Lacan, Klein, etc., les critiques de l’approche analytique et les usages contemporains de la psychanalyse.

Au second semestre, mon cours sera consacré à Jacques Derrida, disparu il y a tout juste 10 ans. Nous lirons ses textes sur des questions esthétiques et formelles et les confronterons à ses textes plus généraux de philosophie politique sur la peine de mort, sur le 11 septembre, sur la frontière entre l’homme et l’animal, sur l’hospitalité, sur la télévision, sur Marx, etc.

(Les cours ont lieu le lundi après-midi, de 14h à 17h, toutes les deux semaines à partir du 13 octobre dans l’Amphithéâtre (ENSAPC , 2 Rue des Italiens, 95800 Cergy).)

Par ailleurs, Ronan de Calan et moi-même continuerons notre séminaire « Actualité de la philosophie et des sciences sociales ». Il se tiendra à l’université Paris 1 une fois par mois, et portera sur les grands enjeux de la théorie contemporaine. Le programme sera mis à jour ici.

(Photo : François Bon)

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A la Fondation Deutsch de la Meurthe avec Didier Eribon et Edouard Louis

Quelques images de la rencontre du 20 septembre à la Fondation Deutsch de la Meurthe à la Cité Internationale Universitaire de Paris avec Didier Eribon et Edouard Louis. Le débat, organisé par Geoffrey Durand, portait sur « Le savoir/Le pouvoir ».

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Rencontre sur « Le savoir/le pouvoir » aux Rendez-vous philosophiques de la Fondation Deutsch de la Meurthe

Je participerai, le samedi 20 septembre 2014, à une rencontre sur le thème « Le savoir/Le pouvoir » avec Didier Eribon et Edouard Louis dans le cadre des Rendez-vous philosophiques de la Fondation Deutsch de la Meurthe

Samedi 20/09/2014, Fondation Deutsch de la Meurthe, Grand Salon, 37 Boulevard Jourdan, 75014 Paris, 15h-17h. Entrée libre.

Rencontre organisée par Geoffrey Durand.

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Offrir des paradoxes. Sur Sylvie Blocher

En train de relire les épreuves de mon texte pour le catalogue de l’exposition que le MUDAM consacre à Sylvie Blocher à partir du 8 novembre 2014. Il s’intitule « Offrir des paradoxes ».

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Archive : Jacques Derrida, « Où sont les chasseurs de sorcières ?», sur le débat intellectuel et les conditions de la critique

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En 1976, Jacques Derrida signe une déclaration pour protester contre la nomination de Pierre Boutang, auteur d’extrême-droite, comme professeur à la Sorbonne. Aussitôt, les attaques rituelles opposées à tous ceux qui posent des questions critiques lui sont adressées : « censeur », « stalinien », « inquisiteur », etc. Derrida répond alors dans Le Monde à ce type d’accusation dans ce texte sur le débat, la censure, les conditions de la critique – et qui fait écho, mutatis mutandis bien sûr, aux interrogations que nous soulevons aujourd’hui.

 

Jacques Derrida, « Où sont les chasseurs de sorcières », Le Monde, 1er juillet 1976.

  Malgré quelques réserves sur lesquelles je m’expliquerai, j’ai cru devoir signer la déclaration dont le Collège de philosophie a pris l’initiative. Cette déclaration, entre autres résultats positifs, a ouvert un large débat. Je m’en réjouis et souhaite qu’il reste ouvert à tous. La plupart de ceux qui y ont participé publiquement me paraissent, toutefois, avoir négligé jusqu’ici de lire attentivement la déclaration et, ce qui n’est pas moins grave, de lire Pierre Boutang.

Lisons, donc, relisons. Boutang en premier lieu. Car il ne suffit pas de rappeler que nous ne voulons empêcher personne de parler, d’écrire, d’enseigner, et que cette revendication de liberté est d’abord la nôtre. Il faut ajouter : nous souhaitons sincèrement que Boutang aujourd’hui soit lu. Cette lecture donne leur portée à la déclaration du Collège de philosophie et aux questions qui s’y trouvent posées ; pourquoi le conseil de telle université tente-t-il, aujourd’hui, d’imposer l’auteur de tels textes à une U.E.R. de philosophie qui, juge de la compétence dans sa discipline, lui avait préféré d’autres candidats ? Pourquoi un usage est-il rompu, et la compétence officielle ignorée par ceux-là mêmes qui disent en faire grand cas ? Pourquoi cette fois-ci, aujourd’hui ?

Les écrits de Boutang qui imposent de telles questions sont au moins de trois types.

Ce sont, premièrement, si l’on commence par le plus connu, des professions de fois antirépublicaines et antidémocratiques. Elles en appellent sans cesse à un État  » débarrassé de la démocratie » (Amis du maréchal).

Ce sont, deuxièmement, sous l’occupation, des appels à la répression brutale ( » au moins en paroles ! « ), à la délation et à la  » constitution de sources pures de renseignements  » ( » leurs groupements naturels sont capables de renseigner le maréchal, de briser les tentatives de sabotage moral de son œuvre, de désigner les essais de sabotage administratif. […] Vous brutaliserez, au moins en paroles, ce qui doit l’être. […] Vous renseignerez avec précision sur les abus qu’on vous aura indiqués (vous saurez bientôt comment faire). […] Vous serez aux aguets. […] Vivez parmi les choses et les gens en état d’alerte incessant, paré à redresser ce qui est à votre portée, à signaler aussitôt le reste.  » (Amis du maréchal.) Et Boutang nous traite, nous (!), de  » chasseurs de sorcières « . Nous ne laisserons pas de délai à l’ignoble calomnie.

Ce sont, troisièmement, des manifestations de racisme violent, hargneux et, comme toujours, vulgaire, ôtant toute crédibilité, si même elle pouvait en avoir jamais, à telle distinction rhétorique entre antisémitisme et racisme, entre l' » antisémitisme d’État « , que Boutang n’a jamais cessé de proclamer ( » antisémite d’État, je le suis… « ) et l’antisémitisme tout court. Il faudrait citer (par exemple), toute la République de Joinovici (1949) qui s’en prend à longueur de pages à l' » internationale apatride « , à la  » canaille apatride « , à la  » pourriture cosmopolite, dont la Russie communiste elle – même cherche à nettoyer le grand corps qu’elle laissa ronger si longtemps « . Et par exemple ceci :  » Le caractère constitutionnellement étranger de toute République en France allait donc se manifester dans l’histoire de la  » forme  » républicaine entre 1946 et 1947. Cette histoire est tragique. […] La Constitution refusée par le peuple, le 5 mai 1946 eut, pour rapporteur un juif letton, Zaksas. La Constitution acceptée en novembre 1947 fut rédigée par un nègre, Léopold Senghor. Ce sont là deux faits auxquels nous ne pouvons rien, deux faits que nous n’avons aucun plaisir à rappeler, car nos arrière-neveux penseront que nous étions bien faibles ou bien lâches pour les avoir tolérés. Mais ce qui établissait la continuité entre la fondation de la République et son pouvoir constituant, ce qu’il y avait de commun entre Joanovici et Zaksas, c’était d’être venus d’ailleurs, et d’appartenir à une nation pour qui la continuité des mœurs, la tradition des autres et le souvenir n’ont pas de sens.  » Qu’on lise ailleurs (la Politique. 1948) ce qui est dit de la  » mesure de la vie civilisée  » dont la  » destruction méthodique  » a  » presque toujours des juifs pour instruments « . Ailleurs, Boutang dit son  » amour de la réalité, que la mécanique juive décompose, émiette, anéantit « .

 Lire et relire

 Et Boutang aura osé, ayant écrit de tels textes, se plaindre de la  » hargne  » (la nôtre !), il aura osé évoquer le Goulag ! Allons ! Aperçoit-on ici la figure de l’un de ces distingués idéologues d’extrême droite qu’on nous présente depuis peu ? Un de ces penseurs de droite prenant part au grand débat politique de la nation ? Passons. Pourtant la question reste de savoir si le racisme déclaré est une idéologie parmi d’autres, parmi toutes celles que la démocratie doit laisser librement se propager. Dans la situation politique d’aujourd’hui, certains s’en étonneront peut-être, cette question semble recevoir une réponse presque unanimement positive. Au nom du pluralisme. Soit. L’humanité elle-même, avec une prudence que nous nous expliquons sans pouvoir la partager à ce point, prend ses distances ; elle souligne, pour s’en réjouir avec empressement, qu’aucun communiste n’a signé la déclaration du Collège de philosophie. Ce n’est pas vrai. Le Monde n’a pas publié toutes les signatures.

Donc, lire, relire Boutang. Mais aussi la déclaration. Elle n’a pas refait le procès de Boutang. Nulle part elle n’a même suggéré qu’il fallait l’empêcher d’enseigner ou remettre en cause une élection dont elle a rappelé au contraire qu’elle restait légale, même si elle contredit singulièrement l’usage. Elle n’a pas rappelé (c’est le Monde qui en a pris l’initiative) que Boutang avait été  » radié des cadres de l’enseignement « . Elle n’a pas cherché à en publier les raisons ( » avoir espéré  » à vingt-quatre ans, comme il le dit lui-même ?) Avec la même discrétion, elle n’a pas fait allusion à l’épisode Giraud, sur lequel Boutang a peut-être tort d’insister. Pour nous limiter ici à des généralités impersonnelles, sachons que, sous l’autorité de Giraud, les lois raciales ont, en fait, été maintenues en Algérie près de six mois après le débarquement des alliés. Les enfants juifs n’ont été réintégrés dans l’enseignement qu’en mai 1943. Quant aux conscrits juifs, ils étaient d’abord enrôlés dans un bataillon spécial, aux pratiques quasi disciplinaires.

Si la déclaration s’est interdit de refaire le procès de Boutang, si elle n’a jamais demandé la moindre limitation à son droit de parole ou d’enseignement, qu’a-t-elle voulu faire ? Comme nous revendiquons hautement la liberté de parole, d’enseignement et d’expression, nous voulons avoir le droit de poser des questions, de proposer des interprétations, d’appeler à des analyses et à des luttes.

Notre question principale était donc : pourquoi le conseil d’une université ne tient-il, cette fois, aucun compte de l’avis très clair de l’U.E.R. de philosophie qui doit accueillir un enseignant ? Pourquoi ce conseil a-t-il rompu avec un usage bien établi, contredit les principes déclarés et le respect traditionnellement voué à ce qu’on appelle la compétence des  » spécialistes  » ? Pourquoi dans ce cas où le candidat imposé à l’U.E.R. (qui l’avait placé en queue de liste) se trouve être précisément l’auteur que nous venons de citer, ennemi acharné de toute démocratie et  » antisémite d’État  » déclaré ? Dans de telles conditions, le geste du conseil ne peut avoir d’autre motivation que politique et partisane. Ceux qui se sont empressés avec légèreté d’accuser notre parti pris doivent le savoir : c’est en vérité le conseil de Paris-Sorbonne qui a manqué non seulement à telle  » neutralité  » (réclamée par le Figaro) mais au libéralisme même qui exige le refus de tout sectarisme. C’est lui qui a ainsi créé le  » précédent dangereux  » dont parle si fortement M. Frappat. De notre côté, nous n’avons pas retenu pour lui-même un cas individuel, mais deux faits révélateurs pour qui s’intéresse aux choses de l’université (oui, deux, car il faudra reparler de l’éviction de Heinz Wismann qui se sera trouvé exclu une deuxième fois dans la ruée générale).

L’université de Paris-Sorbonne n’est pas une université parmi d’autres. C’est, depuis 1968, la plus forte concentration de pouvoirs et d’enseignants, disons, pour faire la moyenne, conservateurs. Grâce à un jeu de lois complexes qui ne se réduisent pas toujours à ce que l’Humanité appelle dans ce cas  » le pouvoir giscardien « , cette université joue un rôle prédominant dans l’appareil scientifique et pédagogique du pays. Voudrait-on nous interdire d’analyser ce phénomène, ses causes et ses effets ?

Une radioscopie idéologique

La commission des spécialistes s’étant prononcée (Pierre Boutang en queue de liste), les motivations du conseil étant désormais étrangères à la discipline et aux critères habituels de compétence, avait-on à parler de la valeur de l’ouvrage philosophique de Boutang ? Et surtout en quelques lignes ? C’est sur ce point (et quelques autres, de forme ou de perspective) que la déclaration m’avait inspiré des réserves secondaires. Si l’on voulait juger des thèses en effet (mais pourquoi?) ce n’était pas le lieu ni le bon moyen, et il ne faudrait pas s’arrêter à celle-ci. Je n’y reviens donc pas et de l‘Ontologie du secret, je ne dirai pas ce que je pense. Mais au-delà des réserves secondaires, j’étais d’accord pour attirer l’attention sur la dimension politique de certains problèmes universitaires, sur les enjeux de certaines opérations qui débordent les schémas classiques de la protestation politique ou de l’analyse institutionnelle. D’autres textes, du GREPH (Groupe de recherches sur l’enseignement philosophique) ceux-là, et notamment celui qui concerne la mesure récemment prise à l’encontre d’Althusser, définissent plus précisément nos inquiétudes et nos objectifs. Et puis, fallait-il accepter les silences prudents, le caractère privé de désapprobations murmurées ? L’appareil d’intimidation le plus complexe, le plus étendu, parfois le plus inattendu dans ses réseaux, se trouvait en place pour nous interdire de poser des questions. J’ai donc pensé que je ne devais pas refuser de signer une déclaration dont tout démontre aujourd’hui qu’elle fut courageuse. Et, je le crois, mieux entendue qu’il n’y paraît. Elle aura déclenché les symptômes les plus intéressants. Et rompu un silence. (…)

Il y aura beaucoup à dire encore. Cela sera dit. En attendant, je souhaite qu’on lise et entende Boutang. Plus et mieux qu’on ne l’a fait. Et puis, à qui sait voir (avant le cliché), les réactions qui ont jusqu’ici dominé le débat fourniront peut-être une radioscopie saisissante du corps idéologique et politique de la France en 1976.

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« L’enjeu, c’est de renommer les choses, de réinstaurer des lignes de fracture ». Entretien pour les Inrocks

Edouard Louis et moi-même avons accordé un entretien aux Inrocks  à la suite de notre appel au boycott des Rendez-vous de l’Histoire afin d’expliquer notre geste et ses enjeux.

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« L’enjeu, c’est de renommer les choses, de réinstaurer des lignes de fracture »

Avez-vous été surpris par le tollé général qu’a suscité votre texte contre la présence de Marcel Gauchet aux Rendez-vous de l’histoire de Blois sur la question des rebelles ?

Non, parce que notre volonté, par ce geste, était de soulever un problème qui nous préoccupe depuis un certain temps déjà, et qui interroge la scène intellectuelle et les mécanismes qui y sont à l’œuvre depuis de nombreuses années. C’est le problème de la légitimation et de la banalisation des discours inacceptables et de la contribution des institutions à celles-ci. Quelles sont les forces qui tendent à faire passer pour « normales » des positions ultraréactionnaires ? Comment des dispositifs de pouvoir voudraient nous contraindre à « débattre » avec ces idées ?
Les réactions à notre geste sont le symptôme d’une idéologie du débat qui se propage depuis des années en France.
Les institutions (comme Blois, mais on peut élargir le diagnostic au-delà de ce cas) imposent un espace de « discussion ». Elles choisissent pour vous des interlocuteurs, vous disent « voilà qui sont les débattants » ; et si vous rompez, si vous dites non, si vous affirmez vouloir construire un autre espace de débat et ne pas vous soumettre à celui imposé par les institutions, alors, comme on l’a vu, cela provoque des opérations de rappel à l’ordre.
Cette idée du « débat », comme si le débat était quelque chose de neutre, est tellement inscrite et installée dans les corps, la soumission spontanée est tellement enracinée dans les habitudes que les remettre en question soulève des pulsions d’ordre très violentes.

Mais la violence des attaques dont vous êtes l’objet dans les journaux depuis trois semaines est souvent âpre ; beaucoup vous présentent comme des intellectuels sectaires, refusant le principe même du débat démocratique. Comment recevez-vous cette accusation d’excommunication ?

Ce qui nous frappe, c’est la violence des termes utilisés : on a parlé de nous comme des ayatollahs, staliniens, excommunicateurs, des totalitaires, des inquisiteurs, des Béria… Ce qui nous étonne, c’est surtout la perception différentielle de la violence. Si vous dites « nous ne voulons pas accepter comme interlocuteur » quelqu’un qui milite pour l’infériorisation des homosexuels, contre les droits des femmes, contre la lutte antiraciste, contre les luttes sociales, vous êtes perçu comme un stalinien ; alors que si, comme Gauchet, vous vous situez du côté de la réaction, si vous militez contre les droits des minorités, vous êtes perçu comme un démocrate qui participe au débat. Cette perception différentielle de la violence est incroyable et insupportable.
Mais qu’est-ce qui s’est passé dans le champ intellectuel et politique pour que lorsque quelqu’un attaque les gays et les lesbiennes, les minorités, les chômeurs…, il puisse apparaître comme un débatteur et lorsque l’on affirme, à l’inverse, que ces opinions sont inacceptables, on puisse être désigné comme censeur autoritaire ?
Cette perception différentielle de la violence s’inscrit dans une économie générale des discours et des perceptions que l’on retrouve partout ; elle se répète éternellement. Par exemple dans la plupart des médias, lorsqu’un plan social s’abat sur une entreprise. Un patron peut laisser à la rue et sans travail des centaines de salariés ou d’ouvriers… mais si ces salariés font grève et bloquent l’usine ou l’entreprise c’est eux qui apparaitront comme violents, irresponsables et pas celui qui a le pouvoir de détruire des centaines de vies et qui le fait. C’est encore ce qui s’est passé avec les intermittents.
Tout ça, c’est la conséquence de la révolution conservatrice qui sévit depuis plusieurs années, et qui produit ses effets non pas seulement, bien sûr, dans le champ intellectuel, mais également dans le champ politique avec une droitisation constante des discours et des pratiques.
Nous voulons installer une scène où l’on renverse les termes. Nous nous insurgeons contre cette violence et nous dénonçons la violence discursive exercée sur les dominés et les minorités en général par Gauchet et les cénacles qui tournent autour de lui. Nous nous inscrivons dans un moment de reconquête : la gauche doit se ressaisir de ces thèmes, redéfinir ce qui est acceptable ou pas.

Deuxième chose : la mobilisation contre nous vient, avant tout, de la droite et de l’extrême-droite. Ce sont des gens qui ne supportent pas qu’on dise ce qu’ils sont ; le problème pour eux est d’être nommés. Ils se sentent en fait censurés lorsqu’on leur dit qu’ils sont réactionnaires et que leurs « opinions » ne sont pas des opinions comme les autres mais des actes discursifs insultants et violents que nous refusons de reconnaitre comme faisant partie de l’espace de l’acceptable et du même espace que nous. Ils vivent cela comme une censure exercée sur eux, car ce qu’ils veulent, c’est pouvoir parler impunément, comme si de rien n’était. Ce qu’ils veulent, c’est pouvoir déverser des poncifs réactionnaires comme si cela faisait partie d’un débat dans lequel tout le monde s’intégrerait.
En cassant le jeu, nous adoptons une stratégie de rupture : nous ne voulons plus de ces gens-là dans notre espace, nous ne les considérons pas comme des interlocuteurs. On casse une espèce de banalisation, d’accoutumance et d’entrée dans l’acceptable de ce genre d’opinions. Or, ce que voudraient les idéologues réactionnaires c’est convertir leurs opinions en opinions légitimes.
C’est pour cela que l’accusation de censure qui nous a été faite est totalement injustifiée. En effet, il va de soi que nous ne sommes pas des censeurs puisque c’est nous qui ne parlons pas, c’est nous qui n’allons pas à Blois. Nous n’avons jamais dit que Gauchet ne pouvait pas parler ; nous avons dit que nous ne venions pas, et nous avons lancé un appel, c’est-à-dire un appel à la liberté de chacun, à se retirer. Ce retrait, c’est précisément le contraire d’une modalité autoritaire d’agir.

Pourquoi donc selon vous y a-t-il eu accusation de censure ?

C’est une question qui nous semble en effet très intéressante et riche d’enseignement : qu’est-ce qui fait que l’on perçoive et code comme une censure un geste qui consiste à laisser parler Gauchet mais dans un espace duquel nous nous retirons et sans que l’on soit là. Cela démontre que ce qui intéresse Gauchet, ce n’est pas de parler, mais de parler en présence de gens de gauche, en présence d’intellectuels critiques, car sa parole a alors de la valeur. S’il parle en présence d’Alain Finkielkraut, Renaud Camus ou Michèle Tribalat, il n’a pas le sentiment de parler vraiment.
L’enjeu pour nous, c’est de renommer les choses, de catégoriser, de réinstaurer des fractures dans le champ intellectuel. Or, depuis une dizaine d’années, et la disparition d’auteurs comme Bourdieu, Deleuze ou Derrida qui étaient très attentifs à ces questions, on s’est peu à peu mis à accepter le fait que tout le monde débatte avec tout le monde. Nous nous inscrivons dans leur filiation : nous voulons faire éclater le champ intellectuel tel qu’il fonctionne aujourd’hui, faire advenir un nouveau champ.

Mais parler avec l’ennemi, est-ce vraiment interdit ? Par ailleurs, Marcel Gauchet n’est pas toujours perçu comme un intellectuel à ce point réactionnaire comme vous le dites, mais plutôt comme un penseur libéral. D’où, peut-être, un malentendu autour de votre intervention, non ?

Si certains n’entendent pas notre position, c’est précisément parce qu’on a construit une scène où Marcel Gauchet n’est pas nommé tel qu’il est. Il existe des opérations de banalisation de son discours. A force de le voir, de l’entendre, on s’habitue à sa présence, à ses mots, et l’on ne prend plus conscience de la violence de ses textes.

L’ensemble des écrits de Gauchet exprime une intention de lutter contre ce qu’il considère comme le délitement de la société, dû aux processus démocratiques, à la prolifération des « demandes individuelles » qui « dissolvent » l’autorité de l’Etat : ce qui l’anime, c’est la volonté de réinstaurer de l’ordre familial, national, symbolique contre toutes les demandes minoritaires ou de justice sociale. C’est un penseur authentiquement réactionnaire, anti-démocratique, obsédé par l’ordre traditionnel, qui ne fait l’éloge du peuple qu’à l’occasion de la Manifestation pour tous contre le mariage gay ; mais quand c’est le peuple qui manifeste pour la protection sociale en 1995, il écrit contre. Depuis vingt ans, il participe de tout ce qui défend l’ordre social, politique, sexuel, contre les revendications minoritaires.
Le dernier numéro de la revue dirigée par Gauchet, Le Débat, se demande si le mariage pour tous est une « perversion » – c’est le terme employé ; le numéro précédent s’interrogeait sur l’immigration et la crise de l’identité nationale. Nous n’avons pas envie de discuter de cela.
Des idéologues comme lui, qui ont des places dans les instances institutionnelles, universitaires et dans les médias, veulent imposer de vieilles questions et, par là même, ils en font disparaître d’autres ; ce sont eux qui censurent les sujets beaucoup plus essentiels. Ce sont d’autres questions qui nous intéressent et que nous voulons poser: le droit des minorités, les violences faîtes aux femmes, la justice sociale, la répression pénale, Snowden et Assange, la reproduction des classes sociales, etc.

A l’heure d’Occupy Wall Street, des Indignés, des émeutes de Ferguson, des mouvements anticapitalistes, du mariage gay et de la PMA, de Snowden, des Pussy Riots etc…, inviter Gauchet pour parler des rebelles est une pure provocation.

Y’a-t-il dans votre geste la volonté de bousculer la torpeur du débat intellectuel ?

Il faut repenser la vie intellectuelle et mettre en place des stratégies de rupture; il faut créer ses propres lieux, ses espaces de diffusion, affirmer ses points de vue, être autonome, se créer ses propres scènes. Le pluralisme, pour nous, ce n’est pas nous soumettre à des scènes imposées. C’est créer nos espaces, inventer nos scènes. L’appel au boycott de Blois est pour nous le point de départ d’une initiative pour large qui prendra forme à partir de la rentrée et qui justement réfléchira à la pluralité dans l’espace culturel, littéraire et intellectuel : nous voulons réinstaller un peu de démocratie intellectuelle dans un champ saturé par tous ces discours autoritaires et dangereux.

Avez-vous reçu des soutiens, en dehors des signataires d’un second texte, un appel collectif paru dans Libération le 6 août ?

On peut avoir l’impression d’un déchainement de réactions contre nous ; mais nous avons reçu des dizaines et des dizaines de messages de gens qui soutiennent cette initiative, mais qui sont terrifiés par le poids des institutions – l’EHESS, le CNL… – et qui nous disent rester dans l’ombre pour éviter les représailles, des historiens qui aspirent à entrer à l’EHESS, des écrivains qui, par exemple, dépendent d’une aide du CNL, et il y en a beaucoup. De quel côté est la censure ?
Mais nous savons que d’autres initiatives se préparent. Et puis, l’appel collectif que vous mentionnez a été signé par André Téchiné, Thomas Hirschhorn, Sylvie Blocher, Dominque A., Chloe Delaume, Florent Marchet, Lola Lafon, Edmund White, etc. Ce sont des personnalités très importantes et la vie intellectuelle c’est aussi l’affaire des artistes, des écrivains, des cinéastes, etc.

Assiste-t-on avec cette querelle à une sorte de répétition de celle déployée en 2002 autour du livre de Daniel Lindenberg sur les nouveaux réactionnaires ?

Non, parce que le livre de Lindenberg était un livre dépolitisant. Il singularisait le problème. Il décrivait quelques cas de réactionnaires ; Notre diagnostic s’inspire des analyses de Didier Eribon dans son livre D’une révolution conservatrice et de ses effets sur la gauche française. C’est une approche plus structurale : quelles sont les forces qui travaillent à convertir des énoncés violents et infériorisants en idées acceptables ?Didier Eribon Revolution
Il a toujours existé des idéologues inquiétants, sommaires, etc. Dès lors, la responsabilité essentielle de leur diffusion incombe nécessairement d’abord à ceux qui les reconnaissent comme des interlocuteurs légitimes, qui construisent leur espace de débat par rapport à eux, qui, au lieu de traiter ce qu’ils expriment comme des symptômes, ou comme du bruit, ou comme du rien, font comme s’il s’agissait d’ « idées » que l’on pouvait discuter, leur accordant ainsi tout ce qu’ils demandent.
Il faudrait se demander comment les intellectuels, notamment de gauche, participent à cette opération de banalisation ? Comment interrompre cette logique à l’oeuvre depuis dix ans afin de commencer à reconstruire la scène intellectuelle ? Ce n’est pas une question de personnes, mais de forces collectives et de participation des intellectuels aux opérations de légitimation. Ne pas aller à Blois, c’est dire : vous pouvez très bien faire des rendez-vous de l’Histoire réactionnaire avec des intellectuels de droite et conservateurs, mais nous ne serons pas là et nous montrerons de quoi il s’agit, c’est à dire tout sauf l’histoire des rebelles.
Notre texte était un appel à la liberté de chacun. Qu’est-ce que la démocratie, qu’est-ce que l’autonomie – et comment radicaliser l’exigence démocratique ? La démocratie, ce n’est pas un espace où l’on doit tous se soumettre aux mêmes questions, mais c’est pouvoir créer ses propres espaces de résistance. C’est cela qui a semblé insupportable aux yeux de certains : le refus de la soumission. Cette soumission qui est presque la condition pour que ces gens soient légitimes : c’est une servitude volontaire généralisée qui est la condition même de l’existence de ces gens qui publient dans Le Débat et autres lieux comparables.

Votre appel à la démission de l’historienne Michelle Perrot de la présidence de l’édition 2014 n’a-t-il pas envenimé la note d’insolence de votre texte ?

La participation de Michelle Perrot à ces Rendez-Vous de l’Histoire est une honte. Elle, qui a écrit sur les opérations qui renvoient les femmes au silence, va présider une manifestation en présence de Marcel Gauchet l’antiféministe. Nous imaginons qu’elle doit être au mieux mal à l’aise du choix que la direction lui a imposé. Nous renouvelons plus que jamais notre appel à sa démission.

Comment appréhendez-vous politiquement la figure du rebelle aujourd’hui ?

On ne peut pas aborder la catégorie des rebelles sans poser la question de l’émancipation et de la critique des différents ordres qui limitent les possibilités d’égalité et de liberté. On est rebelle quand on se situe du côté de la critique des ordres traditionnels, des hiérarchies, des censures, des interdits. Quelqu’un qui manifeste pour restaurer un ordre familial traditionnel, même s’il affronte la police, n’est pas un rebelle. Un rebelle est forcément progressiste, il met en question un ordre donné pour plus de désordre et plus de liberté.

Propos recueillis par Jean-Marie Durand

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Qui sont les censeurs? Ou du droit de ne pas parler

Texte d’une mise au point cosignée avec Edouard Louis.

Depuis quelques jours, nous sommes accusés de vouloir la « censure » ou de vouloir « interdire » à tel ou tel de parler. Cette façon de coder notre geste de refus d’aller aux Rendez-vous de l’histoire pour protester contre l’invitation faite à Marcel Gauchet de prononcer la conférence inaugurale est fausse, mensongère et inacceptable : C’est nous qui n’allons pas parler. Nous n’empêchons personne de parler : Nous nous retirons d’un événement et appelons à son boycott – c’est-à-dire que nous faisons appel à la liberté et à l’autonomie des auteurs. Nous n’interdisons rien et nous ne contraignons personne à rien !

Nous ne voulons pas prendre part à l’un de ces innombrables dispositifs qui, dans le champ culturel, voudraient toujours que l’on accepte la présence d’idéologues réactionnaires  comme si de rien n’était, comme si cela était acceptable – ce qui revient à légitimer et banaliser les opinions les plus violemment conservatrices. Nous refusons de cautionner cet état de la scène intellectuelle.

Si censure il y a, elle se situerait plutôt dans les dispositifs qui, bien au-delà des Rendez-vous de l’histoire, veulent nous imposer de force les termes d’un débat ou des interlocuteurs qui occupent jour après jour toutes les tribunes et censurent ainsi la parole des autres, ce qui nous force donc à nous en retirer.

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Appel collectif : Pourquoi il faut boycotter les Rendez-vous de l’histoire

Dans Libération, Édouard Louis et moi-même publions une mise au point pour réaffirmer les raisons de notre appel à boycotter les Rendez-vous de l’histoire. Elle prend la forme d’une tribune cosignée par une trentaine d’autres intellectuels, écrivains, artistes, etc. qui s’inquiètent, avec nous, des conditions du débat public aujourd’hui.

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« Le 1er août, nous avons publié dans Libération un texte pour appeler à boycotter les « Rendez-vous de l’Histoire » de Blois pour protester contre l’invitation faite à Marcel Gauchet de prononcer la conférence inaugurale. Depuis quelques jours, un certain nombre de journaux essaient de transformer notre geste en une « polémique contre Marcel Gauchet ». Il va de soi que nous ne protestons pas contre Marcel Gauchet, qui ne nous intéresse pas. Nous polémiquons contre les Rendez-vous de l’histoire et la scène qu’ils installent. Il s’agit d’une  intervention – d’une insurrection – sur les conditions de la vie intellectuelle.

Nous ne voulons pas reconnaître les discours que Marcel Gauchet et les cénacles qui tournent autour de lui relaient comme des discours acceptables et sujets à l’on ne sait quel débat.  Nous ne voulons pas que soient présentées comme tolérables les idées selon lesquelles les femmes seraient naturellement portées vers la grossesse,  que la société souffrirait d’une « marginalisation de la figure du père » et de l’avènement d’un « matriarcat psychique », que la mariage pour tous représenterait un « dispositif pervers », que la lutte antiraciste pourrait comporter des risques, ou que les revendications LGBT pourraient mener à un « anéantissement du social »… pour ne citer que quelques-uns des poncifs ultraréactionnaires que Marcel Gauchet fait circuler à travers ses écrits, ou dans sa revue Le Débat.

Nous pensons que la question qui se pose est celle du débat public et intellectuel aujourd’hui, et nous refusons qu’il nous soit imposé dans ces termes et avec ces protagonistes par des institutions culturelles qui donnent la parole, de plus en plus, à des idéologies dangereuses et néfastes, qui, il y a encore vingt ans, auraient paru inacceptables. »

Geoffroy de Lagasnerie et Edouard Louis

Premiers signataires : 

Dominique A., chanteur, Laurent Binet, écrivain, Sylvie Blocher, artiste, Daniel Borrillo, juriste Ronan de Calan, philosophe, Philippe Calvario, comédien et metteur en scène, Robin Campillo, cinéaste, Jil Caplan, chanteuse, Arnaud Cathrine, écrivain, Jean Baptiste Del Amo, écrivain, Chloé Delaume, écrivaine, Didier Eribon, philosophe, Thomas Hirschhorn, artiste, Leila Kilani, réalisatrice, Lola Lafon, écrivaine, Sebastien Lifshitz, réalisateur,  Florent Marchet, artiste, Philippe Marlière, politiste,  Marie Nimier, écrivaine, Véronique Ovaldé, écrivaine, Bruno Perreau, politiste, Beatriz Preciado, philosophe, Todd Shepard, historien, Abdellah Taia, écrivain et réalisateur, André Téchiné, cinéaste, Edmund White, écrivain.

 

(Les citations sont extraites  d’un article de Marcel Gauchet, « L’enfant du désir », Le Débat, n° 132, 2004/5  et du  numéro 180 de mai-août 2014 de la revue Le Débat (rédaction…  Marcel Gauchet) intitulé « Les enfants du mariage homosexuel », dont Yagg a publié un compte-rendu accablant et dévastateur.)

 

 

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Célébrer les « rebelles » ou promouvoir la réaction? Pourquoi nous appelons à boycotter les Rendez-vous de l’histoire.

Texte d’un appel co-signé avec Edouard Louis

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Du 9 au 12 octobre, la 17ème édition des « Rendez-vous de l’histoire » se tient à Blois. Le thème de cette année en sera « Les Rebelles ». C’est donc avec stupéfaction et même un certain dégoût que nous avons appris que Marcel Gauchet avait été invité à en prononcer la conférence inaugurale. Comment accepter que Marcel Gauchet inaugure un événement sur la rébellion ? Contre quoi Gauchet s’est-il rebellé dans sa vie si ce n’est contre les grèves de 1995, contre les mouvements sociaux, contre le PaCS, contre le mariage pour tous, contre l’homoparenté, contre les mouvements féministes, contre Bourdieu,  Foucault et la « pensée 68 », contre les revendications démocratiques ? Il a publié dans Le Débat tout ce que le France compte d’idéologues réactionnaires. Il a organisé des campagnes haineuses contre tous les grands noms de la pensée critique, etc..

Marcel Gauchet est  un rebelle contre les rebellions et les révoltes. Participer à une manifestation « publique » (on ne peut désormais plus l’appeler « intellectuelle » ou « culturelle ») qui semble vouloir lui accorder une certaine importance s’avère dès lors impossible. Ce serait faire comme si nous nous inscrivions dans un même monde que ce militant de la réaction. Cela reviendrait à être complice d’instances qui font exister dans l’espace de l’acceptable des idéologies néfastes et inquiétantes. Ce serait ratifier une entreprise de falsification, de fabrication et de mise en circulation de fausse monnaie.  Bref, ce serait prendre part à l’une de ces innombrables opérations qui, dans le champ culturel, intellectuel ou médiatique, veulent toujours neutraliser les conflits ou les oppositions, installer une scène où l’on débat, ce qui revient à légitimer les opinions les plus violemment conservatrices  et à construire un espace public et politique dans lequel circulent des thématiques, des problématiques et des visions engagées dans un combat contre tout ce qui cherche à affirmer un projet émancipateur et à défendre une inspiration critique.

Nous avons annulé notre participation aux Rendez-Vous de l’histoire. Mais nous croyons, plus largement, que tout intellectuel ou écrivain soucieux de l’état de la pensée démocratique et de la pensée tout court devrait boycotter cet événement cette année. Nous appelons également Michelle Perrot à démissionner de son poste de présidente de cette 17ème édition.

Geoffroy de Lagasnerie et Edouard Louis

 

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Sous les yeux de Snowden, Assange et Manning

Lorsque je suis intervenu au Palais de Tokyo lors de l’exposition Flamme Eternelle sur Snowden, Assange, Manning, Thomas Hirschhorn a eu la gentillesse de fabriquer une bannière avec leur portrait, qu’il a affichée derrière moi et qui est restée accrochée lors de la suite de l’exposition. Hier, lors du décrochage, il a eu la gentillesse de me l’offrir. C’est donc désormais sous leurs yeux, et sous leur bienveillante surveillance, que j’écris le livre que je consacre à leur geste, à leur insoumission – à leur invention d’une nouvel art de la révolte.

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Conférence sur Michel Foucault au « Marathon des Mots »

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Du 26 au 29 juin 2014, se tient, à Toulouse, la 10ème édition du « Marathon des mots ».

Dans ce cadre, j’interviendrai, le 26 juin, à la Libraire Ombres Blanches, pour un hommage à Michel Foucault, avec Didier Eribon.

Jeudi 26 juin 2014, librairie Ombres Blanches, 3 rue de Mirepoix, Toulouse, 18h30.

Plus d’info en cliquant ici.

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